CHAPITRE XXVII
Hommage solennel exigé par révoque de Lodéve du Seigneur de Clermont.
Là dynastie des Guilhems comptait déjà quatre cent trente ans d'existence ; c'était plus qu'il n'en fallait assurément pour enorgueillir nos Barons, et pour leur rendre onéreuse la domination Lodévoise , qui semblait reprendre date et commencer à chaque succession d'évêque. Aussi ne faut-il pas s étonner des difficultés que rencontrait , de la part du Seigneur de Clermont, chaque prestation d'hommage , exigée par le nouvel élu qui venait succéder au double titre d'évêque et de seigneur du diocèse. Parfois celui-ci adoucissait la rigueur de cette formalité en faveur d'un vassal aussi illustre que Fêtait le Baron de notre Ville ,
et se contentait d'un simple serment de fidélité prêté sans appareil; mais, le plus souvent, par une politique qui ne manquait pas de sagesse , il le soumettait à toutes les conditions humiliantes du cérémonial usité pour les prestations d'hommage de vassal à seigneur. C est ce qui eut lieu en 1316, année de l'avènement de Guillaume de Mandagot à levêché et à la seigneurie de de Lodève. 1
Notre Baron Bérenger VI , bien qu'il eût déjà , avec plus ou moins de cérémonies , prêté hommage à dix évêques différents , qu'il avait vus se succéder sous son règne , ne fut pas dispensé par celui-ci des rigueurs d'un hommage solennel. Il en subit toutes les formalités le 6 décembre. Voici les détails de cette pénible journée , extraits d'un procès-verbal conservé par la Chronologie de M. de la Pauze; ils sont trop curieux pour être passés sous silence.
Le noble vassal eut ordre de sortir de Clermont, avec tous ses gens , aux approches de l'évêque , et d'aller à sa rencontre pour lui offrir les clés de la Ville et du château. L'évêque ayant reçu les clés , entra avec sa suite et fit fermer les portes sur Bérenger et les siens , qui se tinrent humblement hors de l'enceinte des remparts. Alors les
1 Plantav.
porte-enseignes pontificaux arborèrent 1 étendard de levêque sur divers points des murailles et sur divers édifices élevés de la Ville , répétant à chaque fois l'acclamation solennelle : Clermont ! Clermont ! pour le seigneur évéque de Lodève et pour St Gênez !
Après cette cérémonie , l'évêque sortit de la Ville , et, ayant rendu les clés au Baron , déclara le remettre en possession de la place. Celui-ci ayant fléchi le genou , reconnut publiquement , dans cette humble posture , l'autorité de son suzerain.
Il lui reconnut les droits régaliens sur le diocèse, en conséquence de la concession qui en avait été faite à ses prédécesseurs par les rois de France, lesquels droits autorisaient l'évêque à battre monnaie, à disposer du péage des routes , et à exiger de ses vassaux l'hommage féodal. Ensuite il déclara tenir en fief, pour levêque et ses successeurs , la Baronie de Clermont avec toutes ses dépendances, nommément Liausson , Mourèze , Brignac, Canet, Nébian et Fouscaïs.
Puis , ayant mis ses mains dans celles de l'évêque, il lui prêta serment de fidélité. Par ce serment il s'engagea : 1 0 à lui livrer toutes les places , en cas de guerre, dans les dix jours de la signification qui lui en serait faite ; à céder même le château, et à se retirer, quand l'évêque le ferait
occuper, dans les maisons situées hors de l'enceinte supérieure des remparts 1 ; 2.° à lui prêter main-forte contre ses vassaux rebelles; 3.° à marcher avec ses gentilhommes et sa troupe , sous la bannière dudit évêque pour la défense de ses droits; 4.° à décliner toute autre juridiction que la sienne.
L'évêque releva alors Bérenger et fit dresser procès-verbal de la cérémonie qui venait d avoir lieu. Après quoi, il repartit pour Lodève, et le Seigneur de Clermont rentra dans la paisible jouissance de son château et de ses domaines. 2
1 Ces maisons, hors de l'enceinte supérieure des remparts, font connaître que Clermont ayait alors quelque étendue du coté du château.