‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 22 sur 58 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Premier* effet» ae l'hérésie Albigeoise

A Cl or mont*

L'hérésïe fermentait dans le diocèse , mais elle n'y était point encore d une manière bien avouée et bien formelle. Et cependant elle était flagrante dans le reste du Languedoc; elle avait gagné les plus puissants seigneurs : Raymond de Toulouse et Roger de Beziers en étaient devenus les protecteurs et les patrons. Sous leur égide , d'ardents Albigeois couraient le pays, déclamant contre l'Eglise et contre ses dogmes les plus sacrés , brisant les croix , renversant les autels , rebaptisant les peuples, se livrant aux excès les plus inouis à l'égard des prêtres, des religieux et des fidèles.

Clermont ne pouvait tenir plus long-temps

contre le fléau qui le pressait de toutes parts. Notre Baron Aymeri en fut le premier atteint. Il se laissa entraîner par l'influence et les perfides conseils de Raymond et de Roger , et , oubliant les principes religieux héréditaires dans sa famille, car c'était à peine si Bérenger II avait fait une légère exception , il abandonna la cause de l'Eglise , qu'il avait si bien défendue jusque-là, pour mettre son dévouement et ses armes à la disposition de Terreur. Il se ligua avec ses patrons , et prit une part active à la guerre qu'ils soutinrent contre les catholiques : 1 guerre déplorable, où, de part et d'autre, sous prétexte de religion , on commit des atrocités révoltantes. La soumission du comte de Toulouse, qui eut lieu en 1209, épargna beaucoup de sang ; mais combien l'obstination du vicomte de Beziers n'en fit-elle pas couler ! On dit qu'aux approches de l'armée catholique, il voulut entrer en accommodement ; c'était trop tard: Beziers fut assiégé, pris d'assaut, pillé, saccagé , inondé de sang ; un vaste incendie couronna l'œuvre de destruction, et la ville entière fut réduite en cendres. 2

Si cette grande et terrible leçon ne convertit pas notre Aymeri, elle dut au moins beaucoup

abattre son ardeur pour la cause albigeoise.

1 Hist. des Seig.

2 Hist, du Lang.

il , craignantpour lui le châtiment de Roger, il s'enfuit à Germont, se retrancha dans son château, et s'y tint tranquille. Cette conduite prudente lui valut la cession de Gignac , qu'il obtint , moyennant la somme de 200, 000 sousmelgoriens, de Simon de Montfort, héritier des domaines conquis par lui sur le vicomte Roger de Beziers. 1 La prudence était bien la vertu de notre Baron; mais c'était la seule que lui eût laissée l'hérésie, à laquelle il était toujours dévoué secrètement. Avant la guerre, il avait essayé de l'usurpation des biens ecclésiastiques, ce qui lui valut une excommunication majeure; après la guerre, et quand le danger fut passé, il reprit le cours de ses rapines sacrilèges. Il pilla le* églises de la Baronie, les dépouilla et s'en servit pour foire des forteresses, puis , il rançonna ses vassaux , et les contraignit à lui fournir des sommes exorbitantes.

Déplorable situation ! elle fut l'œuvre de l'hérésie, de laquelle le Seigneur empruntait ses inspirations tyranniques ; les autels étaient dépouillés, les églises profanées , les Clermontais eux-mêmes étaient accablés d'impôts : un tel état de choses n'était pas tolérable.

Aussi le fils d'Aymeri , qui fut plus tard Bérenger III , ne put-il voir sans indignation la conduite

1 HisL du Lang.

criminelle de son père. Transporte T il s arma contre lui , le chassa du château , et sans les réclamation» de la nature, qui plaide toujours au cœur d'un fils- bien né la cause du père le plus coupable > il lui aurait fait expier sévèrement ses injustices et ses sacrilèges. Il espéra le vaincre par les voies de la conciliation et de la douceur , et, lui ayant ouvert les portes du château, \\ l'exhorta à rentrer en lui-même et » revenir à de meilleurs sentiments 1 L'évêque de Lodève,. qui était alors Pierre IV, voulut joindre ses remontrances à celle du jeune Bérenger. Il pressa le vieux Aymeri de laver par une conversion éclatante l'injure qu'il faisait à l'illustre famille des Guilhems, si renommée par sa loyauté et sa religion. Un moment de calme devait suffire au Baron égaré, pour entendre ce langage et revenir de ses erreurs : il y avait encore au fond de son âme, des restes vivants de cette piété traditionnelle puisée au foyer domestique; et la passion n'avait pu réussir à les détruire. Le moment favorable était arrivé. Habile à le saisir, l'évêque fît envisager à Aymeri le châtiment récent de Roger de Beziers , et lui fit appréhender pour lui-même quelque chose de pareil : il lui retraça les exemples de ses aïeux, lui rappela les services

1 Hist. des Seig.

signalés qu'il avait rendus précédemment à l'Eglise, et le pressa de ne pas démentir plus long-temps et les principes professés par ses ancêtres , et les dispositions qu'il avait montrées lui-même. Tout cela, présenté avec l'ascendant que donnent la religion et la vertu , fit impression sur Aymeri ; il reconnut sa faute , et promit satisfaction. 1 Les légats du pape étaient alors à Narbonne.

Le Baron converti se rendit auprès d'eux pour recevoir l'absolution de ses censures. Sa réconciliation fut des plus édifiantes et des plus sincères; il jura humblement, devant les légats, de s'en référer en leur sentence , et de satisfaire pour tout ce qui lui avait attiré l excommunication dont il avait été lié, et ayant donné bonne caution, il fut absous. La sentence ultérieure fut rendue peu de temps après , et signifiée au Baron. Elle était datée de Montpellier , et portait ç\\\Jjmeri restituerait à ses vassaux les sommes qu'il en avait injustement extorquées , et à lévéque de Lodève les dîmes qu'il s était appropriées , avec les églises quil avait changées en forteresses. De plus , quil irait combattre les Maures en Espagne pendant un mois, non compris le temps nécessaire pour le voyage.

Tout fut exécuté à la lettre , et comme si le

1 Planta*.

ciel n'avait voulu conserver la vie au Baron pénitent que pour lui laisser le temps de réparer les excès de sa vie criminelle, à son retour d'Espagne il fut pris (Tune maladie grave qui le conduisit au tombeau. Une des clauses de son testament portait que Bérenger , son fils aîné , lui succéderait dans la Baronie , et que les rentes du château de Canet seraient, à perpétuité, employées en oeuvres pies pour le repos de son âme. 1

1 Hist. des Seig.

Page 1