‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 23 sur 58 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Nouveaux troubles occasionné* par l'Hérésie*

Ami de la paix et attaché à la religion catholique , Bérenger III promettait un règne bien différent de celui de son prédécesseur. Il ne trompa pas les espérances qu'on avait conçues de lui : grâce à sa sagesse et à sa piété, la Baron ie jouit d'une paix constante pendant les vingt-trois ans que dura son administration. Il vécut en bonne intelligence avec levêque de Lodève , Pierre IV, et travailla, de concert avec lui, à préserver le diocèse de la contagion si funeste de l'hérésie régnante. 1 M. Plantavit de la Pauze, dans sa Chronologie, nous donne les noms du prieur qui

1 Hist. des Seig.

gouvernait alors notre paroisse de Saint-Paul, et du vicaire qui desservait la paroisse de Saint- Etienne-de-Rougas : le premier s'appelait Raymondde-Su- Amans > le second se nommait Bérenger.

Le reste de la province n'était pas cependant tranquille. La guerre des Albigeois continuait avec des alternatives de revers et de succès pour les parties belligérantes ; puis, le plan de spoliation qui se poursuivait contre le comte de Toulouse, dont les états étaient convoités par la maison de Montfort et par le roi de France, ne devait pas de long-temps laisser le pays en repos.

Le jeune et ardent Raymond VII réclamait vivement contre la déprédation des beaux domaines de son père ; et pour les conserver ou les reconquérir , il avait pris l'épée , résolu de ne la quitter que lorsqu'il aurait vaincu ou succombé dans la lutte. 1

Ces troubles si graves , ces guerres si furieuses de religion ou d'intérêt, étaient de nature à compromettre la tranquillité dans la Baronie , et il fallut toute la prudence de Bérenger pour l'y maintenir. Il prit sagement le parti de l'union catholique, qui était, au reste, celui de la victoire, et se tint séparé du parti contraire, beaucoup plus faible, celui de Raymond de Toulouse et

1 ffist. du Long.

de l'hérésie. Lorsquen 1 226 , le roi Louis VIII vint faire le siège d'Avignon , il fut du nombre des seigneurs de la province qui allèrent jurer foi et hommage au monarque français, à l'exclusion du comte de Toulouse , qu'ils s'obligèrent à ne plus reconnaître. Par ce moyen , il régna tranquille , et ses vassaux n'eurent rien à souffrir des troubles qui agitaient le reste du pays. 1

Malheureusement son fils , qui lui succéda , n'imita point son exemple. Il portait le nom d'Aymeri , comme son aïeul; et ce nom semblait être destiné au désordre. Jeune, léger , bouillant, le nouveau Baron prêta l'oreille aux insinuations du comte de Toulouse, qui l'entraîna dans son parti. Bientôt il leva l'étendard de la révolte, et renouvelant les scènes de son homonyme, il se répandit dans le pays , s'empara d es châteaux , pilla les églises et rançonna les populations. Un agent de Raymond l'assistait dans tous ces exploits, le dirigeait et recueillait le butin. Rien ne semblait devoir arrêter la fougue du jeune guerroyeur. En vain, Bertrand de Mornay, 1 evêque de Lodève , lui fit-il signifier l'ordre de venir lui rendre hommage pour le château de Clermont dont il avait le haut domaine, et d'expulser de la Baronie l'agent du comte de

1 Plant/tv.

Toulouse ; Aymeri méprisa tout , et se laissa excommunier. L'anathème fut lancé par l'évêque de Lodève, et confirmé par le légat du pape résidant à Narbonne. 1

L'état violent dans lequel la conduite d'Aymeri plaçait la Baronie de Clermont, aurait pu se prolonger, si St. Louis, qui régnait alors, averti par levêque, n'avait interposé son autorité, puissante à cette époque dans le Languedoc. C'était , en effet, le moment où il venait de soumettre Raymond de Toulouse , et d'en obtenir la cession de tous ses droits sur le pays, par un traité signé à Paris le 1 2 Avril de cette année 1 229. Jean de Fricampe , sénéchal de Carcassonne , reçut du roi vainqueur la commission de contraindre parles voies de droit le Baron récalcitrant, et de l'obliger à faire satisfaction à levêque. Aymeri céda; il craignit avec juste raison que sa résistance ne finît par lui être funeste. Il rompit entièrement avec le comte de Toulouse et avec le parti des Albigeois , et se réconcilia avec levêque son seigneur , à qui il prêta humblement hommage , Fan \ 239. 1

1 Plantav.

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