CHAPITRE XL1X
Menace* de pe»te. -- Malheur*. -- Réparation* a
l'église parolMlale.
La France voyait avec bonheur la fin de la régence du duc d'Orléans, et saluait avec transport la majorité prochaine de Louis XV. Notre province partageait ces douces illusions, au milieu ducalme que venait de lui apporter la cessation complète de» troubles religieux qui lavaient agitée pendant près de deux siècles. Mais le voisinage de la peste , qui éclata si furieuse à Marseille en 1722, devait contrarier ces belles espérances , en jetant dans le pays de graves inquiétudes. Clermont ne demeura pas étranger aux alarmes de la province : une délibération du conseil de cette époque alloue une somme de 700 livres, pour la réparation des brèches des remparts et l'établissement de barrières aux
portes de la Ville , afiu que rien <le tout ce qui pouvait être suspect de contagion ne s'introduisit dans ses murs, et n'y importât la peste. 1 Mentionnons ici avec orgueil le dévouement héroïque d'un de nos compatriotes , médecin distingué , qui ne craignit pas d aller affronter le fléau à Marseille , pour mieux étudier la maladie, et pour porter les secours de son art aux malheureux pestiférés. Il se nommait Verny : le roi le fit , en récompense de son dévouement , conseiller à la cour des aides de Montpellier, et le décora du cordon de St.-Michel. 2
Les craintes desClermontais relativement à la peste ne furent point réalisées ; mais si le fléau de 1722 ne les atteignit pas , ils eurent bien à gémir plus tard sur d'autres malheurs. L'année 1745 fut une année de calamité , à cause d'une inondation qui fit des ravages considérables dans la Ville et dans la campagne, et d'une grêle meurtrière qui tomba en septembre , et détruisit une grande partie de la récolte pendante. 3 Deux ans après, une bande organisée de voleurs vint épouvanter la Ville et la contrée par ses pillages et ses crimes. Quatre frères, entr'autres, y figuraient, également audacieux et scélérats. Us commencèrent leurs exploits à la campagne, où on les vit enlever" les récoltes avec une effronterie sans exemple. Qui aurait osé leur
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résister ? Ils étaient armés jusqu'aux dents , et bien décidés à répondre par un coup de fusil au premier qui leur demanderait raison de leur brigandage. Un nommé Chambert paya de cette manière les observations qu'il voulut hasarder contre ces scélérats : l'un des quatre frères , chefs de la bande , letendit mort d'un coup de feu dans sa boutique. Un autre jour , c'était le 24 juin , des garçons chapeliers ayant eu le malheur de prendre querelle avec eux devant la maison qui leur servait de repaire, un des brigands rentre , monte au premier étage , et, par la fenêtre, fait feu sur les chapeliers. Le coup mal ajusté atteignit un ouvrier nommé Vitalis , qui mourut sur la place , et une femme qui fut blessée grièvement. Prenant un second fusil , il descend à la rue, couche en joue celui qu'il a manqué , et l'aurait tué infailliblement , si Ton ne s'était à temps jeté sur lui pour le désarmer. On parvint à se rendre maître de ce forcené et à l'entraîner en prison. Les trois autres frères se sauvèrent à la campagne , où ils continuèrent le cours de leurs rapines. La terreur était dans le pays : il fallut se hâter de demander protection à l'Intendant , qui envoya aussi tôt un détachement de grenadiers. Leur présence intimida les malfaiteurs, et ramena la sécurité dans la Ville et dans les environs. Une paix
profonde s établit dans la contrée, et aucun accident grave ne la troubla de long-temps. 1
Clermont gagna beaucoup à cette paix; ses finances prospérèrent, et des embellissements considérables purent être effectués à l'intérieur et à l'extérieur de l'église paroissiale , monument qui fut toujours l'objet le plus cher à la sollicitude de la Ville. Les travaux commencèrent en 1 765 , et durèrent près de dix ans. On ouvrit la belle place du Planol, 2 en abattant les deux murs qui joignaient l'église aux remparts, et en transférant ailleurs le cimetière, qui se trouvait alors au pied de l'horloge. Puis on reconstruisit les deux portes d'entrée de l'église et le dôme du clocher. La porte du couchant était très-petite , et ne donnait passage qu'aux convois funèbres; celle du nord, ouverte sous le clocher, était plus grande , mais elle avait le défaut de n'être point au niveau du sol de l'église, ce qui nécessitait un escalier dans la nef latérale , d'un effet désagréable pour l'intérieur de l'édifice.
Une somme de plus de 1 5,000 livres fut employée aux réparations du sanctuaire. Le maître-autel, qui était d'abord adossé au mur , fut avancé au centre du chœur, et construit en beau marbre
1 Arch. de la Ville.
2 Cette place existait déjà depuis avant le 1 4. e siècle , sous le m de Plan-noou, plan-neuf.
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d'Italie, sur un dessin des plus élégants. Tout l'intérieur du chœur fut lambrissé, orné de grands tableaux, et garni de stalles; le sanctuaire fut fermé par un appui de communion en fer , d'un agréable dessin. 1 Ces embellissements traversèrent , sans éprouver de notables dégradations , les temps orageux du vandalisme révolutionnaire, et nous en jouissons encore.
1 Arch. de la Fille.
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