CHAPITRE XXXVIII
Visite do Cardinal François a \olre-Dame du Peyrou. — Tenue des Etats a Clermont* — Suecessions dans la dynastie des Gullnems.
Ce fut en 1503 que François de Clermont fut décoré de la pourpre romaine, et cette même année il honora notre Ville d'une visite , qu'il fit très-àpropos coïncider avec les fêtes de Pâques. Celle du lundi était , à cette époque , plus solennelle que de nos jours, bien quelle soit très-suivie encore; une procession générale conduisait la population toute entière à Notre-Dame du Peyrou; on y célébrait les offices , et on y faisait une prédication. Cette chapelle, au reste , fondée déjà depuis un siècle, en exécution d un vœu fait par la Ville pour la délivrance d'une épidémie, était dans un état trèsflorissant: objet delà dévotion de toute la contrée ,
elle était riche , ornée , et assez vaste pour avoir douze autels. 1 Le Cardinal voulut aller la visiter, comme toute la population clermontaise , et y rehausser de sa présence l'éclat de la seconde fête pascale.
Il fut témoin , sur sa route , du magnifique spectacle que présentaient les avenues de Notre-Dame , encombrées de caravanes joyeuses, se hâtant d arriver au lieu de la réunion , ou sillonnées de longues files d'hommes , de femmes , d'enfants , mieux ordonnées et plus recueillies; puis, à mesure qu'il approchait de l'ermitage, les coteaux d'alentour couverts d'une foule immense qui n'avait pu trouver enceinte trop étroite de la chapelle, déployaient à ses yeux un tableau dont le charme allait toujours croissant. L'admiration du Cardinal fut au comble, quand parvenu suivies lieux , il put embrasser d'un regard tout l'ensemble de cette scène. C'était non-seulement Clermont, mais la contrée entière transportée au Peyrou; la joie brillait dans tous les yeux, la piété respirait sur tous les visages , des cantiques de louange s'échappaient de toutes les bouches : jamais réunion plus belle et plus édifiante.
Le Cardinal applaudit de toute son âme à l'em-
1 Hist, des Seiç.
pressement de la foule pieuse pour la dévotion de Notre-Dame du Peyrou , et voulut la récompenser de ses largesses spirituelles. Outre les indulgences qu'il accorda de vive voix pour le jour de la fête,il signa un bref, relaté dans X Histoire des Seigneurs, par lequel une indulgence de 1 40 jours était accordée , à perpétuité , à tous ceux qui visiteraient la chapelle, ou feraient quelque donation en sa faveur. L'original du bref n a pas été conservé ; nous n'en avons que le sceau , en cire rouge, représentant un religieux devant un autel de la Ste. Vierge, et portant, avec les armes du Cardinal, au chef d'hermines , la légende suivante :
FRANCISCI. CLAROMONTIS. CARDINALIS.
T. T. S. ADRIANI. MCCCCCIIL La gloire de compter un Cardinal parmi les membres de la famille qui gouvernait la Ville, et l'honneur de le posséder à Clermont, étaient dus à la considération que François s était acquise à la cour du pape : la faveur non moins grande qu'obtint à la cour du roi, Pierre , son frère, successeur du Baron Louis , morten 1 5 1 5 , fut pour les Clermontais un autre sujet d'orgueil tout aussi légitime. Pierre, en effet, fut honoré par François I. er de la lieutenance du Languedoc, pour le connétable de Bourbon qui en était gouverneur , et nommé plus tard
commissaire du roi aux États de la province. Il alla recevoir, en 1525, sur les frontières d'Espagne, la sœur du monarque prisonnier de Charles-Quint , par suite de la défaite de Pavie : on dit même que François L* r , après sa délivrance, passa par Clermont, et logea quelques jours au château. Ce qui est plus certain , c'est que les États de 1527 s'assemblèrent dans notre Ville, grâce à la haute importance que lui avait acquise son Baron par les pouvoirs dont il était dépositaire. L'assemblée se tint , dit X Histoire du Languedoc , dans la salle haute de la maison de l'hôpital : c'est le premier étage du bâtiment contigu au tribunal de commerce, qu'on destine pour le couvent des Religieuses de la Nativité.
Une messe solennelle du St. Esprit fut célébrée avant l'ouverture des Etats , dans l'église des Dominicains ; puis l'assemblée prit séance présidée par le grand-vicaire du Puy, Christophe d'Alzon , malgré les réclamations de l'abbé de Narbonne , qui prétendait avoir ce droit. On y vota une somme de 59,800 livres pour les besoins du royaume, et on y fit des règlements pour prohiber l'exportation des grains hors de la province. 1
Pierre de Germon t vivait encore en 1 533 ; il
1 HisL du Long.
assista cette année à l'entrée du roi à Toulouse r qui fut si brillante et si solennelle. Il eut deux garçons de Marguerite Latour , fille d'Antoine, vicomte de Turenne; le plus jeune nommé Jacques fut évêque de St. Pons, et l'aîné succéda à son père en 1 536, sous le nom de Gui I. er . Ce Gui de Clermont fut en même temps seigneur de Castelnau , de Caumont et de Nébozon , conseiller et chambellan du roi , et plus tard , sénéchal de Carcassonne. Ayant épousé Louise d'Avangour-Bretagne, il en eut un fils j qui lui succéda sous le nom de Gui II, vers 1 550. Celui-ci fit un grand et riche mariage ; il épousa la dame de Saissac , Aldouce de Bernuy , fille unique du président de Bernuy, héritière de la maison de Foix-Carmaing , et estimée riche de 800 ,000 livres , fortune colossale pour ce temps-là. 1 Malheureusement la religion de celte dame ne répondit pas à sa fortune et à son rang ; aussi son penchant pour le calvinisme qui commençait à se propager, et les facilités qu'elle donna à l'hérésie pour s'introduire dans notre Ville, firent peu tenir compte aux Clermontais fidèles des avantages temporels que leur Seigneur avait gagnés à son alliance. 7
1 Hht. du Lang.
2 Arch.part.