‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 38 sur 58 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Fondation du couvent de» Bénédictines de

Gorjan.

Clermont était donc parvenu à un état florissant : nous venons de le voir riche d'une population de 6 à 8000 âmes , comptant plusieurs familles nobles, ayant sa charte, ses franchises , sa police, sou administration , ses églises , ses hôpitaux, ses établissements religieux; il lui manquait une communauté de femmes. Peu de villes, en ces temps de foi, étaient privées de cet avantage ; la nôtre allait en être redevable à cette famille de Lozières qui, trente ans auparavant, avait fondé le couvent des Dominicains.

Anglesy de Lozières, auteur de la nouvelle fondation, fit choix de Tordre des Bénédictines , depuis long-temps honorablement connu en France au même titre que celui des Bénédictins , dont il

n'était qu'une branche. Les Religieuses de cet ordre vivaient en commun sous la loi de clôture, partageant leur temps entre la prière , le travail des mains , et l'éducation des personnes du sexe. Pour l'exécution du projet, Anglesy se concerta avec' Bertrand Manso, évêquc de Lodève, et Arnaud de Guilhem, issu d'un cadet de Clermonl, » abbé du monastère de St. -André près d'Avignon.

Il s'obligea à faire les gros frais de la fondation jusqu'à concurrence d'une somme de six mille florins d'or ; 1 evêque céda l'église de St.-Etiennede-Gorjan avec ses dîmes et ses rentes, à la charge néanmoins que l'on continuerait à y entretenir les trois chapelains qui en faisaient le service, et l'abbé d'Avignon devait pourvoir au dépenses moins nécessaires. 1

Ce fut la nièce de celui-ci , Isabeau de Guilhem de Mourèze, qu'on désigna pour abbesse de la communauté nouvelle : la présentation en fut faite par le fondateur , et levêque de Lodève la consacra dans la chapelle de l'abbaye, l'an 1356- C'était l'église de St-Etienne-de-Gorjan , l'une des deux paroisses rurales , supprimées depuis la dernière organisation ; elle avait été cédée pour l'établissement des Bénédictines, qui prirent de là le nom de Dames- de-Gorjan. La fondation avait

1 Archives particulières.

été approuvée par une bulle du pape Clément VI , datée du mois de février de la même année. Les premières Religieuses furent au nombre de huit ; c'étaient : Beatrix de Sévérac , Alemande de Guilhem deMourèze, Philippe Jouve, Guillaumette de Lozières , Aymable Maurelle , Astrugue de Vernède , Bérengère Anebœuf , et Imberte de Conas. 1

Les Bénédictines vécurent tranquillement dans leur retraite , jusqu'au seizième siècle , si fatal au repos de l'Eglise de France. Neuf abbesses, dont les noms nous ont été conservés, se succédèrent dans le gouvernement de la communauté , pendant cette période ; ce furent : Isabeau de Mourèze, déjà nommée; Imberte de Conas, une des huit Religieuses fondatrices; Guillelme I. rc , Guillelme 2. e , Brinde ou Bertrande , Egline de Vissée , Felice- Bérengère de Gerly et Vaurie de Roquefeuil. 2

Marthe dcl Pech , successeur de cette dernière, vit les jours mauvais qui éclairèrent le triomphe de l'hérésie protestante à Clermont, et par suite , la dispersion de sa communauté et la ruine de son monastère. Il ne fut donné qu'à celle qui lui succéda, Liette-de-Pradines , de relever la maison de St.-Benoît ; et encore ce ne put être

1 Hist. des Seig. , — Plantav.

2 Galtia christiana.

sur les ruines de l'ancienne. La difficulté des temps ne permettait pas qu'une maison religieuse de femmes , demeurât exposée à la campagne aux insultes et au brigandage des calvinistes , devenus très-puissants à cette époque. Le couvent fut rétabli dans l'intérieur de la Ville , un peu audessus de la fontaine 1 ; on voit encore l'église et les bâtiments de cette abbaye.

Depuis ce temps-là, c'est-à-dire en 1580, les Bénédictines occupèrent le nouveau local, et s'y agrandirent peu-à-peu , suivant que leurs ressources, assez médiocres, le leur permirent. Louise de Gras succéda , peu d'années après , à Liette de Pradines , et ce fut sous Françoise de Lozières, qui vint ensuite, que fut reçue la réforme de l'ordre opérée par Dubelly. 2

C'était le commencement du dix-septième siècle; quatre ou cinq abbesses tout au plus eurent le temps d'écbanger leur titre pendant toute la période séculaire ; ce furent : Gabrielle de La vergue, Louise de Lavergne, Catherine de Drouillet et la Dame de Nisas.

Anne Polinié était abbesse au commencement du dix-huitième siècle ; elle fut suivie de la Dame de Murviel, qui précéda Madame de Galifïet, nièce du Père jésuite de ce nom, si célèbre dans l'Eglise

1 Livre archivial des Bécollets. — 2 Gallia christ.

par sa piété et surtout par sa dévotion au sacrécœur de Jésus. Quand cette Dame Galiffet prit possession de son titre en 1758, la maison était en décadence. 1 Les ressources diminuaient chaque jour , et il ne se présentait presque plus de sujets. La dévotion du sacré-cœur, alors dans la ferveur de ses commencements , fut une occasion favorable de ranimer la communauté expirante. Les Bénédictines embrassèrent avec un zèle tout particulier la dévotion nouvelle, prirent, avec l'agrément du roi , le titre de Bénédictines du sacré-cœur 9 et, à la faveur de cette quasi-réforme, elles se relevèrent d une manière assez brillante , à partir de Tannée 1774.

La dernière abbesse se nommait Madame de Castellan. Elle faisait de son couvent un asyle de piété et de ferveur, une source féconde de charité et d aumônes , et une maison d'éducation pour nos jeunes Clermontaises , lorsque les lois révolutionnaires qui supprimaient les ordres religieux , vinrent l'expulser avec ses filles de son précieux étabhssement, et fermer son monastère.

1 Arch, part.

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