CHAPITRE XLI
Prédication dos Récollet» a Clermont. — Fondation de leur couvent.
Gui II mourut avant la fin du seizième siècle. Il devait avoir pour successeur son fils Alexandre de Castelnau ; mais celui-ci se trouvant mineur , la seigneurie fut régie pendant plusieurs années parla Dame douairière, qui se remaria en 1603, pourépouser Jacques C. te de Montgommeri. Depuis assez de temps, cette Dame, que nous avons vue embrasser et soutenir le calvinisme , était revenue de ses erreurs. Dévouée alors à la religion catholique, elle favorisa de tout son pouvoir le zèle des prédicateurs de la vraie foi, qui vinrent s'employer à la conversion des hérétiques. Sous son patronage, les Dominicains purent exercer
librement et avec fruit le ministère de la prédication auquel ils s étaient consacrés. 1
En 1 604 , de nouveaux, apôtres arrivèrent pour unir leurs efforts évangéliques à ceux des Dominicains. Deux Récollets de Beziers, recommandables par leur zèle et par leur savoir, nommés, l'un Bazile Garcin , et l'autre Marin Camaret , vinrent à Clermont prêcher la saine doctrine , et réparer par leurs prédications les ravages de l'hérésie. Leurs discours attirèrent d abord un tel concours d auditeurs , non seulement de la Ville , mais encore des environs , qu'il ne leur fut possible de prêcher qu'en plate campagne. Ils choisissaient une des hauteurs des environs , y dressaient un autel , et offraient le saint sacrifice au milieu d'un concours immense. On compta une fois plus de trois cents prêtres, et un jour de l'Assomption, Montmorency, qui assistait a la prédication avec ses soldats pour contenir la foule, compta plus de 8000 personnes. Une autre fois , on compta à une de ces réunions cent- vingt paroisses , distinguées chacune par leur croix. La messe finie, un des deux Religieux montait sur une estrade à l'extrémité de l'éminence, et faisait un discours, dont le sujet était toujours quelque point contesté par les hérétiques.
1 Jrch. des Réc.
C'était un magnifique spectacle que celui de cette foule affamée de la vérité, se pressant autour des zélés apôtres qui étaient venus la leur prêcher, écoutant attentivement leurs paroles, accourant quelquefois de bien loin pour venir les recueillir , ne se retirant jamais sans avoir fait retentir les échos d'alentour de leur solennelle profession de foi, et de leur abjuration publique des erreurs de Calvin. En effet, les prédications des deux Récollets opéraient les plus grands fruits. Outre quelles affermissaient la foi des catholiques , elles dessillaient les yeux aux sectateurs de l'hérésie , et en ramenaient un grand nombre dans le sein de l'Eglise. Des familles entières se présentaient aux Pères , après leurs discours , et faisaient entre leurs mains abjuration de leurs erreurs.
Tant de succès déterminèrent la fondation , dans notre Ville , d'un couvent de ces Religieux. Le dimanche, 1 1 septembre 161 1 , une assemblée du conseil de la Ville, tenue à cet effet, autorisa les Pères Récollets à fonder un couvent sur les ruines de l'ancien monastère des Religieuses Bénédictines de Gorjan, cédé pour cet effet par madame l'Abbesse Françoise de Thémines. Car on doit se souvenir que les Bénédictines avaient quitté leur premier local en 1561 . et qu'elles s'étaient bâti une autre maison dans l'intérieur de la Ville.
Or^ le monastère de Gorjan cédé aux Récollets pour leur établissement était entièrement ruiné. » N y restait , dit lacté de donation, que bien peu » de murailles sans y être rien à couvert , sinon » un peu de l'église, qu'encore de tous côtés » elle était ruinée et percée à jour tant à la » voûte que des côtés. »
Il fallut donc songer à bâtir , mais avant de rien entreprendre y on voulut faire la cérémonie, que pour d'autres monuments on appellerait la pose de la première pierre. Ici ce n'était point une première pierre qu'il fallait poser ; mais bien une croix qu'il s'agissait de planter sur l'emplacement choisi pour la pieuse fondation. Cette cérémonie se lit avec beaucoup d'appareil le 23 octobre 1611. La procession partit de la paroisse , composée de la confrérie alors existante des Pénitents blancs, de sept Récollets et des prêtres de la Ville. L evêque de Lodève , Gérard de Robin , son grand-vicaire, le président de la chambre des requêtes du parlement de Toulouse , et le viguier royal de Gignac , tenaient chacun un ruban de la croix , qui était portée par huit Pénitents. D'autres membres de cette confrérie portaient les instruments de la passion , destinés à orner la croix. Un grand concours de peuple suivit cette pompe religieuse. Quand la procession fut arrivée
sur les lieux, le gardien de Beziers, Pierre Davin , prononça un discours , à la suite duquel la croix fut plantée au devant de l'ancienne église , dont l'entrée était alors du côté où est aujourd'hui le maître-autel. La cérémonie terminée, les musiciens du chapitre de Lodève, que leveque avait fait suivre , entonnèrent le Te Deum , « qu'ils poursuivirent, disent les archives ^ avec une merveilleuse harmonie, jusqua la porte de l'église paroissiale, d'où chacun se retira chez soi. 1 »
Les Récollets se bornèrent d'abord aux réparations les plus indispensables. Une quête faite dans la Ville, et qui produisit 400 livres, un don de 50 écus qu'offrit la Dame du château, et une amende de 200 livres que Montmorency adjugea en faveur de» Religieux , furent les principaux moyens , à l'aide desquels on fit face aux premières dépenses.
Les Religieux prirent possession de leur couvent l'année 1613. Le premier gardien se nommait François Perrache , et était de Fréjus. 2 Il eut bientôt sous lui une douzaine de religieux , et ce nombre s'est conservé à peu près , jusqu'à l'extinction de la communauté.
\ Arch. des RécolU'ls. — l Idem.