‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 47 sur 58 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Trouble» de la ligne* — Clermont est deux fol» troubles.

Les troubles suscités par l'hérésie se prolongèrent long- temps, sous différents prétextes, et toujours avec la même violence et les mêmes excès. Outre le motif de religion, ils furent alimentés par la rivalité de Damville et de Joyeuse, et plus encore par la faction des Guises, si connue sous le nom de Ligue.

Joyeuse disputait à Damville le gouvernement de la province, et lui faisait une guerre acharnée. S étant déclaré pour la ligue, il mit dans son parti tous les catholiques ardents, et d'éclatants succès couronnèrent ses efforts. Christophe de l'Etang, évêque du diocèse, mu par le* roi lui-même, Henri

III, se rangea <iu côté du ligueur , et entraîna Clermont dans le parti de Joyeuse. 1 Il fallait que tout le reste du pays imitât cet exemple ; les Lodévois et les Clermontais se chargèrent d'opérer ce résultat par des excursions armées dans les villages soumis à Montmorency. Nébian fut leur première conquête; ils y entrèrent le 1 0 mai 1 584 ; Joyeuse y fut proclamé, et la ligue triompha dans nos environs. 2

Ce triomphe ne tarda pas à nous attirer la guerre. Le duc de Montmorency, c'était le titre que prenait alors Damville , à la nouvelle de l'expédition de nos compatriotes , part de Pézénas, et arrive pour rétablir son autorité méconnue. Nébian capitule sans résistance. Clermont ferme, au contraire, ses portes, et se met en mesure de soutenir un siège. Le duc l'entreprend en effet, et, le 4 juin, il fait commencer les travaux. Mais étant venu sans artillerie, et ayant des murailles à franchir, il reconnaît bientôt que ses travaux seront inutiles. Les assiégés d'ailleurs font une sortie vigoureuse; Montmorency, battu, est contraint de se retirer de devant la place. Descendu à Beziers, il détacha , deux mois plus tard , une compagnie de ses gens-d'armes sous le commandement du capitaine Albe, pour venir harceler la garnison de notre Ville. Mais le maréchal de Joyeuse

1 Plantavit. — 2 ffist. du Lang.

avait déjà envoyé du secours. St.-Sulpice effectua une sortie , le 3 août , et celle-ci fut aussi heureuse que la première. Les assiégeants poursuivis jusqu'à Ceyras eurent cinquante hommes tués, parmi lesquels un capitaine nommé Astrucci. Il est vrai que l'intrépide commandant acheta cher la victoire; car il eut son cheval tué sous lui , et ses deux cuisses percées d'un coup de pistolet. 1

Dès que Montmorency fut libre de venir luimême , il arriva avec quatre pièces d'artillerie et des troupes toutes fraîches. C'était au commencement de novembre. Clermont fut cerné le 5, qui était un lundi, et le lendemain , le duc fitcanonner les remparts et l'église. Les Clermonlais privés d artillerie ne pouvaient riposter , et l'infériorité de leurs forces ne leur permettait pas de tenter une sortie. Après avoir tenu quatre jours, et ne se voyant point secourus par Joyeuse, qui était occupé ailleurs , ils se décidèrent à capituler. Montmorency les reçut à composition, leur accorda la vie sauve, l'honneur des femmes, l'exemption du pillage, et à ces conditions Clermont ouvrit ses portes. Le duc y entra , le 1 1 novembre , avec quatre compagnies. Le château résista encore quatre jours ; il se soumit enfin, et le duc, ayant laissé Thémines avec une faible garnison , repartit pour Beziers.

1 Hist. du Lang.

Joyeuse mourut , Henri IV triompha de la ligue, et toutefois la guerre ne fut pas finie dans la province. Le duc <le Joyeuse , fils du précédent , se mit à la tétedu parti de son père, et, en 1591 , il obtint de brillants succès contre Montmorency. Il prit la ville basse de Carcassonne , se répandit versBeziers et Pézénas , et poussa une reconnaissance jusqu'à Clermont La Ville se rendit aux ligueurs le 25 décembre 1592. Thémines n'était point assez en force pour leur résister, et puis le Seigneur de Clermont , Gui II, 'fit beaucoup en faveur de Joyeuse, dont il était l'ami personnel.

Montmorency n'eut pas plutôt appris cette nouvelle, quil dépêcha son fils , le comte d'Ofïemont, pour reconquérir la place. Celui-ci n'osa tenter un assaut, et se contenta d'un blocus que la résolution des assiégés fît prolonger pendant deux ou trois mois- La garnison céda à la fin , sur les instances de quelques chefs de l'armée de la ligue qu'on avait gagnés à prix d'argent, et Clermont reconnut tout ensemble Montmorency et Henri IV, avant la fin d'avril 1593.*

Ce fut la fin des agitations qui fatiguaient la Ville depuis près d'un demi-siècle. La politique conciliante du bon roi acheva d'assoupir toutes les «divisions , et fonda une paix durable. Nos ancêtres

X Hisl. du Latig.

profitèrent des loisirs que cette paix heureuse leur procurait; pour réparer les graves atteintes que la guerre avaient portées à la solidité de l'église paroissiale. Surchargés par l'exhaussement des murs , au moyen duquel on avait disposé comme un étage sur la voûte des trois nefs , pour les besoins d'un siège, deux piliers, entr'aulres, avaient plié sous le fardeau et menaçaient ruine y on s'occupa de les reconstruire; l'un et l'autre portent encore la date de leur restauration : 1 593 et 1601.

Le dix-septième siècle s'ouvrait sous les plus heureux auspices. Notre Ville entra dans une ère de paix , et cette ère se prolongea assez long-temps , malgré la présence, dans nos murs, d'un grand nombre de dissidents en matière de religion. Depuis qu'en 1598, Clermont avait été donné aux calvinistes comme place de sûreté ,. ceux-ci s'y étaient réfugiés en grand nombre, si bien qu'en 1602 ils n'y comptaient pas moins de 20fr familles. 1 Mais ils vivaient tranquilles au milieu de la population catholique, qui, à son tour, ne les inquiétait nullement pour leurs opinions religieuses. La sagesse du monarque, d'ailleurs, avait pourvu à ce qu'aucun prétexte de collision ne fût donné par la rivalité d'un double culte public : il avait été statué que le culte catholique seul, comme étant celui de

I Arch. de la Fille.

la majorité , jouirait du privilège d'être extérieur, et que les religion naires ne pourraient se livrer publiquement à aucun exercice de leur culte. Un arrêt du Conseil d'Etat, rendu en 1662, dont j'ai sous les yeux une copie , porte que « depuis 1 edit » de Nantes , la Ville de Glermont était du nombre » des villes où il n'y avait point d'exercice public » du culte réformé, et que les enterrements des » religionnaires ne pouvaient s'y faire qu'à la pointe » du jour ou à l'entrée de la nuit, sans cérémonie, « et avec un convoi qui ne dépassât pas dix per- » sonnes. »

Il fallait laisser au temps et à la force de la vérité le soin d'achever le reste, et d'effacer entièrement, du milieu de notre Ville, toute trace d'hérésie. C'est ce que nos ancêtres comprirent, et il faut les en féliciter.

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