‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 28 sur 58 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Organisation spirituelle de la ville en nne senle paroisse. - Agrandissement de l'église paroissiale de St~ Paul*

La conclusion de l'affaire des franchises ouvrait à Clermont une ère de paix , pendant laquelle tout était possible pour consolider et accroître la prospérité de la Ville. Sa division en trois paroisses différentes fut un des premiers vices qui appela l'attention des nouveaux magistrats , jaloux de procurer à la Ville une organisation mieux adaptée à la disposition topographique des quartiers des faubourgs. 1

Presque tous les paroissiens de Rougas et de Gorjan , s'étaient insensiblement retirés de la campagne , et la crainte des dangers que Ton courait

1 Hist. des Seig.

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lorsqu'on n'était pas sous la protection du donjon seigneurial, les avait fait rapprocher des murs de la de la Ville, où ils avaient compté trouver un abri plus sûr contre les chances d'une aggression ennemie. Ainsi les églises paroissiales de St-Etiennede Rougas et de St-Etienne-de-Gorjan avaient été comme délaissées par leurs paroissiens, qui se groupaient autour de l'église de St-Paul , et ceuxci néanmoins devaient forcément encore, par l'effet de la circonscription existante, aller demander toujours les secours spirituels à ces cheflieux isolés de leur paroisse respective. C'était un inconvénient qu'il convenait de faire disparaître , pour ne pas laisser ces paroissiens dans la fâcheuse alternative ou de négliger leur église, ou de ne lui demeurer attachés, qu'au prix de sacrifices continuels. La réunion des deux paroisses rurales à celle de St-Paul était une nécessité commandée par les circonstances.

Mais les dimensions assez bornées de l'église destinée à servir le projet de fusion , ne devaient-elles pas être un obstacle à son accomplissement? L église de St-Paul n'avait , en effet, pour toute longueur que la largeur de l'édifice actuel : on y entrait par le côté du clocher, et le maîlre-aulel se trouvait vers la petite porte méridionale. 1 Une nef unique, tout

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au plus quelques chapelles sur les côtés, 300 mètres carrés environ d'enceinte totale : c'était tout ce que pouvait offrir l'église de St-Paul à la triple paroisse réunie. Était-ce suffisant pour une population qui dépassait 4000 âmes, et par un temps où l'esprit religieux poussait les populations entières vers les lieux consacrés au culte? On ne se dissimula pas la nécessité d'élever une église, double et triple de celle qui existait, et nos ancêtres ne reculèrent pas devant la grandeur de l'entreprise. Le Seigneur, réconcilié avec ses vassaux , les encouragea dans leur pieux dessein, et les assura de son concours efficace. L'évêque de Lodève approuva, tout ensemble, et le projet de fusion des trois paroisses et l'entreprise qui en était le glorieux résultat. 1 Le plan qui fut adopté devait donner , sur l'emplacement de l'ancienne église , une basilique spacieuse à trois nefs , digne de rivaliser par son architecture avec ce qu'on voyait de plus remarquable en ce genre dans toute la province. On a dit, je ne sais sur quel fondement, que l'entreprise en fut donnée à des Anglais : peut-être a-t-on pris les architectes et maçons étrangers qui se chargèrent des travaux, pour des individus de cette nation anglaise, qu'on

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sait a voir }, à cette époque, couvert une partie du sol de notre royaume.

Quoi qu'il en soit , et les ingénieurs qui dirigèrent les ouvrages, et les maçons qui les exécutèrent, ne durent pas manquer d'habileté et de talent. Il fallait à -celui qui médita de lancer si haut la voûte de la grande nef à l'aide de quelques minces piliers , étonnants par la hardiesse de leur coupe, il fallait, dis- je, à cet architecte une connaissance assez profonde des secrètes ressources de son art. Et l'expérience a démontré qu'il avait été plus habile que téméraire; car si, postérieurement, les piliers fléchir, et menacer de s'écrouler sous un faix qu'ils avaient porté sans peine l'espace de quatre ou cinq cents ans, il ne faut en accuser que l'imprudence de ceux qui, au seizième siècle., leur imposèrent une surcharge de plusieurs milliers, en exhaussant les murs qu'ils supportent , et en construisant sur la voûte de lourdes murailles de refend en guise de charpente, pour soutenir une toiture. Les ouvriers qui découpèrent les lancettes de la grande nef et surtout la magnifique rose de la façade ouest, ont aussi laissé des preuves d'une habileté peu commune dans ce travail délicat et difficile.

Il est à croire que, pour la construction de la nouvelle église, on profita de quelque partie, ou des matériaux de l'ancienne ; toutefois il serait dif-

ficile de déterminer sûrement ce qui fut conservé. Le seul vestige certain qui soit demeuré du bâtiment primitif, est le bas-relief mutilé qu'on voit sur la petite porte méridionale , et qui paraît représenter un Christ-aux- Apôtres.

Avec l'activité que mirent d'abord les Clermontaïs à pousser l'édification de leur église paroissiale, il était impossible qu'elle ne s'achevât dans peu de temps. Croira-t-on cependant qu'il fallut près d'un demi-siècle , pour que l'édifice pût être mis à la disposition de la triple paroisse ? Un si long retard s'explique par la difficulté des circonstances qu'allait rendre si graves le renouvellement des troubles des franchises, cause interminable de nos perturbations civiles au moyen âge.

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