‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 25 sur 58 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Négociations pour le recouvrement des Ira

d'an syndicat. —

La sentence du sénéchal fut un coup de foudre qui jeta la .Ville dans la consternation. Et certes, c'était lui faire une peine bien sensible que de la dépouiller de ses droits de commune, dans un temps où les villes qui n avaient pas ces droits se montraient si jalouses de les conquérir; c'était de plus la mettre dans une position très-fâcheuse que de la livrer toute entière à la merci d'un seul homme , sans une administration intermédiaire qui surveillât et défendît les intérêts des habitants. Aussi , quand les premiers moments de stupeur furent passés , un mécontentement général

se déclara dans la Ville et monta jusqu'à l'irritation; on se plaignit , on murmura , on annonça même tout haut l'intention de ressaisir de force les droits que l'arrêt du sénéchal venait de confisquer. Si on ne le fit pas entièrement , on l'exécuta du moins en partie, et le Seigneur apprit bientôt que des syndics avaient été nommés pour tenir place des anciens consuls et administrer la commune. 1

Bérenger ne pouvait tolérer une entreprise qui tendait à rendre illusoire le châtiment qu'il avait fait infliger à ses vassaux rebelles ; il cassa donc les syndics , et surveilla d'une manière plus rigoureuse l'exécution de l'arrêt qui tenait la Ville sous sa dépendance exclusive et immédiate.

Sept années entières s'écoulèrent ainsi, et Bérenger ne relâcha rien de sa sévérité. Cependant l'année 1 249 laissa entrevoir quelque espérance d'accommodement. Raymond, évêque de Beziers, et Ginalfred, seigneur de Faugères, se rendirent à Clermont , entendirent les parties et essayèrent de les mettre d'accord. Leur médiation ne fut pas sans résultat : ayant fait consentir les Germon tais à payer au Seigneur une amende de 13,000 sous melgoriens, ils amenèrent celui-ci a leur accorder , pour les cas d'urgence seulement,

1 Hist. des Seig.

l'autorisation de se nommer des syndics provisoires, dont le pouvoir cesserait en même temps que la cause qui les aurait rendus nécessaires. 1

Cet accommodement améliorait la position des Clermontais ; ils s'en contentèrent pour quelque temps. Mais bientôt les formalités et les longueurs qu'exigeait chaque nomination des syndics, firent sentir l'insuffisance de ce qu'ils avaient obtenu , et désirer plus ardemment le rétablissement de 1 ancien ordre de choses. L'élévation de Bérenger V, qui succéda a son père, l'an 1250, dans le gouvernement de la Ville et de la Baronie , fut une occasion favorable pour entamer de nouvelles négociations relativement à cette affaire. Une pétition fut rédigée dans les termes les plus respectueux, et couverte ensuite de signatures. 2 Les suppliants demandaient au nouveau Baron quTZ lui plût permettre une assemblée de ses vassaux de Clermont, laquelle assemblée, présidée par lui, nommerait un ou plusieurs syndics pour gérer les affaires de la Ville pendant tannée. Mais le nouveau Bérenger se montra aussi intraitable que son père ; il rejeta la requête, confirma ce qui existait déjà, et défendit à ses

1 Hist. des Scig.

2 On sait en quoi consistaient les signatures à cette époque , où presque personne n'apprenait à écrire : c'était tout simplement une f-

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vassaux toute assemblée et toute nomination de syndics, sans son autorisation préalable.

Irrités du refus, les Clermontais se promirent de braver l'autorité du Baron, et de lui montrer qu'ils savaient prendre de force ce qu'on leur déniait si obstinément L'assemblée demandée se tint bientôt après, et elle fut nombreuse. Des syndics y furent nommés ; ils se mirent en fonctions sans l'avis ni l'agrément de Bérenger, et celui-ci fut forcé de dissimuler et de laisser faire. 1

C'était, du reste, un moment critique pour tout ce qui avait quelque autorité dans le royaume. Le roi était captif à Damiette. Malgré la sagesse de la reine-régente, tous les ressorts du gouvernement se détendaient en l'absence du monarque; l'anarchie était partout. Les Pastoureaux troublaient le nord de la France par leurs prédications fanatiques et leurs excès inouis; les villes du midi se révoltaient contre leurs seigneurs, les seigneurs contre leurs suzerains. Clermont allait payer son tribut au désordre de l'époque : la nomination des syndics faite contrairement à la volonté du Baron n'en était que le prélude.

Ce conflit amena bientôt , en effet , des choses déplorables. Bérenger se brouilla avec ses vassaux, et rechercha toutes les occasions de leur nuire

1 Sis L des Seig.

ou de les inquiéter. Il lutta, en 1253 , avec le prieur de St-Etienne-de-Gorjan au sujet d'un misérable droit temporel, et avec tant de chaleur, que levêque de Lodève ayant pris le parti de ce dernier , il ne craignit pas de se révolter contre le prélat lui-même, de se saisir de sa personne, et de le retenir prisonnier. L'excommunication et F interdit du pape arrivèrent bientôt en punition de ce scandale, et ce fut une cause de désolation et de trouble ajoutée à tant d autres , qui existaient déjà. 1 1 Plantas/.

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