CHAPITRE XXII
Fondation de 1* ermitage de St- Jean de Llaasson.
Détournons nos regards du sombre tableau que l'histoire nous présente des années 1 252 et 1253, pour les arrêter sur quelque chose de plus consolant , ménagé par la providence pour l'année suivante 1254, en expiation des scandales dont le pays venait d'être affligé : je veux parler d'un bel exemple de vertu donné par un gentilhomme de la Baronie , nommé Ponce , qui , cette année , renouvela à Liausson ce que les annales ecclésiastiques nous ont transmis de plus admirable de la vie des anciens anachorètes d'Egypte. 1
Dégoûté du monde , Ponce résolut de le quitter, et d'aller dans la solitude vaquer à la pénitence
1 Plantai
et à la contemplation. On vit ce seigneur délicat , accoutumé à la vie molle des châteaux et aux douceurs de la société, foulant aux pieds tous les avantages humains que donnent la naissance , la richesse et un rang honorable, se retirer pauvre et seul sur la montagne de Liausson , et fixer sa demeure dans la grotte qui existe encore dans les flancs du rocher du côté du levant. Certes, il fallait à Ponce un grand courage et un amour profond de la solitude, pour qu'il se condamnât à habiter ces lieux déserts et cette grotte humide, sans autre société que celle de Dieu, sans autre abri que le creux du rocher ou le feuillage des chênes, qui alors, plus qu aujourd'hui , ombrageaient la colline.
Le nouvel anachorète se plut dans ce séjour de retraite et de privations. Dégagé de toutes les sollicitudes de la terre, il aima à chercher Dieu et à le contempler, tantôt sur la cime élevée de la montagne , d'où son regard pouvait plus à l'aise embrasser le ciel ; tantôt dans l'obscurité silencieuse de sa grotte , où rien ne venait le distraire de sa rêverie et troubler sa méditation. Là aussi, réduit aune pauvreté volontaire, il pratiqua une mortification de tous les instants : silence continuel , nourriture grossière et à peine suffisante à son entretien, sommeil
rare et pénible , intempérie des saisons , tout se trouva réuni pour faire de lui un martyr de la pénitence, une victime d expiation , digne d'être admirée des anges et des hommes.
Et l'admiration des hommes ne tarda pas , en effet , à être acquise au saint et noble ermite j bien qu'il fit tout ce qui était en lui pour se tenir caché et se faire oublier. On parla bientôt de Ponce dans toute la contrée; on redit dans tout le pays son courageux dévouement , sa piété profonde, sa mortification exemplaire '. plusieurs voulurent le voir dans sa retraite, quelques-uns désirèrent s'associer à sa manière de vivre, et sollicitèrent la faveur de devenir ses disciples,
Ce furent les commencements d'une communauté religieuse, qui eut bientôt son monastère y sa chapelle, sa règle, comme elle avait déjà son supérieur et son chef. Le monastère fut bâti au haut de la montagne; l'amour de la pauvreté et de la simplicité présida à sa construction. On vit se grouper autour du modeste oratoire qu l existait déjà à la cime de la montagne , quelques bâtiments plus modestes encore : ce fut là l'ermitage de Ponce et de ses disciples. L evêque de Lodève, Guillaume de Cazouls, ne leur assigna d'autre règle que celle des Hospitaliers de Nébian, sous la juridiction desquels il plaça même plus tard
la famille nouvelle, Ponce n'ayant pas voulu conserver la supériorité, qu'il trouvait incompatible avec son amour pour la vie cachée et solitaire. 1
L ermitage de Ponce fut long-temps un asile de retraite et de prière , où des hommes pieux allèrent, dégoûtés du monde, se vouer à la méditation des choses divines. Lorsque, dans la suite r la ferveur dégénérée eut cessé de peupler cette maison, ou que les troubles de nos discordes civiles en eurent dispersé les habitants, quelque pauvre ermite vint encore, de temps à autre r se loger dans les constructions demeurées debout, et la chapelle ne fut plus qu'un lieu de station pour les processions des Liaussonnais, quand leur piété les conduisit sur ces hauteurs, pour invoquer de là le Dieu bienfaisant qui arrose les sillons du laboureur et fertilise les campagnes.
On voit encore, sur la montagne à laquelle le village de Liausson est adossé, des vestiges considérables de la fondation de Ponce. On appelle ces ruines Xermitage de St.- Jean , soit parce que les Religieux qui l'habitèrent étaient, comme les Hospitaliers de St.-Jean-de-Jérusalem , sous l'invocation et le patronage du saint de ce nom ; soit aussi , ce qui paraîtrait plus probable , parce qu'avant d'appartenir aux Hospitaliers, l'oratoire aurait été dédié à St. Jean levangéliste. Cette
1 Plantas;.