‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 27 sur 58 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Suite de l'affaire des franchise» — Recouvrement du consulat.

Cependant St. Louis revenait de la captivité ; sa présence dans le royaume allait rétablir Tordre, et réprimer l'insubordination des villes révoltées contre leurs seigneurs. Notre Baron Bérenger s empressa de recourir à son autorité pour avoir justice de l'administration illégale établie à Clermont au mépris de l'arrêt de 1 242 , et de la convention arbitrale de 1 250. Ses vœux furent exaucés : Guillaume de Cohardon, sénécbal de Carcassonne, eut ordre de casser les syndics, et de tenir la main à l'exécution de l'arrêt primitif qui privait la Ville de toutes ses franchises. Ce nouvel acte est de l'année 1 268. Clermont n'eut donc pas de

consuls à rassemblée générale des États , qui se tînt Tannée suivante dans la sénéchaussée. Quoique mentionnés, uniquement sans doute pour la forme , dans la lettre de convocation , on ne les trouve pas nommés dans le procès-verbal de la séance : on n'y lit que le nom du Seigneur, Bérenger de Guilhem. 1

Les Clermontais, bon gré malgré, se soumirent* mais ils ne renoncèrent pas à l'espoir de reconquérir ce qu'ils avaient perdu. Cette fois ils procédèrent autrement que par la violence, et prenant la voie plus lente , mais moins périlleuse , des négociations et des requêtes, ils commencèrent par adresser une supplique au viguier de Beziers, pour être autorisés à avoir une administration , devenue indispensable au bien de la Ville. La requête n'eut pas tout de suite son effet; mais elle prépara les voies à un arrangement. L'an 1 270 , il se tint à Beziers une assemblée , à laquelle assistèrent , avec plusieurs seigneurs et évêques, le sénéchal de Carcassonne, un conseiller du roi , le Baron de Clermont et six notables de la Ville délégués par les habitants. L'affaire des franchises y fut discutée longuement, et ne put être terminée au gré des Clermontais. Néanmoins il fut décidé : « que lorsqu'il se présente- » rait quelque affaire d'intérêt public , cinq ou six

I Htst. du Lang.

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» habitants iraient supplier le Baron de convoquer » une assemblée pour 1 élection de trois syndics provisoires, et que le Baron serait tenu de faire » immédiatement droit à leur requête.» 1

C'était ce qu'on avait obtenu vingt ans auparavant par l'arbitrage de l'évêque de Beziers et du seigneur de Faugères, à la différence près qu'il y avait aujourd'hui obligation pour Bérenger d'accorder ce qui précédemment avait été laissé à son bon vouloir. Ainsi les Clermontais n'étaient guère plus avancés après- vingt-huit ans d'efforts et de négociation*; d'autant plus que l'obligation imposée à Bérenger par le dernier arrangement n'était pas si sacrée pour lui qu'il n'y eût à craindre de le voir s'en affranchir. En effet , l'année suivante 1 27 1 , quand il fut question , pour la première fois, d'obtenir l'autorisation de s'assembler et de nommer les syndics extraordinaires, les Clermontais trouvèrent Bérenger tout aussi mal disposé qu'avant l'arrêté du comité de Beziers : il allégua des prétextes , traîna l'affaire en longueur, et finit par donner une réponse négative. Il fallut avoir recours à une médiation que les circonstances ménagèrent fort à-propos , celle du roi d'Aragon, Jacques I. er , qui était venu, sur ces entrefaites , rendre visite à Bérenger. Le voisinage de Montpellier, dont ce roi était seigneur , valut à notre Baron

et à notre Ville, l'honneur de posséder ce personnage. Les Clermontais n'employèrent pas en yain le crédit du roi aragonnais auprès de Bérenger; et ils durent bientôt à son influence que celui-ci agréât les trois syndics : Raymond Bonniol , Durand Laurens et Bertrand Eblon. 1 Cette première victoire sur l'inflexible Seigneur, fut le signal et le prélude d'une victoire plus complète que les Clermontais ne devaient pas tarder de remporter. 11 se montra depuis ce moment plus trai table, et on ne désespéra pas de l'amener bientôt à restituer à la Ville ses anciennes franchises. Effectivement, trois ans après, sur une nouvelle requête de ses vassaux, il accorda enfin ses leltres de grâce, en ces termes :

» Très-haut et très-puissant Seigneur , Bérenger »de Guilhem, Seigneur deClermont en Languedoc, » voulant traiter favorablement ses vassaux , leur » donne la faculté d'élire tous les ans douze con- » seillers , lesquels procéderont à la création de » trois recteurs, qui auront même puissance que » les anciens consuls; leur accorde mêmes franchises )> et libertés que ci-devant ils ont possédées : une » maison consulaire, un sceau, et un coffre commun » pour enfermer les documents de la Ville. » 2

Ainsi finit, pour le moment, ce démêlé, qui

n'avait pas duré moins de trente-deux ans.

1 Hist. des Seig. — 2 idem.

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