CHAPITRE XXXVI
Confrérie» et corporations
Le commencement du quinzième siècle était un moment fâcheux ; ce n'était que détresse pour les peuples, et scandale pour la religion. Mais alors la foi était vive , et ce qui se passait ne devait servir qu a la ranimer encore davantage. Ajoutez à cela que le fléau de la peste , devenu pour ainsi dire permanent dans la province , était là comme un continuel avertissement du ciel de recourir à- la prière et aux oeuvres de la piété , seule ressource dans les grandes calamités publiques. Nos compatriotes comprirent le besoin de se rapprocher des choses de Dieu , et de chercher dans les pratiques religieuses des consolations et des secours que vainement ils auraient "demandés ailleurs.
L'occasion se présenta favorable. En 1410, le diocèse obtint un évêque qui parait avoir eu plus de zèle et plus de sollicitude pour son troupeau que ses prédécesseurs indolents. 11 avait établi à Lodève, la seconde année de son pontificat, une confrérie en Fhonneur de St. Roch; 1 la gloire de ce saint ^ mort à Montpellier, le siècle précédent , dans l'obscurité d'un cachot , commençait à briller d'une manière éclatante. Clermont voulut avoir aussi sa confrérie de St. Roch , autant pour exercer sa ferveur, que pour se donner la protection de ce saint, invoqué particulièrement dans les temps de calamité. Nos ancêtres pensèrent, avec raison, que ce vertueux et charitable Languedocien, qui s était rendu si célèbre pendant sa vie par sa sollicitude envers les malheureux , ne pouvait que continuer du haut du ciel son ministère de charité , en faveur surtout des villes de sa province qui l'adopteraient pour patron. Us jugèrent d'ailleurs qu'une association religieuse serait un puissant moyen d'entretenir la piété , de la faire fleurir, et de resserrer les liens de la charité chrétienne , dans ces temps de scandales et de divisions.
Jean de Lavergne, évêque d'alors , établit donc , l'an 1413, selon le désir des Germon tais , la confrérie de St. Roch dans l'église paroissiale de St.-Paul ,
1 Plantav.
*>ù nous la retrouvons encore, sans que quatre siècles d'existence aient pu altérer le zèle de notre Ville pour cette pieuse institution. Cet évêque donna les statuts de la confrérie , qui existent encore , écrits en patois du temps sur parchemin, et qui furent plus tard traduits en français et approuvés
par M. de Fumel. 1
Il faut placer vers cette même époque l'érection de deux autres confréries d artisans , qui ont subsisté jusqu'à la révolution , dont une même a survécu à cette grande tempête : la confrérie des marchands, sous l'invocation des apôtres St. Pierre et St. Paul , et celle des tisserands, sous le patronage des martyrs St. Fabien et St. Sébastien.
On voit en effet par le considérant des statuts de ces derniers , réformés en 1 633 et approuvés par l'évêque de Lodève , Plantavit de la Pauze, 2 que , depuis un temps immémorial, les marchands formaient une confrérie dédiée aux apôtres St. Pierre et St. Paul , jusqu'à ce que , par ordre du pape , ils se réunirent en 1 493 à la confrérie , déjà aussi existante depuis un temps immémorial , des tisserands de draps , toiles et petites étoffes , dédiée aux martyrs St. Fabien et St. Sébastien. Les règlements primitifs des deux confréries n'ont point été conservés , comme ceux de la confrérie de
1 Jrch. de laconfr. de St. Roch. — 2 Arch. des tisserands.
St. Roch, ce qui empêche d'apprécier à leur juste valeur les termes précités de temps immémorial. Ceux même qui furent dressés pour les deux confréries réunies en 1 493 , ne l'ont pas été davantage ; on sait seulement qu'ils furent arrêtés pardevant M. e Raymond Rat , notaire , et écrits en latin et en français. Nous n'avons que ceux de 1 633 , lesquels concernent la confrérie des tisserands seulement, l'autre confrérie ayant demandé, à cette époque, de revenir à son état d'indépendance primitive. Ces règlements, rédigés en français et écrits sur parchemin, sont en dix-huit articles.
Régie par ces statuts, que le parlement de Toulouse approuva le 4 juin 1670, la confrérie devint de plus en plus florissante , si hien qu'en 1711, elle put se séparer des tisserands de toiles et de petites étoffes, et former à elle seule un corps de près de cent maîtres tisserands de draps. 1 Les nouveaux règlements qui furent faits alors , et qui s'observaient encore exactement quand la révolution arriva, sont en vingt-un articles, et roulent principalement sur la bonne et loyale confection du travail et sur l'admission des aspirants au titre de maître de métier.
1 JrcL des tisserands.