‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 49 sur 58 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

looveaui trou bleui. — Héponse de l'envoyé do Comte de Clerniont au\ État». — Première peste.

Montmorency mourut, 1 année même de la fondation dont je viens de parler, dans son château de la Grange-des-prés ; son fils, Henri de Montmorency, qui lui succéda dans le gouvernement de la province, eut beaucoup à faire pour y maintenir la paix^ pendant la minorité de Louis XIII. Les calvinistes, en effet, appuyés par le prince de Condé, relevaient la tête ; ils constituaient la France en cercles et en colloques, et dictaient des ordres à chacune de ces juridictions, usurpant ainsi l'autorité souveraine. Le duc de Rohan gouvernait en maître le cercle du Languedoc, tandis que le Conseil de Nîmes décrétait les mesures dont il devait assurer l'exécution. Et celaient toujours des

mesures de violence. En 1 621 , un ordre du Conseil prescrivit la persécution des catholiques et la démolition des églises, ce qui ne fut que trop ponctuellement exécuté à Montpellier et à Gignac. Dans cette dernière ville, 400 familles furent obligées de s'expatrier. Germon t fut plus heureux, grâce à la présence du nouveau Montmorency, qui se hâta de réunir sous nos murs une armée pour marcher contre les hérétiques. 1

Le Seigneur de Clermont , Alexandre de Castelnau, se disposait à le suivre. Il était devenu majeur et avait pris le gouvernement de la Baronie , avec le titre de Comte , 2 qui depuis remplaça celui de Baron. Il dut se trouver au siège de Montpellier, qui eut lieu au mois d août 1622; cinq ans après, il assistait au combat de Souilles, près de Castelnaudary.

Cependant abandonnés de bonne heure par le prince de Condé, et battus à la Rochelle par le cardinal de Richelieu, les calvinistes s appaisèrent , et tout annonçait que les dissensions civiles allaient finir entièrement dans la province. Le despotisme de Richelieu ne le permit pas. Ayant voulu porter atteinte à l'indépendance des états, il sema dans le pays des troubles funestes, et provoqua des rési-

1 Hist. dit Lang.

2 VHirt. du Languedoc qui mentionne ce changement de titre n'en fait connaître ni la cause ni la date précise. Une pièce que j'ai sous les yeux la fait remonter au commencement du 1 4.' siècle.

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stances énergiques. La plus remarquable fut celle du Comte de Clermont, dont l'envoyé osa tenir à Montmorency, aux Etats de Pézénas, ce langage plein de courage et de dignité :

« Monsieur , si nous étions tous criminels de » lèze-majesté dans l'assemblée, le roi se conten- » terait de nous faire punir, sans exiger de nous » de signer l'arrêt de notre condamnation, et vous » voulez que nous laissions cette mauvaise opinion » de nous à nos successeurs, de n'avoir pas voulu » conserver ce que nos pères nous ont laissé de » plus cher, et d'avoir été nous-mêmes nos juges » et nos témoins pour nous détruire. 1 »

Les Etats partageant ces sentiments, protestèrent contre la tentative de Richelieu, et un cri général s'éleva contre le ministre, dans la province comme dans l'assemblée. Il quitta le Languedoc où sa présence avait été considérée comme un fléau, et peu après il y fut remplacé par un fléau plus réel, je veux parler de la peste.

Celle-ci faisait de fréquentes apparitions dans le pays , et elles étaient toujours très-meurtrières. En juillet 1629, elle éclata à Montpellier, où elle fit de grands ravages ; Clermont dut s'attendre à n'être pas épargné. En vain prit-on des mesures pour prévenir l'invasion du fléau ; le parti le plus sûr était

1 Hist. du Cang.

de se préparer un abri à la campagne, pour le cas inévitable où il éclaterait dans la Ville. Aussi de nombreuses habitations surgirent-elles tout-à-coup au milieu des champs et sur les coteaux voisins; on en trouve encore aujourd'hui des vestiges considérables, principalement du côté du couchant.

La peste se déclara dans les premiers jours du mois d août , 1 et aussitôt les émigrations commencèrent. Les familles entières quittaient à la hâte l'enceinte de la Ville, où était venu se loger le fléau destructeur; elles allaient chercher ailleurs un asyle qui put les mettre hors de ses atteintes mortelles. Les Bénédictines , qui occupaient le point le plus central de la Ville infectée, s'empressèrent de l'abandonner, et allèrent s'établir, pour le temps que durerait la contagion , dans un château des environs de Pézénas. Il ne demeura sur le théâtre fatal, que ceux à qui le défaut de fortune, le devoir ou la charité ne permettaient pas de s'expatrier. Les Récollets furent de ce nombre : ayant ofFert généreusement leur maison pour loger les pestiférés , ils se dévouèrent avec un zèle admirable au service de cet hôpital improvisé. On cite particulièrement le gardien Honoré Malespine et le frère Pierre Riveiron , comme ayant fait preuve , dans cette circonstance , de la plus cou-

\ Ardu des Rdc

rageuse et de la plus constante charité. Tantôt auprès des malades , et leur administrant des remèdes ou des consolations , tantôt dans les maisons visitées par la mort, pour en enlever les cadavres et les purger de toute odeur pestilentielle , ils se multipliaient, pour ainsi dire, sans aucun relâche, sans aucune crainte de contracter eux-mêmes la maladie qui les environnait. Us furent plus tard assistés de deux autres Récollets de Beziers , François Pallus et Jean Sigaudy , qui , après avoir exercé leur zèle auprès des pestiférés de cette ville, vinrent continuer à Clermont leur charitable dévouement.

Le fléau dura quatorze mois, avec quelques intervalles cependant de calme ou de bénignité. Ce fut dans un de ces intervalles , que la Ville se voua à St. -Barthélémy, dont elle fit relever 1 église champêtre , aux environs des Bories. Les premiers jours de janvier 1630 furent des jours de recrudescence : la population qui commençait à rentrer dans la Ville pour échapper aux rigueurs de la saison , fut tout-à-coup rejetée à la campagne par le caractère effrayant que déploya plus que jamais le fléau un instant assoupi. Le nombre des malades fut prodigieux , les hôpitaux s encombrèrent , et la mort multiplia chaque jour ses victimes.

Dans ses moments de désolation , il est difficile

que l'ordre puisse se conserver si une administration vigilante et ferme ne supplée au découragement qui fait abandonner aux citoyens le soin de leurs intérêts , et n'intimide ces êtres dégradés et méchants qui se font un barbare plaisir d'exploiter à leur profit les jours sinistres où la société chancelle par l'effet de quelque grande catastrophe. Il paraît qu'une telle administration manqua à notre Ville dans ces graves conjonctures ; car il se commit des actes révoltants de cruauté , de pillage et de meurtre , dont l'horreur vint ajouter un degré de plus à celle du fléau régnant , déjà assez épouvantable.

Enfin, la peste cessa , et chacun put rentrer dans ses foyers; mais le deuil et la misère se rencontrèrent dans la plupart des familles : on compta 450 personnes moissonnées parla mort. 1 Peu à peu les plaies se cicatrisèrent , le bonheur et l'abondance revinrent visiter la Ville désolée, et quelques années après , on ne se souvint plus des malheurs de 1 630.

1 Arch, des Réc.

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