CHAPITRE XX
Etes Clermonfal» se révoltent contre leur Selyneur. — lia Ville est privée du consulat et de ses françaises.
Àymeri III n'existait déjà plus en 1240, et Bérenger IV lui avait succédé. Le premier acte de ce nouveau Seigneur fut un acte d'hostilité contre levêque de Lodève, à qui il refusa de prêter l'hommage prescrit pour la prise de possession. Il fallut que St. Louis l'y contraignît , comme il avait fait à l'égard de son prédécesseur - r et lorsque, en 1243, l'hommage dut être renouvelé à un autre évêque , Guillaume de Cazouls , successeur de Bertrand de Mornay , il fut besoin encore des injonctions royales pour décider Bérenger à cet acte de soumission , qui commençait
à devenir assez pénible pour l'amour-propre des Guilhems. Le saint roi, cette fois, voulut par son exemple, adoucir au Baron la rigueur du sacrifice; il prêta lui-même l'hommage de vassal à Févêque pour le château de Ceyras dont il avait le domaine immédiat, depuis la mort de Pierre Bremond , son seigneur. 1
A cela près, Bérenger fut un seigneur fidèle à la cause du roi et de l'Eglise. Il ne donna pas le moindre témoignage de sjmpathie au parti des Albigeois , qui se relevait , ni au comte de Toulouse , qui , ayant repris les armes, obtenait des succès contre les forces réunies de St. Louis et du comte de Provence. Mais ce qu'il ne fit pas , ses vassaux le tentèrent pour lui et contre lui. Plusieurs villes venaient de se soulever en faveur de l'hérésie; Clermont voulut imiter leur exemple.
La révolte fut soufflée par quelques agents occultes que le comte de Toulouse conservait dans la Baronie, et neuf Clermontais, secrètement hérétiques, en furent les principaux instigateurs. Ils se nommaient : Jean Puech, Bernard Malet, François Cavalier, Jean Salasc, Isaac Barthélemi, Antoine Fayet , Denis Douet , Mathieu Brun , et François Metuel. Pour mieux attiser la révolte ,
1 Plant. — Hist. des Seig.
ils travaillèrent à répandre parmi le peuple des idées défavorables à l'autorité lutélairedu Seigneur: ils le représentaient comme un tyran, ennemi de la liberté de ses vassaux , les tenant courbés sous un joug odieux dont partout ailleurs on voyait les populations s'affranchir. Les droits de commune et de consulat dont la Ville jouissait depuis le règne des premiers Guilhems, étaient représentés comme beaucoup trop insuffisants pour Fère de liberté et d'indépendance que l'hérésie venait ouvrir. Au libertinage de l'esprit, car l'hérésie en est un, comme au libertinage du cœur qui en est la suite, il ne faut pas quelques libertés seulement , il les faut toutes , et le moindre frein est intolérable.
Les sourdes menées des factieux eurent leur effet, et bientôt les Clermontais se trouvèrent prêts pour un soulèvement, Bérenger ignorait tout, ou faisait semblant de l'ignorer , se confiant dans la bonne opinion qu'il s'était faite de la soumission de ses vassaux , et dans la puissance de sa dignité et de ses murailles. 11 était tranquille dans son château, lorsque tout-à-coup des groupes nombreux et menaçants se forment dans la Ville , se réunissent , s'acheminent vers la demeure seigneuriale, et bientôt en assiègent les portes. Le Baron aurait pu opposer résistance î
mais il répugnait à des mesures violentes qui auraient pu coûter la vie à quelques-uns de ses vassaux plus aveuglés que méchants. Il prit le parti de la fuite , et ayant fait sortir ses gens par les derrières du château, il s'échappa lui-même, et alla se réfugier chez un des seigneurs voisins.
Il comptait bien que le triomphe des rebelles ne serait qu éphémère; étaient-ils assez forts pour empêcher, à laide de leur conquête, la chute du parti albigeois et du comte de Toulouse, qui allait succomber sous le double coup des succès de St. Louis et de la défection des plus puissants alliés de Raymond., les comtes de la Marche et de Foix.?
Le château , pris et envahi par la populace , fut saccagé complètement ; elle n'aurait pas épargné le Baron lui-même , s'il s'y était rencontré. Mais devenue maîtresse , quel profit lui revint-il de sa victoire? Une anarchie de quelques jours, bientôt le remords et la crainte du châtiment, peu après le châtiment lui même, tels furent les seuls fruits de cette malheureuse échauffourée.
Rentré en possession de ses droits, ce qui ne tarda guère, Bérenger, comme il fallait s'y attendre, se mit en mesure de venger l'outrage fait à son autorité - et de douner une leçon à ses vassaux rebelles. Il eut recours au sénéchal
de Carcassonne , et lui demanda sévère justice contre un tel acte d'insubordination , qui pouvait être autant considéré comme attentatoire aux droits du roi , que préjudiciable à l'autorité du Seigneur. Les vœux de Bérenger furent exaucés. Une suppression entière des franchises et privilèges dont jouissaient les Clermontais fut décidée comme la juste punition de leur révolte contre la puissance seigneuriale. Le fatal arrêt du sénéchal fut publié la même année, 1 242, dans les termes suivants : « A perpétuité , sont les habitants du lieu de »Clermont et demeurent privés du consulat > » de consuls , droit d assemblée et communauté , » et autres droits et libertés, desquelles ils ont » ci-devant joui. » 1
1 Hist. des Seig.