CHAPITRE XLIV
Seconde peste de Clermont. — Trouilles. — Élections municipales.
La peste de 1 629 n'est pas la plus meurtrière de celles que notre Ville a éprouvées ; celle qui l'affligea en 1652/quoique de moindre durée , fit de bien plus grands ravages. 1
Elle commença le 25 juillet , ne dura que quatre mois, et emporta, dans ce peu de temps, jusqu'à seize cents personnes. Et cependant , comme dans la première peste , beaucoup d'émigrations eurent lieu , et les secours ne manquèrent pas aux malades.
L'évêque de Lodève, François de Bousquet, donna à notre Ville, dans cette circonstance, d'éclatantes preuves de sa charité vraiment pasto-
1 Arch. des Récollets.
raie. Les Récollets , dont le couvent servit encore cette fois d'hôpital , se dévouèrent généreusement au service des pestiférés. On cite , entr'autres, un Religieux, natif de notre Ville, appelé Simon Benoît, qui s'était déjà signalé dans les pays infidèles par la prédication de la foi. Il arrivait d'Afrique, où il avait évangélisé les barbares de Tunis et d'Alger , quand la peste de Clermont vint offrir à sa charité la gloire du dévouement et la palme du martyre. Il obtint l'une et l'autre ; car après avoir servi les pestiférés pendant vingt-trois jours , il fut pris lui-même de la maladie, et en mourut dans quarante-huit heures, le 18 août. Clermont eut aussi à se louer beaucoup d'un autre Religieux Récollet , natif de Marseillan : celui-ci joignait à son dévouement quelque connaissance dans Fart de guérir; c'était un homme précieux dans ces temps où les médecins étaient peu nombreux. Il faillit être victime de son zèle : atteint de la peste , et jeté par la violence du mal dans une frénésie terrible , il n'échappa à la mort que par une espèce de miracle. Enregistrons ici le nom de ce héros de charité : il se nommait Gervais Tieire. 1
Nous avons un monument encore subsistant de cette peste dans le tableau-maître de l'église paroissiale, qui fut offert en ex-voto d'actions de grâces, après la cessation du fléau. On lit au bas de ce tableau l'inscription suivante :
1 Arc. des Bée.
VOEV-FAICT-PAR-LA-COMMVNAVTE-DE CLAIRMONT-EN-ACTION-DE-GRACES-DV RECOV VREMENT- DE- LA - SANTE- APRES VNE-GRANDE - PESTE - ESTANS - CONSVLS Mrs. REY. CAL. P. BOVISSIN. ET-Rmond. -St- PAVL.EN-L'AN-1653.
Le calme arriva après cette grande tempête. Il aurait duré long- temps si le Seigneur, Gabriel Aldouce,qui avait succédé, depuis 1644, à son père Alphonse, n avait mis le trouble au milieu de ses vassaux par d'injustes vexations. Il parait que ces vexations furent d'une nature grave. Elles portèrent non-seulement sur les droits politiques de la commune , mais encore sur les personnes. Plusieurs Clermontais furent arbitrairement arrêtés , et jetés dans les prisons et les basses-fosses du château , où on les maltraita. Deux consuls même furent enlevés sur le chemin de Lodève par des gens du Comte., et détenus prisonniers pendant huit mois dans divers châteaux de la contrée. Aussi une émeute furieuse éclata-t-elleen 1 657 ; le Seigneur, poursuivi et menacé , fut obligé de se réfugier dans le couvent des Récollets , où le Père gardien lui sauva la vie. Les troubles se prolongèrent jusqu'à l'année suivante, malgré les soins que se donna pour la réconciliation des parties, le Récollet , protecteur du Comte. 1
! Livre archivial des Rccollets.
Cependant les Consuls continuaient à se succéder selon le mode prescrit par la Transaction de 1347; mais depuis long-temps les abus qui résultaient des élections, faisaient sentir la nécessité de reviser cet article de la charte communale. On voit , par un arrêt du Conseil-d'Etat daté du 25 octobre 1 666 , que « les habitants de la Ville de Clermont ayant été, » pendant dix ou douze années , dans de continuels » différends par des partis qui s'étaient formés en » icelle au sujet du consulat , et qui auraient causé » plusieurs querelles et voies de fait , et enfin la » ruine de la plupart des familles de ladite Ville — » un nouveau règlement aurait été dressé , en 1 664, » pour la nomination et élection des consuls , » électeurs et conseillers politiques , lequel régle- » ment, au lieu d'assoupir lesdi tes divisions, aurait » causé de plus grands désordres; qu'ensuite un » compromis aurait été passé entre les principaux » habitants pour la reddition des comptes et autres )) affaires civiles , et qu'il ne restait plus à ladite » Ville, pour lui faire oublier les désordres passés, » qu'un rétablissement de l'ancien règlement , sauf » 1.° que les consuls nommeraient conjointement » à la pluralité des voix les douze électeurs, ensorte w qu'aucun consul ne pût faire seul une élection » valable; 2.° que les électeurs auraient au moins » cinq livres de compois chacun, depuis cinq
» années avant; 3.° que nul ne pourrait être » nommé consul qu'il ne fût majeur de 25 ans , » et qu'il n'eût au moins six livres de compois ; » 4.° que ceux qui auraient été dans le consulat » ne pourraient y rester après cinq années ; 5.° » qu enfin les anciens consuls , ni les douze élec » teurs , ni les consuls nouvellement élus , ne » pourraient être parents entr'eux qu'au troisième » degré. 1 »
Cette modification fut sanctionnée, et empêcha que les scandales du monopole et de l'abus des charges communales ne se renouvelassent de long-temps.
1 Arch.part.