‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 53 sur 58 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Différends entre la ville et le Selgnenr — Modifications dan» les «barges municipales.

La tranquillité régnait dans la province. Clermont en aurait profité , sans les injustes et violentes tracasseries du Comte Gabriel Aldouce, qui se montra le plus intraitable des Guilbems. Jaloux des droits que les Clermontais tenaient de leur charte communale, et de ceux qu'ils acquéraient tous les jours par les règlements de la province ou les lois du royaume, le Seigneur chercha toutes les occasions d'en troubler l'exercice ; il eût voulu ramener son autorité à un absolutisme qui n'était plus possible , la sauver du moins de la décadence à laquelle elle était condamnée sans retour.

Aussi la lutte était-elle ouverte entre la Ville et

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le Comte , et cette lutte allait , chaque jour, s'aigrissant davantage par les entreprises du Seigneur et .par l'inflexible résistance des vassaux. On ne sait si Gabriel Aldouce fut aussi loin que ceux-ci l'en -accusèrent , et si la mort d'un Clermontais détenu dans ses prisons doit lui être imputée comme un acte réel de vengeance. Ce détenu se nommait Simon Arnaud : ayant été arrêté et emprisonné sous la prévention d'un crime d'assassinat, il n'eut pas le temps de voir son affaire jugée ; car, avant la fin de la procédure , il fut trouvé sans vie dans le réduit obscur d'un cachot du Seigneur. 1 Il fallut que Louis XIV interposât sa haute médiation, pour calmer la mésintelligence toujours croissante des parties; voici la lettre qu'il écrivit aux consuls, dans cette circonstance :

« Chers et bien aymés , » Nous avons esté informés qu'il y a quelques » années que les démêlés quy estoient entre vous » et le S. r Comte de Clermont avoient esté termi- » nés, mais que despuis vous estes rentrés les uns » contre les autres dans de plus grands différends » qu'auparavant , pour raison de quoy procès auroit j> esté intenté en notre cour de Parlement de » Toulouse; et comme il est important de vous » mettre d'accord , et que c'est choze que nous

1 Arch. de la Fille.

■» désirons, nous vovs faisons cette lettre, que nous » escrivons semblable aud. S. r Comte de Clermont , » pour vous dire de donner incessament une bonne » connoissance de vos différends au S. r Daguesseau , » intendant de justice en notre province de » Languedoc, pour, suivant Tordre que nous luy » en donnons , prendre soing de les accorder et » vous sortir d'affaires a l'amiable, selon qu'il aura » esté à propos , vous exortant de vous en tenir à ce » qu'il sera par luy réglé et ordonné; sy ny faites » faute , car tel est notre plaizir. Donné à Versailles , » le i • er jour de septembre 1674. Louis. 1 »

Les efforts du grand roi pour la pacification de notre Ville ne purent qu'assoupir la querelle, sans la terminer. Les parties soutinrent un procès devant le parlement de Toulouse, qui jugea enfin l'affaire vers l'année 1680. Le Comte fut condamné et débouté de toutes ses prétentions. Au nombre de ces prétentions , il en était une qui, bien qu'indifférente au premier coup-d'œil , ouvrait cependant la porte aux manœuvres du Seigneur pour s'emparer des élections consulaires : c'était le serment demandé aux électeurs devant lui ou devant ses officiers , contrairement à la charte, qui le faisait prêter devant les consuls sortants. Gabriel Aldouce aspirait à se rendre maître par-là des charges municipales ; le

I ArcK de la ViUe.

^parlement lui en ôta les moyens. 1 Et toutefois , malgré -sa condamnation , le Comte incorrigible ne put se défendre d'intriguer, d'intervenir dans les élections de 1682 et de 1683 ; ce qui lui attira une nouvelle ^condamnation du parlement, avec une amende de 3000 livres. Ce fut la fin des hostilités entre le Seigneur et la Ville : Gabriel se retira dans un de ses châteaux, au diocèse de Castres , où il vécut tranquille jusqu'en 1692, année de sa mort* Son successeur, Louis Guilhem de Castelnau, ne parut point à Clermont ; il laissa ses vassaux dans le paisible exercice de leurs droits, et ne se mit ea peine que de recueillir les revenus de son domaine.

Si la puissance seigneuriale déclinait d'une manière si sensible dans notre Ville , le temps de la -décadence était près d'arriver aussi pour le pouvoir municipal. A partir de l'année 1693, on voit la •charge de premier consul remplacée par celle d'un Maire , à la nomination du roi. Ce maire présidait l'administration communale, recevait le serment -des deux consuls qui kii demeuraient adjoints, nommait quelquefois son conseil et même ses collègues. Plus tard , les charges de second et troisième tXHtsul cessèrent d'être électives. On vit bien encore, de temps à autre , quelque simulacre d'élection pour une de ces deux charges. ; mais tout se

i jirch.parl.~~2 Ardu de la Fille.

réduisait à une affaire de forme : lè vœu des Clermontais n' était plus la loi qui désignait les magistrats • pour l'administration communale. 1

Peut-être ne faut-il pas considérer comme un malheur pour Clermont cette suppression de charges électives , puisque nos ancêtres y gagnèrent le repos, toujours si compromis par les mouvements^ les cabales et les intrigues des élections consulaires. L'histoire, à dater de cette époque, n'a plus à enregistrer de ces troubles que nous avons vus si fréquents et si déplorables ; elle nous ouvre , pour la Ville, une ère de paix qui laisse à peine apercevoir quelques exceptions légères dans l'espace de plusd'un siècle.

1 Arch.de la Ville.

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