‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 37 sur 58 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Clermont au Quatorzième «lècle»

Par ce que nous venons de voir, nous avons une idée de la population de notre Ville au quatorzième siècle , et du régime administratif sous lequel elle était placée. Il fallait que le nombre des habitants se montât presque à celui d'aujourd'hui, puisque plus de sept cents pères de famille figurent dans l'acte d'accord passé avec le Seigneur, et qu'il est dit d'ailleurs que ce n'était point là la totalité, mais seulement la majeure partie et plus de la moitié des hommes de la commune: major pars et ampli us quant duo* partes hominum universitatis. U Histoire des Seigneurs porte même qu'un dénombrement fait en 1380 fit monter le nombre àes feux à 1650, ce

qui donnerait une population de 8000 âmes; et néanmoins Lodève ne comptait en 1314, selon Y Histoire du Languedoc > que 1007 feux, environ 5000 âmes, et Pézénas la moitié moins.

Malgré les variations qu'a du nécessairement subir la population clermon taise , dans l'espace de cinq cents ans, on retrouve encore aujourd'hui près de cinquante des noms signés à la transaction de 1 347 : les plus marquants ne sont pas ceux qui ont survécu , car il n'en reste pas un seul des vingt qui annoncent, dans cet acte , les familles nobles de la Ville.

L agriculture et la fabrication des draps étaient les deux industries principales de ce temps-là. La première était loin encore d'avoir acquis l'extension et l'importance qu elle a aujourd'hui , par suite des défrichements successifs des bois et des garigues qui couvraient alors une grande partie du territoire. On en comptait huit considérables aux environs de la Ville; le bois de Caylus, la Bruguière, las Motgeyros, Agassa, Agassou, Mounier, VaHauzete et Engaillac 1 . Aujourd'hui tout est défriché et converti en champs et vignes d'un rapport beaucoup plus avantageux pour ceux qui les exploitent. Quant à la fabrication des draps, elle était faite avec un soin tout particulier, et Ton

1 Transact.

tenait moins à fabriquer beaucoup qu a fabriquer bien. Les visiteurs avaient la charge spéciale d'examiner la qualité des marchandises qui sortaient des ateliers, et de sévir contre les fabricants qu'ils trouvaient en défaut. Les draps de mauvais aloi étaient saisis et divisés en quatre parts , dont une était brûlée publiquement, et les trois autres distribuées aux pauvres. 1 C'était le moyen démettre en réputation la draperie clermontaise ; aussi futelle recherchée de plus en plus , et ce commerce prit bientôt chez nous une importance qu'on ne vit pas de long-temps ailleurs.

L'exploitation des mines de plâtre que renferme le territoire commençait à prendre un certain développement. On voit par la Transaction, qu'elle consommait déjà beaucoup de bois et avec excès. C'est ce qui la fit restreindre aux étroites limites des besoins de la Baronie ; car un article exprès de la charte communale prohiba l'exportation du plâtre hors du territoire.

Clermont avait alors deux hospices : l'un pour les pauvres infirmes, l'autre pour les malades; le premier situé entre l'église paroissiale et l'aire dite de Vhôpital, dans les bâtimens qui servent aujourd'hui de tribunal et de caserne ; le second , sur les avenues de la Ville , du côté de Pézénas , tout près de

1 Trnnsact.

Ste.-Anne* Ce dernier se nommait léproserie y parce que le plus grand nombre des malades qu'on y recevait étaient des lépreux. Les deux hospices n'étaient pas riches, si l'on en juge par l'inventaire du premier , qui ne mentionne que quatre ou cinq lits , deux setiers de farine , quelque peu de blé et de légumes. Par la Transaction , l'administration de ces établissements fut donnée aux consuls , qui reçurent les clés des mains du délégué du Seigneur, et, en signe de prise de possession, apposèrent sur la porte de chaque hospice les armes de la Ville. 2

Le même acte fait mention de la chapelle champêtre de Notre-Dame du Peyrou, laquelle devait plus tard devenir si florissante. Il nomme aussi les deux chapelles de Notre-Dame et du St.-Esprit , qui étaient déjà érigées dans l'église paroissiale et qui y subsistent encore. 5 Enfin, il parle d'une confrérie qui existait alors; peut-être était-ce la seule : elle était en l'honneur du St. Sacrement.

Depuis peu de temps , la Ville avait cessé d'être habitée par des juifs. Ceux-ci, très-nombreux auparavant dans le diocèse , avaient été bannis en 1 320 de tout le Lodévois. On croit qu'ils habitaient

1 Arch. de V hôpital, — 2 Transact.

3 Les autres chapelles soDt moins anciennes. Elles ont été ouvertes plus tard et a différentes époques , dans les murs latéraux du nord et du midi.

chez nous le quartier de Rougas, et qu'ils y avaient leur synagogue dans cette maison qui se fait remarquer encore par sa façade en belle pierre de taille , perce'e de grandes portes en ogive. M. Mazel, archéologue dislingué , qui a fait des recherches sur la contrée , pense avec assez de fondement que le cimetière des juifs clermontais doit être cherché dans les environs de Lacoste, dans le quartier appelé encore Pioch Jesiaou. Il y a vu plusieurs cercueils en pierre de taille, les uns entièrement hors de terre et les autres à demi enfouis. Encore en ce moment , on remarque , au-dessous de cet emplacement , dans les petits jardins qui bordent la rive droite de la Lergue , plusieurs auges qui sont évidemment des cercueils provenant de l'ancien cimetière des juifs.

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