CHAPITRE XXXIX
Prédication de l'hérésie de Calvin a Clermont.- Désordres qui a'eiiaulvent.
Née en Allemagne , l'hérésie de Calvin avait déjà pénétré en France. Des étudiants étrangers lavaient importée à Toulouse, et de là elle se répandait de proche en proche dans toute la province. Elle prêchait à l'orgueil l'indépendance et le mépris de l'autorité; elle favorisait la licence par l'abolition du frein salutaire de la confession et de la pénitence ; elle appelait sous sa bannière tous les ennemis du clergé, tous les turbulents, tous ceux qui avaient des utopies à réaliser ou des passions à satisfaire : avec tant de moyens de séduction, lui était-il difficile d'obtenir des succès?
Elle en obtint d'effrayants dans notre Ville, comme dans plusieurs autres du voisinage. Celui
qui vint la prêcher se nommait George Viret, et était de Genève. 1 Il commença ses prédications l'année 1 560, et entraîna d abord un certain nombre de catholiques, qui apostasièrent leur foi pour embrasser la religion prétendue réformée de Calvin. Les rigueurs que le comte de Villars déploya contre les hérétiques dans les Cévennes, où. ils avaient allumé la guerre civile , firent suspendre un moment les prédications du ministre genevois; mais ledit de pacification qui survint peu après permit de les reprendre avec une nouvelle ardeur. La dame du château, en l'absence de Gui son époux , s y montra favorable ; elle embrassa même la religion nouvelle, en appuya la propagation, et en seconda les excès , qui furent épouvantables.
En effet, tous les signes du culte catholique disparurent bientôt : les croix furent brisées , les autels renversés, les temples dépouillés, ruinés ou convertis en forteresses. On força les prêtres et les religieux à s'expatrier ou à se cacher; les fidèles eux-mêmes n'osèrent se montrer, sans dissimuler leurs véritables sentiments. Le couvent des Bénédictines fut détruit presque en entier avec son église; celui des Dominicains fut livré aux flammes; on n'épargna que l'église dont on se
1 Arch. des ftec.
feK 189
contenta d'abaisser les trois tours. Toutes les chapelles champêtres subirent le même sort, à l'exception de celle de Notre-Dame du Peyrou, qui fut respectée seule entre toutes les autres. 1
Ce furent les premiers fruits de l'hérésie de Calvin : fruits amers pour nos ancêtres sincèrement attachés à la foi catholique, à son culte , et à ses pasteurs. Gignac fut aussi maltraité que Clermont ; il n'y eut que Lodève qui sut se préserver de ces désordres, en tenant ses portes fermées aux apôtres et aux soldats du calvinisme. L'intrépide Claude Brissonnet , son évêque, tint tête aux bandes formidables accourues du Rouergue et des Cévennes pour soumettre Lodève à l'hérésie, les repoussa du diocèse, et contribua même plus tard à la répression des calvinistes de Clermont et de Gignac. 2
Il était juste , en effet , que les catholiques , ceux-là surtout qui avaient force et autorité, ne demeurassent point inactifs devant les envahissements et les excès d'une secte qui venait, le blasphème à la bouche, le fer et la flamme à la main, outrager et fouler la religion antique , dévaster ses monuments , menacer et persécuter ses disciples. Pour défendre leurs droits, les catholiques s'ar-
I Arch, des Réc. — 2 Plantav.
mèrent; Joyeuse, lieutenant de la province, se mit à leur tête , et les religionnaires ayant levé drapeau contre drapeau , sous le commandement de Baudiné, une guerre dans les formes devint inévitable. Le succès de la lutte ne pouvait être douteux. Joyeuse avait une armée régulière , des soldats aguerris , tandis que Baudiné n'avait sous ses ordres que des paysans ou des bourgeois exaltés, auxquels l'enthousiasme tenait place de tout. On se battit devant Beaucaire; le théâtre de la guerre s'étendit successivement des bouches du Rhône aux rives de l'Hérault ; partout les armes des catholiques furent victorieuses. Gignac , Clermont, Montagnac, qui étaient au pouvoir des religionnaires, firent leur soumission à Joyeuse, et un combat décisif ayant eu lieu près de Pézénas, le 20 juillet 1 562 , l'armée calviniste fut expulsée du pays avec une perte de 4 à 500 hommes, et refoulée vers Agde et Beziers où l'hérésie était plus puissante. 1
L'année d'après, un édit de pacification, en accordant aux calvinistes l'exercice de leur culte dans les faubourgs des villes, rendit aux catholiques la sécurité, avec tous les droits dont l'hérésie les avait un moment dépouillés. On releva les
1 HisU du Long.
autels, on restaura les églises; Clermont recouvra ses prêtres, ses religieux, ses solennités; mais sur combien de profanations et de ruines n'eut-il pas â verser de larmes!
Damville, qui fut nommé alors au gouvernement de la province, ne contribua pas peu à calmer l'agitation quavaitcausée l'hérésie; mais les troubles se renouvelèrent encore. Les religionnaires ayant de nouveau , en 1 567 , levé l'étendard de la révolte, la guerre recommença sur divers points, et se continua long-temps avec d'affreuses représailles de part et d'autre. Peu à peu elle se rapprocha de Clermont, et au mois de juillet 1573, Lodève eut les troupes calvinistes à ses portes. Levêque, Alphonse de Vercelli, était absent, et le comte Claude de Brissonnet, qui en se démettant de levêché de Lodève, en avait conservé la seigneurie temporelle, n'avait pris que des mesures insuffisantes pour défendre la ville. Aussi les religionnaires n eurent-ils pas de peine à s'en emparer ; ils y entrèrent le 4 , et y commirent des horreurs. Tout fut saccagé, le palais de 1 evêque , les maisons des chanoines , les couvents, les églises ; on profana les choses saintes de la manière la plus indigne; les reliques de St. Fulcran furent traînées dans les rues , les
vases sacrés servirent aux usages les plus révoltants. On vit les femmes déshonorées, les prêtres et les plus honnêtes citoyens massacrés : ce fut une scène digne des anciens Vandales. 1
Clermont trembla , mais tint bon encore ; ce ne fut qu'après la trahison de Damville qu'il passa au pouvoir des religionnaires. Le 1 4 Août 1575, Clermont capitula en faveur de Hérésie, forcé par l'artillerie de Damville devenu leur patron pour le moment. 2 Mais la défection du maréchal n'ayant pas duré , notre Ville réchappa bientôt aux calvinistes, et les catholiques en reprirent possession en 1577.
1 riant av.
2 Journal de Taurin.