‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 50 sur 58 · CHAPITRE XLI1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI1I

Guerre civile dan* la province. --- Guerre du Rousalllon. — La blenlieureu»e Germaine — Confréries*

Les mécontentements qu'avait semés dans la - province la dernière visite de Richelieu et la rupture qui éclata entre le duc d'Orléans et le ministre, occasionnèrent, en 1631 , une levée de boucliers dans le pays et une guerre civile. Lodève donna le signal tta se livrant au duc d'Orléans, qui y -entra et en prit possession l'an 1632. 1 Montmorency attendit le duc à Gignac, et tous deux allèrent tenter, mais inutilement, le siège de Beaucaire. Revenus dans nos contrées , ils levèrent des troupes à Aniane, à Gignac, à Clermont et à Pézénas : Clermont fit ainsi partie de la ligue contre Richelieu. 1 Hist, du Lang.

Les troupes royales arrivèrent bientôt commandées par le maréchal de Schomberg, mais heureusement le théâtre de la lutte fut loin de chez nous. L affaire décisive eut lieu à Castelnaudary ; le duc d'Orléans y fut complètement battu, Montmorency fut pris, et plus tard décapité.

Clermont ne se réjouit point de l'issue de cette bataille; il devait craindre qu'ayant pris parti contre le vainqueur, il n'eut à en supporter le courroux. Néanmoins, le roi étant venu à Montpellier amnistia les seigneurs et les villes qui avaient suivi le duc d'Orléans, et se contenta de faire abattre les principales fortifications.

Trois ou quatre ans après, une autre guerre éclata; mais celle-ci, plus éloignée de notre Ville, ne lui inspira aucune crainte, et devint au contraire une occasion à notre Comte, Alphonse de Castelnau> qui venait de succéder à son père Alexandre , de signaler son courage. Les Espagnols firent irruption dans le Roussillon ; le Comte y marcha avec les troupes du roi, et prit part à une action qui eut lieu contr eux à Leucate. Il fut chargé, lors de l'attaque, d'appuyer, avec soixante gentilshommes qu'il commandait, le régiment de St.-André , tandis que la milice de Lodève demeurait à la garde du camp. UHistoire du Languedoc atteste qu'il s'acquitta honorablement de sa mission, et qu'ayant forcé tout

ce qui s opposait à lui , il pénétra dans le camp des ennemis. Ce ne fut pas sans danger , car lafîaire fut très-chaude; plusieurs seigneurs de marque y perdirent la vie, et le Comte lui-même y fut blesse.

Le pays fut tranquille après cela jusqu'au commencement du règne de Louis XIV; mais la nomination du duc d'Orléans, en 1644 , au gouvernement de la province , et la minorité du grand roi occasionnèrent de nouveaux troubles, dont Clermont ne fut pas exempt. Le duc d'Orléans ne respectait pas assez les droits acquis; il s'immisçait dans les nominations des consuls, prétendait quelquefois les régler, et allait même jusqu'à priver les villes de toute autorité municipale. Peut-être faut-il attribuer à quelque chose de ce genre les troubles qui eurent lieu dans notre Ville, cette année même 2 ; troubles, au reste, dont nous ne connaissons pas les détails.

A la suite de tant d'agitations, on aime à rencontrer la vie édifiante d'une femme vertueuse, qui mourut vers cette époque , et dont le nom s'est conservé dans le souvenir des Cler mon tais: je veux parler de Marie Mouine .autrement appelée sœurGermaine. Elle faisait l'admiration de tous ceux qui étaient à portée de la connaître , et il était

1 Hist. du Long. — 2 Hist. des Seig.

difficile qu'on ne la connût pas à leclat de ses vertus, et aux œuvres de sa charité. Ange de ferveur dans le temple, modèle de pénitence dans l'intérieur de sa famille, providence de charité envers les pauvres, apôtre de zèle à l'égard des pécheurs égarés et des justes chancelants ; Clermont possédait en elle un véritable Jtrésor. On s'adressait à elle de bien loin pour réclamer le secours de ses prières ; la reine Anne d'Autriche voulut y avoir part , et avant de devenir mère de Louis XIV, elle demanda que Germaine fît à Notre- Dame de Gignac une neuvaine de prières pour obtenir la naissance du Dauphin , héritier de la couronne. Clermont ne fut pas assez heureux pour avoir les restes mortels de cet ange de sainteté: Germaine mourut àBeziers, où la maréchale de Schomberg l'avait attirée. Sa mort, qui fut celle des saints, eut lieu le 2 octobre 1 638. 1 Cette vertueuse femme appartenait aune confrérie établie à Clermont par les Récollets : la confrérie du tiers-ordre de St.-Francois. Les Dominicains en avaient établi une autre de ce genre : le tiersordre de St.-Dominique. L'une et l'autre produisaient un grand bien : elles entretenaient la piété dans le sexe , y faisaient pratiquer les vertus chrétiennes > et Clermont rencontrait souvent dans les membres

1 Arch. des Rèc.

de ces confréries, de magnifiques exemples de charité et de ferveur. Les hommes , de leur côté , trouvaient les mêmes secours dans des confréries également pieuses, entre lesquelles se distinguait celle des Pénitents blancs , établie déjà depuis près d'un demi-siècle. 1

Les prêtres de l'église paroissiale formaient euxmêmes une communauté, à laquelle l'évêque de Lodève, Plantavit de la Pauze, essaya, vers ce temps, de donner un caractère régulier, par la nomination au prieuré de S t. -Paul, de M. Couderc de Toulouse , membre de la compagnie des Sulpiciens. Ce digne ecclésiastique, élevé par le vénérable Olier, fondateur de la compagnie, vint à Clermont en 1647, avec quelques-uns de ses confrères , pour poser les bases d'un établissement qui aurait pu rendre de grands services à la Ville et au diocèse , s'il eût été mieux secondé par le successeur de M. de la Pauze, François de Bousquet. Celui-ci ne se montra pas assez bienveillant envers M. Couderc pour lui permettre de consolider son œuvre. II le tracassa , l'accusa même d'avoir été Fauteur d'une sédition qui eut lieu contre lui > en 1650, dans notre Ville, et réussit à le faire partir. L'établissement fut rompu, vers 1652 , ainsi qu'on le voit par une lettre de M. Olicr à l'évêque de Lodève. 2 1 A r ch. part. — 2 Idem.

Ce qui dura plus long-temps, ce fut et la communauté primitive qui faisait des prêtres de l'église de St.-Paul comme un corps de chanoines à l'instar des collégiales, et une confraternité ecclésiastique, diocésaine, en l'honneur du St. Esprit, de laquelle ces prêtres étaient membres ^ et dont . leur église fut long-temps le siège. Cette confraternité avait été érigée en 1517, sous l'évêque Guillaume de Brissonnet , pour resserrer entre le* prêtres du diocèse, les liens de la charité et procurer 1 le maintien de l'esprit sacerdotal. 1

1 Archives particulières.

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