‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 29 sur 58 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Clermont est une seconde fols privé de ses franchises. — Elles lui sont rendues nuit ans après.

Un système qui laisse à toute une ville le choix de ses magistrats, est dangereux , s'il s'applique à une population au sein de laquelle s agitent un trop grand nombre d'esprits plus jaloux de dominer que de faire prospérer la chose publique. C'est ce qui arriva lors de la concession faite par Bérenger du rectorat électif, en remplacement de l'ancien droit de consulat exercé par les Clermontais sous ses prédécesseurs. 1

Le rétablissement de cette charge, qu'une absence de plus de quarante ans avait rendue si chère à la Ville , fut une véritable torche d'incendie jetée

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a» milieu d'une population folle de sa conquête. Tout aspira à l'honneur d'être salué du nom de recteur, tout prétendit à la gloire de donner des lois à ses concitoyens, dût-on ne jouir qu'une année de cette fortune éphémère. De là des intrigues, des cabales, qui se renouvelèrent à chaque élection, et qui occasionnèrent plusieurs fois des collisions sanglantes. Clermont devenait périodiquement un foyer de désordre , une arène tumultueuse où les ambitions se disputaient chaudement la victoire; et c'était à peine si dans l'année qui s'écoulait jusqu'au nouveau combat , l'irritation avait le temps de se calmer, pour laisser à la Ville quelques jours de repos.

Puis, pour comble de désordre, comme la raison et la sagesse ne présidaient jamais à ces élections orageuses, ce n'étaient pas les plus dignes qui obtenaient les charges ; elles devenaient la proie des plus intrigants, des plus avides, des plus hardis : et ceux-là ordinairement ne sont pas les plus capables. La commune se trouvait donc chaque année administrée par trois démagogues, qui, à l'aide de leur autorité, commettaient impunément des vexations, des concussions, des partialités inouies, pour se donner le plaisir de contenter leur cupidité ou d'assouvir leurs vengeances personnelles. 1

1 Hist. des Seig.

Il n'en fallait pas tant pour faire repentir le Baron de son indulgence , et pour lui faire révoquer une grâce qu'il n'avait accordée qu'à contre-cœur et au préjudice de l'autorité supérieure. C'était en effet par arrêt du sénéchal que Clermont avait été dépouillé de ses franchises , et cet arrêt , rendu en 1212, avait été confirmé en 1268. La même autorité qui avait cassé les consuls aurait dû être invoquée pour l'établissement des recteurs , qui n'étaient que les anciens consuls sous un autre nom. Cette formalité fut négligée ; aussi le Séigneur et la Ville portèrent-ils la peine de leur négligence. Bérenger, tout en révoquant les privilèges accordés à ses vassaux, ne put éviter une amende de 400 livres, qui lui fut imposée par les commissaires du roi ; et ses vassaux , en perdant les droits de rectorat, eurent encore à supporter une plus grosse amende; elle fut de de 3000 livres. 1

La mort, qui surprit Bérenger V sur ces entrefaites, le dispensa de payer l'amende contre laquelle il avait réclamé, par appel interjeté auprès de Philippe III alors régnant. Mais son fils , qui lui succéda sous le nom de Bérenger VI, eut à l'acquitter rigoureusement; car une ordonnance arrivée de Paris l'année même de son élévation , 1 285 , vint lui apprendre que remise n'était pas faite d'un

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denier sur les sommes imposées à son père et à ses vassaux de Clermont , par l'arrêt des commissaires.

Les amendes furent payées, on se soumit en murmurant à la nouvelle interdiction, et il fallut remettre à des temps meilleurs la malheureuse lutte des franchises. Quelques années se passèrent ainsi, pendant lesquelles les travaux de l'église paroissiale s'avançaient fort lentement. Certes , les dernières amendes , et le mécontentement presque général causé par la suppression des droits de commune, n'étaient pas un encouragement pour une œuvre qui avait été conçue par l'enthousiasme, était née de la prospérité publique , et ne pouvait se soutenir qu'à l'aide de cette double puissance. Néanmoins on ne l'abandonna pas : on appliqua à cet important objet toutes les sommes qui purent être recueillies après l'acquit de la dette fiscale , et c'en fut assez du moins pour empêcher le dépérissement des constructions commencées.

Mais des jours plus sereins devaient bientôt luire. A l'insu du Seigneur, qui n'avait pas été payé pour les seconder , les Clermontais tentèrent des sollicitations à la cour , surprirent à Philippele-Bel, l'an 1294, un arrêt de grâce , portant faculté d'élire des consuls, et de reprendre les anciens droits de commune.. 1

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