CHAPITRE II
Origine de Clermonl*
La Ville de Oermont-l'Hérault est ancienne.
On lui donne , avec assez de certitude , quinze ou seize siècles d existence , et l'on pourrait , sans craindre d être démenti , lui en attribuer davantage.
Nos archives, presque nulles depuis la tourmente du dernier siècle qui détruisit ou dispersa tant de richesses historiques , ne renferment rien dont puissent s éclairer des recherches entreprises pour préciser les temps de sa fondation. A l'époque où fut écrite X Histoire des Seigneurs , c'est-àdire, vers la fin du dix-septième siècle , il eût été peut-être plus facile de débrouiller les obscurités de notre origine ; les citations de cet ouvrage témoignent, en effet, qu'alors la Ville et le Seigneur possédaient, dans leurs archives, des documents précieux qui auraient pu fournir quelque lumière.
Aujourd'hui il faut se borner à des conjectures. Celles qu'on a tirées de l'étymologie du nom de Germon t ne doivent pas être dédaignées.
Il y a dans ces sortes de noms une espèce de tradition symbolique , qui n'attend qu'une explication heureuse pour passer dans le domaine de l'histoire. Essayons de trouver cette explication, pour l'intelligence des premiers temps de notre cité.
Clermont , en latin Clarus-mons , peut être traduit de deux manières : montagne claire , montagne célèbre. De là, trois conjectures que je vais soumettre au jugement du lecteur.
Voici la première. Parce qu'on a découvert dans nos environs des traces d'anciens volcans , on a conjecturé que ces volcans , aujourd'hui éteints , auront laissé aux collines qui nous a voisinent le nom de Clarus-mons , montagne claire , montagne de feu, et que notre Ville aura pris cette dénomination en Rétablissant sur une de ces collines. Ce qui donnerait du crédit à cette opinion , c'est que la même observation se trouve déjà faite à l'égard d'autres villes du même nom que la nôtre. Cette première conjecture a le malheur de laisser incertaines deux époques qu'il eût été important de fixer : d'abord , l'époque où les volcans s'éteignirent, ensuite celle où l'on osa asseoir une ville sur une colline dont le sol avait
tremblé , et dont les flancs avaient peut-être recelé eux-mêmes le feu dévastateur. Toutefois, ces deux époques ne peuvent être que bien reculées ; car et l'extinction de ces volcans et le souvenir récent de leur existence, deux choses que Ton suppose, ne sauraient convenir à des temps modernes, au jugement de ceux qui ont quelque connaissance du passé , et qui ont observé l'état actuel de notre pays.
La seconde conjecture est d'un autre genre.
Elle s'appuie sur une tradition pieuse , recueillie , à la fin du dix-septième siècle , par l'archiviste des Récollets, et consignée dans son manuscrit. On a prétendu que St. Flour, premier évêque de Lodève , ayant baptisé et consacré à Dieu deux vierges qui eurent le goût de la solitude, ces deux ferventes néophytes choisirent le coteau de Clermont pour le lieu de leur retraite , s y fixèrent, et y vécurent dans la prière et la pénitence, jusqua ce qu'elles eurent le bonheur et la gloire de donner leur sang pour la foi. Bâtie plus tard, notre Ville aurait pris son nom de cette sorte d'illustration acquise à la colline par la retraite des deux vierges de St-Flour, et aurait été appelée Clarus-mons , montagne célèbre. Dans l'intérêt des personnes religieuses dont notre Ville compte un bon nombre, je souhaiterais que
cette conjecture eût plus de fondement quelle n'en paraît avoir. Il serait si heureux pour ces personnes de pouvoir penser que leur sol natal eût été autrefois consacré parle séjour de deux saintes , et de pouvoir invoquer auprès de Dieu ces deux patronnes de plus ! Mais comme nous avons > dans le voisinage , un Mont-des-deux- Vierges , qu'on dit avoir servi de retraite à deux soeurs de St. Fulcran ; comme , plus loin , vers Saint- Guilkem-le-désert , onf place un monastère fondé par deux soeurs de St. Guilhem ; comme , enfin , on attribue à deux sœurs encore la foudation de Notre-Dame du Peyrou; la ressemblance de toutes ces histoires ne donne que trop le droit de contester celle qu'on a faite sur Clermont , et de penser quelle ne soit qu'une fable empruntée à l'une de ces trois histoires , qu'on aura travestie et appropriée au sujet.
H y a enfin une troisième conjecture. On disait autrefois que Clermont , déjà considérable à l'époque de la domination des Romains dans les Gaules , avait attiré l'attention de ce peuple belliqueux parla valeur et l'intrépidité de ses habitants. L'archiviste même, que j'ai cité tout-à-l'heure, assure avoir lu dans une vieille histoire des Gaules , que les Romains faisaient grand cas de notre Clermont , non tant à cause de sa riche situa-
tion , que pour les soldats intrépides qui en sortaient : ce sont les propres termes du Religieux. On a conjecturé de Ut que les Romains auront attaché une certaine célébrité à notre Ville, et lui auront donné le nom de Clarus-mons , montagne célèbre. Celte opinion , si elle était prouvée , honorerait singulièrement Clermont, puisqu'elle lui garantirait une antiquité de plus de dix-huit siècles , et qu'en outre , eue lui donnerait le droit de se glorifier d avoir reçu son nom du peupleconquérant, en témoignage de sa valeur. Regrettons de ne pouvoir lire à sa source le texte cité par le Religieux-archiviste , pour nous assurer par nous-mêmes de son authenticité et du degré deconfiance qu'il mérite.