‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 40 sur 58 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Troubles pour le» élection» consulaire*.

Les consuls de Tannée 1379 abusèrent de leur autorité d'unemanière indigne. Aussi, aux approches des élections qui devaient avoir lieu en novembre 1380, des mesures furent-elles prises pour les culbuter, et pour faire passer leur charge en d'autres mains mieux dévouées à la chose publique. Ces mesures ne pouvaient manquer de réussir , et les consuls prévaricateurs devaient s'attendre à tomber devant les concurrents désignés par la confiance générale.

Cependant, Pierre de Royre et Jean Cayrel , >c étaient les noms des deux membres les plus hardis du triumvirat consulaire, ne désespèrent pas de

tourner à leur profit les élections qui se préparent. Pour y réussir , ils emploiront , s'il le faut, la calomnie ; ils feront même un appel à la force , s'ils la jugent nécessaire pour assurer leur triomphe.

Déjà ils sont à l'œuvre; par des manœuvres habiles ils travaillent les esprits, et /les indisposent contre les candidats désignés pour leur succéder. Ils vont jusqu'à les accuser d'intelligence avec les Anglais de Cariât : ce sont des traîtres, disent-ils , des hommes vendus, qui livreront la Ville à l'étranger , et qui n'ambitionnent le pouvoir que dans ce but infâme. Et ces imputations calomnieuses ne tardent pas à porter leurs fruits : les hommes honorables contre qui elles étaient dirigées , deviennent peu-à-peu suspects; la confiance s'éloigne d'eux, les abandonne; et les consuls ambitieux peuvent bientôt se féliciter d'avoir fait prendre une attitude hostile, et même menaçante , à une partie considérable de la population Clermontaise , contre des citoyens qu'elle proclamait dignes naguères de marcher à sa tête.

C'était peu pour eux encore. Le dimanche avant la Toussaint , on sortait en foule de l'église paroissiale après les offices du soir ; une épée à la main, la fureur peinte sur le visage, Royre et Cayrel paraissent devant la multitude ; ils ont Juré la mort de leurs concurrents : mouriou ,

s'écrient-ils , mouriou lous traydous que vouliou rémettré Clarmount en las mans des EnglesesV A ce signal on s'agite, on s'irrite, on court aux armes, et bientôt les deux consuls furibonds se voient à la tête d'une populace nombreuse , exaltée, ardente , disposée à servir leurs plus lâches projets. Ils partent, et montant dans la Ville, ils vont assaillir la maison d'un des prétendants. Celui-ci , ignorant le sort qu'on lui préparait, n'avait pu l'éviter par la fuite. Il est surpris chez lui ; sa maison est cernée de toute part ; sa porte ébranlée <:ède, la foule s'y précipite, cherche la victime, Fatteint, la perce, la meurtrit, et l'infortuné, étouffé dans son sang , expie le malheur d'avoir donné de l'ombrage par ses vertus à l'ambition des consuls.

On court delà chez le second prétendant, qui subit le même sort. Le troisième , plus heureux , s'échappe par le toit de sa maison, et sauvant sa vie épargne un nouveau crime à la multitude en délire. Celle-ci frustrée de sa proie n'en devient que plus furieuse : conjecturant que la victime se sera réfugiée au château, elle décide qu'elle ira la poursuivre jusque dans les bras du Baron. Al castel! al castel ! 2 s'écrient mille voix, et incon-

1 Ils mourront, ils mourront les traîtres qui voulaient livrer la Ville entre les mains des Anglais.

2 Au château ! au château !

tinent tout s'achemine vers le but indiqué. On arrive; une grêle de pierres est lancée contre la porte du château et par-dessus les murailles; on frappe à coups redoublés; des cris affreux se font entendre, et vont porter l'alarme dans l'intérieur de la maison. Le Seigneur effrayé envoie son bailli menacer les assaillants d'une justice sévère, s'ils ne cessent bientôt leurs coups et leurs clameurs.

« Que signifie tout ce tumulte, crie le bailli » à la multitude à travers un créneau, et quel » est le but de tant de fracas ? — Il nous faut le » traître, lui est-il répondu. — Mais à qui en » voulez- vous, répliqua le magistrat , car il n'y a ici » que Monseigneur, Madame son épouse, Messieurs » ses fils et leurs domestiques ? » Et les mutins , sans vouloir rien entendre , frappent plus fort à la porte, menaçant de la mettre en pièces, si on ne se hâte de la leur ouvrir. Le bailli essaie vainement quelques représentations, dans l'espoir de ramener les esprits. Les consuls étaient au milieu de la foule, l'excitant à demander l'entrée du château, et couvrant de leurs cris la voix du harangueur. Impatients du retard, ils font apporter des leviers , et on commence à ébranler la porte. Elle était solide, bien barricadée, et pouvait résister long-temps aux efforts des assaillants. Toutefois les habitants du château ne crurent pas

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