‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 42 sur 58 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

État de la Ville et du pay» a la fin do 14.alécle et au commencement du

1380 — uir

Le trouble et l'émeute n'étaient pas seulement à Clermont ; une agitation déplorable avait gagné la province presque entière. Ce malaise provenait en grande partie du voisinage des Anglais, et de l'administration tyrannique du duc d'Anjou. Au lieu de porter remède à la situation , les soulèvements qui se répondaient d'un bout de la province à l'autre , ne faisaient que l'aggraver. Outre qu'ils entretenaient dans les esprits une effervescence et une irritation funestes , ils tournaient encore au détriment de leurs auteurs ; car tous ces mouvements finissaient toujours par des exécutions à mort et par de grosses amendes. Ainsi chaque ville qui essayait de se révolter voyait décimer ses habitants

et ruiner ses finances; et il n'en fallait pas moins payer les subsides continuels que le duc exigeait sans pitié de toute la province. 1

Clermont fut une des villes qui se ressentit le plus des malheurs de 1 époque. En 1380, la commune était écrasée sous le poids des dettes qu'il lui avait fallu contracter. Elle devait une somme de 800 florins à un juif de Beziers, une autre somme de 400 livres tournois y forte monnaie , au seigneur d'Avène; elle avait encore à payer un subside considérable ; et de plus , des réparations urgentes à faire aux remparts allaient nécessiter de nouveaux emprunts. Le duc se laissa à peine toucher par une telle détresse; il fallut les plus vives instances du Seigneur Déodé et du premier consul Berenguier Salvanés pour le faire consentir, en 1380, à la remise d'un sixième sur les sommes qu'il demandait. 2

Cette remise permit de faire aux remparts les réparations que rendait indispensables la proximité des Anglais, descendus déjà jusqu'à Cabrières , et d'où le duc d'Anjou se préparait à aller les expulser > quand l'ordre de son rappel arriva. Ils y demeurèrent paisiblement sous le comte de Foix, qui eut assez à faire contre le duc de Berry , que Charles VI monté sur le trône envoya lui dispu ter le gouvernement de la province.

1 Hist. des Seig. — 2 Hist. du Long.

La lutte des deux gouverneurs vint ajouter aux malheurs du pays; il y eut nombre de partisans pour l'un comme pour l'autre , et par conséquent guerre civile. Beziers se déclara pour le comte de Foix , et ferma ses portes au gouverneur envoyé par Charles VLLeplus grand nombre des seigneurs., au contraire, se rangea du côté du duc de Berry, et lui prêta secours pour faire reconnaître son autorité. Celui-ci finit par triompher , mais son triomphe ne fut pasun bonheur pour la province. Le duc administra tyranniquement, fatigua le pays de vexations , et en fut le véritable fléau. Il fallut que le roi vînt sur les lieux consoler ses fidèles et malheureux sujets du Languedoc. Arrivé à Montpellier , il écouta comme un bon père les plaintes qui lui furent portées contre le gouverneur. Il répara quelques-uns des maux de son administration , promit de remédier incessamment aux autres, et dépouilla le duc de son autorité sur la province. Malheureusement cette justice ne fut que momentanée ; la faiblesse et la maladie du monarque ne tardèrent pas à replonger le pays dans le même désordre. 1

Si les affaires civiles étaient en si mauvais état , celles de la religion n'étaient pas plus prospères , à cause du schisme occasionné par l'élection de deux papes. Avignon avait le sien en même temps que

1 HisL des Scig.

Rome , l'un et l'autre s attribuant le gouvernement de l'Église catholique , et jetant ainsi une malheureuse division entre les fidèles , incertains du chef à qui ils devaient obéir. Le troupeau divisé était en outre privé de la présence de ses pasteurs, si nécessaire en ces tristes circonstances. Les évêques de Lodève gardaient peu la résidence , et on les vit retirés , tantôt à la cour du roi Charles, tantôt à la cour du pape d'Avignon , quelques-uns même ne se donnant pas la peine de venir une seule fois visiter le troupeau dont ils étaient pasteurs. 1

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