CHAPITRE XXVI
Troisième suppression des franchises*-- Inauguration de l'église paroissiale.
On n'eut pas plutôt connaissance , à Clermont,. de l'arrêt obtenu de Philippe-le-Bel , qu'on se mit en devoir d'en profiter, bien que le Seigneur ne dût point s'y montrer favorable.
Une assemblée générale fut convoquée pour procéder à l'élection des consuls, et cette fois les choix se firent avec calme et sagesse. Les noms qui sortirent de l'urne électorale furent des noms honorables et dignes de la confiance publique ; c'étaient : Bernard B remont, Guillaume Asset et Raymond Saturnin. On donna à l'installation des nouveaux magistrats la plus grande solennité : une messe fut célébrée en grande pompe, les élus s'y rendirent en costume de consuls , suivis de toute
la population ivre de joie et transportée d'enthousiasme. A l'issue de la cérémonie , ils montèrent au château, et ayant été reçus par le Seigneur, ils lui prêtèrent serment de fidélité, s obligeant à ne rien faire contre son autorité et à lui donner assistance en cas de besoin. 1 Cette formalité , obligée ou volontaire , de la part des consuls, ne contribua pas peu à rétablir la bonne harmonie entre Bérenger et ses vassaux de Clermont ; elle venait d être si compromise par les dernières négociations, qui s'étaient faites et terminées sans le concours et comme malgré la volonté du Seigneur. 1 Tout alla bien pendant quelque temps; mais le siècle qui était sur le point de finir , ne put s'achever sans qu'on vît se renouveler les scènes de désordre qui avaient . amené précédemment l'interdiction des franchises communales. De nouveau on vit surgir des ambitieux qui intriguèrent, captèrent les suffrages , violentèrent les élections, pour se pousser au consulat, et des abus d'autorité révoltants signalèrent leur coupable triomphe. Un certain Pierre de Graves, surtout, se distingua par ses excès. Parvenu au pouvoir par la brigue et par la violence , il se rendit la terreur de la Ville : son administration fut une série d'injustices et de vexations ; il gouverna en maître et
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en despote , et ne donna aucune borne à son autorité tyrannique. Quoique élu pour une année seulement, il sut si bien en imposer aux électeurs par son audace , que ceux-ci furent forcés de lui confirmer à plusieurs reprises la charge consulaire.
La puissance du dictateur Clermontais se fortifiait tous les jours; et les choses en étaient venues au point que personne, pas même le Seigneur, n'osait se flatter de renverser le petit colosse. Il fallut recourir à l'autorité royale. Bérenger se rendit à la cour avec son fils le vicomte de Nebozon, qui fut plus tard Bérenger Vil ; ils plaidèrent tous les deux devant Philippe-le-Bel, qui régnait encore, la cause de la justice et du bon ordre si gravement compromise dans la Baronie, et ils obtinrent enfin, l'an 1 306, un arrêt de ce prince portant suppression des franchises, cause de tant d'abus et de tant d'excès. 1
C'était la troisième fois que notre Ville se faisait retirer ses droits de commune ; il y avait là de quoi Êiire perdre espoir de les recouvrer jamais d'une manière stable et définitive. Ce temps devait cependant arriver ; mais il fallait presque un demisiècle encore , pour perfectionner l'éducation politique des Clermontais , et pour élaborer le système communal destiné à les régir.
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En attendant on s'occupa de l'église paroissiale, dont les travaux, entrepris depuis plus de trente ans, traversés, il est vrai, par bien des obstacles nés de la difficulté des circonstances, n'étaient pas encore arrivés à leur terme. On pressa l'œuvre, on y fit mettre plus d'activité, et enfin, au commencement de l'an 1313, l'édifice, sans être entièrement achevé , se trouva du moins en état de servir à la célébration des saints mystères. 1 Pressés d'en jouir , les Clermontais, ceux-là surtout qui étaient paroissiens des deux églises rurales, voulurent qu'on en fit au plutôt l'inauguration , et que la réunion des trois paroisses fut ainsi consommée.
Il aurait été plus que convenable de procurer à un si bel édifice l'honneur de la consécration épiscopale; mais une maladie de l'évêque de Lodève, Bernard IV, et l'impatience des Clermontais , qui ne leur permit pas d attendre son rétablissement , privèrent notre église paroissiale de ce glorieux avantage. Elle n'eut que l'honneur bien moindre de la bénédiction simple d'un délégué de l'évêque. Le prélat envoya en même-temps, pour la bénédiction du cimetière, une autorisation dont on conservait encore au 17. e siècle, dans les archives de la paroisse, l'original latin. Elle est relatée dans
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la Chronologie des évêques de Lodève, en ces termes :
« Bernard, par la miséricorde de Dieu , évêque »et seigfieur de Lodève, comte de Montbrun , à «cher et digne prieur de notre église de Clermont, »saluten Notre-Seigneur. Par les présentes, et »comme faveur spéciale > nous vous accordons la » faculté de faire bénir le cimetière de ladite église »par tout prélat que ce puisse être , pourvu qu'il »soit catholique et en communion avec le saint- » siège, en observant le cérémonial usité en pareille » circonstance; de plus, nous vous donnons pouvoir »d accorder en notre nom quarante jours d indul- »gence, chaque fois qu'il sera prononcé un sermon )>dans ladite église, par un prédicateur approuvé »de nous ou de nos vicaires généraux, à toutes »les personnes qui y assisteront, pourvu que » véritablement contrites elles aient confessé leurs »péchés. »
« Donné à Lodève , dans notre palais de » Montbrun, sous notre sceau, le 4 mars de l'an » 1313 de l'Incarnation de Notre-Seigneur. »
Les deux églises rurales de St-Etienne-de-Gorjan et de St-Etienne-de-Rougas, cessèrent dès lors d'avoir le titre de paroisse ; l'église de St-Paul hérita de leurs droits et de leurs paroissiens.