‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 44 sur 58 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Fortifications des faubourgs* — Successions»

illustrations, changement* dans la famille des Gullnems.

Clermont se peuplait chaque jour davantage, et déjà quatre faubourgs considérables s'étaient formés en dehors des remparts : Rougas, St.-Paul, la Coutellerie } la Fre'gère. Ouverts de tous côtés, ces faubourgs pouvaient être d'un moment à l'autre envahis par les Bourguignons , qui faisaient alors des courses désastreuses dans la province, ou tomber entre les mains des Anglais dont les armes s'étaient plus que jamais rendues redoutables dans le royaume. Le Baron se mit en devoir de donner une défense à cette partie de la population clermontaise, et fit, en 1419, élever, à l'entrée de chacun des faubourgs, un portail fortifié, capable d'arrêter l'ennemi.

Ce fut le dernier acte de gouvernement de

Déodé de Guilhem; son fils Arnaud, qui lui succéda vers 1420, continua les préparatifs de défense pour les faubourgs et pour la Ville elle-même. Outre le motif de la sûreté de ses vassaux, le nouveau Baron avait à envisager celui de sa sûreté personnelle ; car Louis de Guilhem , son oncle, venait d'être fait prisonnier par les Anglais à la bataille d'Azincourt, et il pouvait bien n'être pas à l'abri lui-même d'éprouver un sort pareil. Aussi le voit-on faire avec ardeur réparer ses murailles, dresser à l'exercice de Tare et de l'arbalète tous ses vassaux capables de porter les armes ; lui -même se disposer au combat , bien que son tempérament faible et délicat ne secondât pas son courage. De tous les seigneurs qui allèrent aux pieds du Dauphin, à Pézénas , protester de leur dévouement pour sa cause , Arnaud ne se montra pas le moins empressé ni le moins sincère. 1

Cependant la famille des Guilhems s'illustrait autant par sa bravoure et ses alliances que par sa fidélité. Arnaud avait un frère nommé Tristan , et une sœur nommée Bourguine. Celle-ci se maria avec un Caylus de Castelnau , dans le Quercy , et attira plus tard dans cette même famille une de ses

1 Hist. des Seig.

nièces nommée Antoinette de Guilhem. Quant a Tristan , la guerre de Hongrie, où il alla signaler son courage, lui valut une alliance telle que les princes eux-mêmes pourraient l'ambitionner. Sa valeur et ses beaux faits d'armes contre les Turcs, le mirent en si grande considération à la cour de Hongrie, que la sœur de la reine, Catherine des Ursins, ne crut pas déroger en lui accordant sa main. Le chevalier clermontais reçut , avec l'honneur d'une si noble alliance, plusieurs places considérables, et une somme de 25000 ducats.

Il revint à Clermont, en 1423, riche d'honneurs et de biens, avec une famille composée d'un garçon et de cinq filles. 1

Arnaud vécut tout juste assez de temps pour voir le retour de son frère. H mourut peu après; et comme il ne laissa pas de postérité, Tristan hérita de son titre de Baron de Clermont et des droits qui y étaient attachés. Il est ainsi désigné, dans X Histoire du Languedoc, parmi les témoins du mariage du comte de Pardiac au château de Roquecourbe , en 1 424 , et parmi ceux de l'hommage d'Odon de la Rivière au comte de Foix, en 1431. L'année suivante fut la dernière pour Tristan et pour son fils Raymond ^

1 Hist. des Seig.

qui descendit dans la tombe presqu'en même temps que son père , sans laisser de postérité. 1 C'était la fin de la dynastie des Guilhems, si elle n'avait trouvé moyen de se reconstituer par la branche féminine. L'alliance contractée déjà avec la famille de Castelnau allait lui venir en aide.

Pons de Castelnau avait épousé une des filles de Tristan, Antoinette de Guilhem, la nièce de Bourguine dont il a été parlé plus haut. Ce mariage amenait tout naturellement les Castelnau à succéder aux Guilhems : un simple changement dans les titres et dans les armoiries faisait l'affaire. Pons mit dans ses armes les hermines des Guilhems, prit le nom de Clermont, et notre Ville retrouva en lui et dans sa postérité la continuation de la lignée illustre de ses anciens Barons. Ce fut même avec avantage.

Aux Etats de \ 41 6 , on voit le nouveau Seigneur chargé d'une mission importante auprès de l'Attila du midi de la France , Rodigo de Villaudrant, chef des compagnies si redoutables des routiers. Il négocia auprès de lui l'éloignement de sa troupe, comme député des États , et lui offrit en dédommagement une somme de 500 écus d'or. La guerre des Anglais , qui durait toujours , lui procura bientôt une autre

1 Hist. du Lang-

mission plus belle, celle de défendre contre 1 étranger sa patrie et son roi. Après la guerre , les États le députèrent pour aller porter au roi Charles VII, les requêtes et les doléances de rassemblée. 1 C'était, sans doute, déjà pour le Baron une position brillante , et toutefois il n'était encore qu'au début de sa fortune.

Quand Louis XI eut succédé à Charles, Pons Clermont fut investi par le roi de la lieutenance du Languedoc. Dans les lettres que le monarque lui écrivit , il lui donna les titres de : cher et féal cousin , sire de Clermont en Lodève , lieutenant de notre très-cher et très-aimé oncle le comte du Maine , gouverneur en Languedoc.

De son côté , Pons prenait les titres de Seigneur de Clermont , Chevalier , Chambellan du roi, Lieutenant-général de Monseigneur le comte du Maine, gouverneur du Languedoc. Cest en cette qualité qu'en 1 469 , lors de la soumission du duc de Nemours, il fut délégué par le roi, pour recevoir le serment de fidélité de tous les gens du duc qui tenaient ses terres dans la province. Pons, s'étant plus tard distingué dans la guerre qui eut lieu dans le Roussillon, fut nommé gouverneur du pays conquis par le même roi

1 Hist. du Lang.

Louis XI, qui voulut encore doter sa fille de 2000 écus d'or et la marier avec Jean d'Arpajon.

Tristan II , fils de Pons , lui succéda , en i 473 , et ne laissa point périr entre ses mains rhéritage de gloire que lui léguait son prédécesseur. On le voit assister aux États de 1480 et de 1482 avec le titre de commissaire du roi, et vers le même temps, épouser Catherine d'Amboise, sœur du cardinal de ce nom, ministre de Louis XII.

Trois enfants sortirent de ce mariage : Louis, qui fut Baron de Clermont en 1 500 ; Pierre, qui lui succéda quinze ans après, et François, qui ayant embrassé la carrière ecclésiastique, passa par les plus éminentes dignités de l'église. Il fut successivement prévôt de Beaumont, chanoine d'Alby , abbé de ValmagneetdeSt.-Thibéri , archidiacre de Narbonne, évêque de St.-Pons, de Yalence, d'Agde, de Narbonne, archevêque d'Aucb> légat du pape, ambassadeur du roi près le saint siège, cardinal et doyen des cardinaux; il ne lui manqua que la tiare. 1 1 Hist. du Long.

Page 1