‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 52 sur 58 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Fondation de Vlllcneuvette.

Louis XIV avait pris, depuis peu d'années , les rênes de l'état, et l'illustre Colbert avait été appelé à travailler avec le grand roi à la gloire de la France. Déjà sous l'influence de ce gouvernement , le plus éclairé qui fut jamais , tout prenait un accroissement inouï de prospérité: religion, lettres, beaux-arts, commerce, industrie. Nos compatriotes allaient, avec le reste du royaume, ressentir les heureux effets de cette salutaire impulsion.

L'un des plus remarquables fut la création d'une manufacture de draps, aux environs de notre Ville , laquelle existe , très-brillante encore , sous le nom de Villeneuvette. Inspirée par le génie de Colbert, elle fut l'œuvre d'une compagnie de

riches capitalistes , parmi lesquels figurait , en première ligne , André Pouget, conseiller et secrétaire en chef de la cour des aides de Montpellier. Le choix du site fut fait avec le plus lueureux discernement, à quelque distance d'un petit établissement du même genre qu'on appelle encore la vieille mamifacture ; et les travaux furent dirigés avec une intelligence et une activité des plus rares. C'était peu de creuser dans le roc des canaux et des réservoirs, de suspendre des aqueducs sur des ravins profonds , pour faire arriver les eaux sur les points favorables; il fallait encore, dans une enceinte donnée, établir tous les ateliers nécessaires pour une vaste manufacture , employer les ouvriers, en grand nombre, qui seraient appelés à y travailler; tout cela fut conduit avec tant d'habileté et de goût, que Villeneuvetle a été considérée depuis comme l'un des plus beaux établissements industriels du royaume.

Des lettres patentes, du 20 juillet 1677, consacrent que'la manufacture de Villeneuvette fut établie par autorisation royale , et qu'elle reçut le privilège de former une communauté séparée , exempte des charges ord i nai res, pouva n t s'approprier et les eaux de la rivière de la Dourbie , et les terres environnantes nécessaires à l'établissement. Les réclamations qui s'élevèrent contre ce démem-

brement de territoire , de la part des consuls de Clermont et de Nébian , n'eurent aucun effet , un commissaire délégué par la cour de Montpellier ayant, en 1680, prononcé en faveur de Villeneuvette et de son indépendance. 1

Le ministère et la province donnèrent plusieurs fois à l'établissement des preuves de leur intérêt et de leur protection; malgré cela , les fondateurs ne purent parvenir à couvrir leurs premiers frais, qui s élevèrent à la somme énorme de 1,800,000 livres. La compagnie fut dissoute en 1 703. M. Pouget s étant chargé de la propriété , la transmit , quelques années après , à M. Castanié d'Auriac , acquéreur du château de Clermont, lequel , avec les débris de cet antique manoir, agrandit et embellit considérablement Villeneuvette. L église et la porte monumentale des avenues de Clermont datent de cette époque.

Depuis, la manufacture est passée entre les mains de plusieurs propriétaires. Madame de Poulpry, héritière de M. Castanié, en fit vente, le 17 avril 1 768, à M. Raymond Ronzier; l'héritier de celuici la transmit, en 1788, à noble André de Chambert de St.-Martin, qui lui-même en fit cession à M. Denis Gayraud en 1793. Le domaine

I Villeneuvette forme encore aujounVhui une commune s'adininistrant elle-même.

de M. Gayraud, considérablement agrandi par lui, passa enfin en 1803, à la famille Maistre, qui, depuis quelques années, la relevé d'une manière brillante. Enrichi de toute espèce de machines pour l'accélération etle perfectionnement du travail , peuplé de plus de 500 ouvriers , et dirigé par l'intelligente activité de M.M. Hercule et Casimir frères , l'établissement fournit chaque année une quantité immense de draps pour l'habillement des troupes et pour les Échelles du Levant. Le territoire qui en dépend, d'une étendue très-considérable , est exploité selon l'état actuel de l'industrie agricole, et fournit un excellent revenu , en même temps qu'il offre à l'œil une oasis délicieuse, formant avec les gangues voisines le contraste le plus enchanteur. C'est le rendez-vous des promeneurs de toute la contrée , lors de la fête annuelle de Notre-Dame du Peyrou, qui se célèbre le lundi de Pâques. En 1777, le comte de Provence , qui fut plus tard Louis XVIII, visita la manufacture de Villeneuvette^ et se montra très-satisfait de l'établissement. 1

1 Arch. part.

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