CHAPITRE XLVIL
État de la Ville et des environ» an comme ment du dlx-naltlême siècle»
L'histoire d'une ville est plus complète , quand au récit des événements qui ont marqué le cours de son existence, on peut joindre le tableau et comme la physionomie de quelques-unes de ses phases pendant cette période. Cest ce qui fait que je me permets de suspendre de temps en temps ma narration, pour présenter au lecteur l'état des choses et des lieux , quand je puis trouver dans mes sources assez de renseignements statistiques. Or, pour donner un état de Clermont à ce commencement du 17. e siècle, les renseignements abondent : je les prends , la plupart , dans X Histoire des Seigneurs imprimée vers cette époque.
Enclavé dans ses murailles , Clermont n'avait
pu s'agrandir que par ses faubourgs ; ceux-ci étaient fort considérables, et donnaient à la Ville la forme d'une croix. L'entrée de chaque faubourg était fortifiée par une porte pareille à celles des remparts delà Ville, et, comme aujourd'hui, deux de ces faubourgs avaient une fontaine. La fontaine de la Ville était la plus belle et la mieux entretenue ; elle jetait ses eaux par quatre lions de de bronze. Les fossés qui environnaient les remparts étaient alors devenus, en partie, des jardins, où croissait un nombre considérable de citronniers et d'orangers. 1
L'église paroissiale était liée à la Ville par deux murailles , au dessus desquelles on dit que le Seigneur avait un chemin couvert, de telle sorte qu'il pouvait descendre du château à l'église en suivant le dessus de& remparts. Du côté opposé, deux églises formaient comme le prolongement de ces deux murailles : c'étaient l'église des Pénitents blancs et l'église des Pénitents gris qui venaient de s'établir à Clermont, où ils ont subsisté jusqu'à la révolution du dernier siècle.
Le marché du mercredi était très-florissant.
Citons l'histoire : « ce qui rehausse l'éclat de la
» Ville, est le marché qui s'y tient toutes les
» semaines , le jour du mercredy ; car c'est l'abord 1 Hist. des Seig.
» d'un grand nombre de bons lieux et petite* » villes qui sont aux environs; la descente de » tout le Rouergue, de l'Auvergne, qui y conduisent » une si grande quantité de bétail gros et menu, » que les villes de Nîmes, Montpellier, Pézénas, » Agde. Beziers , Narbonne, y accourent comme » au magasin et à la nourrice de tout le pays. » On peut dire sans hyperbole que le marché » de Clermont est parmi les marchés, ce que » la foire de Lodève est parmi les foires du » Languedoc. » j
La préparation des cuirs et la fabrication des draps étaient, alors comme aujourd'hui , les deux principales branches de l'industrie clermon taise. On fabriquait aussi des chapeaux ^ qui étaient renommés. Ecoutons encore l'histoire : « la » quantité de toute sorte de fabriques de draps » que l'artisation y met au jour, oblige les Lyonnais, » les Génois, les Nissards et autres nations » étrangères d'y tenir, durant tout le cours de » l'année, des commissionnaires, pour préoccuper » la ventequeles marchands deClermont pourraient » faire de leur draperie , laquelle ils font monter » jusques à la somme de seize livres la canne des » médiocres; jusques à vingt-cinq ou trente livres » la canne des plus qualifiés , et j'en ai vu monter
1 Hist. des Seig.
» jusqu'à cinq livres le pan Les teinturiers
a des cuirs et corroyeurs fournissent aux nations » étrangères abondance de parchemins, maroquins » et autres telles marchandises. Et la grande » quantité de chapeaux qui s'y fabriquent se » font reconnaître des meilleurs de la province. »
On comptait à la campagne jusqu'à douze chapelles , dont quelques-unes cependant, à demi ruinées lors des dernières guerres de religion , n'avaient pas été rétablies. Ces chapelles étaient : Notre-Dame du Peyrou , St-Sixt . St.-Barthélemi , Sl«- Madeleine, St-Martin, St.-Etienne-de Rougas , St-Peyre , St/-Ànne ; j'ignore le nom des quatre autres.
Plusieurs jjes villages que nous avons vus primitivement' sous la juridiction du Seigneur, étaient passés à d'autres maîtres : il n en restait plus que cinq dans le domaine du Comte, savoir : Canet, Nébian, Brignac, Mouréze et Salasc ; 1 encore même ceux-ci renfermaient-ils des fiefs particuliers dépendant d'un autre seigneur. 2 Nébian, par exemple, dépendait, en* grande partie, du commandeur de Tordre de Malte, et Salasc, de Févêque et du chapitre de Lodève. Les autres villages sortis du Comté, savoir : Liausson, Celles „
1 Arch.part.
2 On en comptait plus de 50.
Fontes, Nizas, Caux 1 , Paulhan, Belarga, Puy lâcher, Tressan, Ceyras , St.-Félix, Jonquières et Lacoste, ou avaient été divisés entre plusieurs familles nobles, ou étaient sous la juridiction d'un seigneur particulier. Ceyras dépendait du seigneur de Lozières, depuis plus d'un siècle.
Parmi les lieux de piété célèbres dans la contrée, on citait alors, outre Notre-Dame du Peyrou, une chapelle érigée dans l'église des Récollets, sous le nom de Notre-Dame de Montaigu.
M. Planta vit de la Pauze , dans sa Chronologie des e'véques de Lodève, la met, pour la réputation dont elle jouissait de son temps, sur la même ligne que St.-Fulcran de Lodève et Notre-Dame de Parlatges.
I Le Seigneur de Clermontsc titrait encore en 1320: Conseigneur de Caux ; on ne voit pas que ce titre ait été porté par le successeur de Bérenger VI , mort en 1 324.