CHAPITRE IV
Clermont «011* le» Goth».
De Van 41 8 à l'an 507.
Les Goths s'établirent dans nos contrées vers le commencement du cinquième siècle. On assure . que Clermont existait alors avec son château désigné sous le nom de caput cas tri > et que les Goths , après s'en être emparés , le fortifièrent et l'entourèrent de remparts flanqués de tours carrées, pour le mettre à l'abri d'un coup de main de la part des Aquitains et des Auvergnats. 1
Quatre de ces tours se distinguaient encore à l'époque où fut écrite Y Histoire des Seigneurs : deux converties en maisons, une troisième enclavée dans le monastère des Bénédictines, et une quatrième servant aux officiers du Seigneur pour tenir leurs audiences.
1 Histoire des Seigneurs de Clermont- Lodève.
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Ainsi occupé et fortifié par les Goths, Clertnont demeura près d'un siècle sous leur empire. Je vais essayer de jeter quelque lumière sur l'histoire de cette période.
Pour se faire une idée de 1 état de notre Ville a cette époque , il faut se la représenter raccourcie des trois quarts , assise au sommet de la colline quelle occupe maintenant jusqu'au-delà de sa base , habitée par un mélange de Gaulois , de Romains et de Goths, tous peu civilisés, habiles seulement à remuer la terre et plus encore à combattre ; autour de cette bicoque , quelques arpents de terrain défrichés , le reste du territoire couvert de bois ou de broussailles , entrecoupés de quelques ruisseaux et de la rivière de la Lergue; point d'autres lieux habités, dans le voisinage , qu'Aspiran au midi , Cabrières au couchant , Lodève au nord , et tout au plus Gignac au levant : tel est à peu près le tableau de Clermont , ville gothique. Ce n'était point alors notre ville moderne , avec ses rues nombreuses , ses maisons commodes et quelquefois élégantes , ses édifices publics, ses milliers d'habitants, son activité, son industrie, son commerce. La campagne n'offrait pas cet aspect enchanteur que lui a donné la main de l'homme; ces maisons champêtres, ces bourgs, ces villages disséminai
dans les environs, qui semblent donner la vie à toute cette contrée autrefois inanimée et silencieuse ; ces champs cultivés, ces vignobles fertiles, ces plantations symétriques d'amandiers, d'oliviers, de mûriers , qui remplacent agréablement les anciennes toufïes d'yeuses, de buis ou de genêts ; ces sentiers , enfin , et ces routes qui sillonnent le territoire et le coupent en mille sens , pour la facilité des communications. Il ne fallait rien moins que le travail de quatorze siècles et l'influence de la civilisation chrétienne pour régénérer ainsi notre patrie, et l'amener à cet état de prospérité et de perfectionnement.
Le Christianisme, cette institution divine à laquelle nous devons , entre tant de bienfaits , celui d'avoir transformé le monde barbare et de l'avoir mis sur la route de la civilisation , apparaissait déjà dans nos contrées comme un astre bienfaisant , et Clermont allait recevoir sa lumière. Peut-être même lavait-il déjà reçue ; car la prédication de la foi chrétienne à Lodève par l'évêque Saint Flour est placée au troisième siècle. Il est bien à croire que les successeurs de cet évêque , tels que Saint Amans , Gellade , Ranulphe , ne négligèrent point de faire arriver la foi dans une ville aussi voisine de leur siège , et que les Clermontais eurent le bonheur d'échanger leurs su-
perstitions druidiques et payennes pour le culte du vrai Dieu, avant l'arrivée des Goths et leur établissement dans le pays. Ainsi donc, nos ancêtres devaient commencer alors à recueillir les fruits du Christianisme, et leurs mœurs sauvages et barbares devaient s'adoucir et dépouiller leur rudesse sous l'influence des saintes leçons de l'évangile.
Pourquoi faut-il que les Goths soient venus , avec leurs erreurs- et leurs persécutions , interrompre ce travail précieux de la réformation des mœurs par la vérité chrétienne? Hérétiques de la secte impie d'Arius, ils apportèrent à Clermont le poison de leur fausse doctrine , brouillèrent et confondirent les saines croyances , et n'eurent pas de peine à engager dans l'arianisme plusieurs de nos ancêtres , novices encore et peu fermes dans leur foi ; ils allèrent même jusqu'à allumer contre les fidèles le feu de la persécution. L'histoire du temps parle d'un prince goth nommé Evaric , qui renouvela une partie des impiétés et de la cruauté des Néron et des Dioclétien : il exilait les évêques , dit Sidoine d'Auvergne , ou les faisait mourir ; il ruinait les ises , et telle était la désolation des lieux saints , que les bestiaux couchaient dans les vestibules
sacrés , et allaient quelquefois brouter l'herbe qui croissait autour des autels abandonnés.
C'étaient des temps d'épreuve pour la foi de nos ancêtres, et il faut bénir Dieu quelle en ait triomphé. Le successeur d'Evaric les laissa respirer : Alaric II , quoique arien , eut un règne plus tolérant et plus pacifique. On voit , sous ce règne , un concile s'assembler librement à Agde ; l'évêque de Lodève , Materne , s'y rendre sans obstacle , et y statuer, avec plusieurs autres évêques, sur certains points de la discipline ecclésiastique. 1 Nous verrons , plus tard , les princes goths passer de la tolérance à la protection du catholicisme , et ce sera une heureuse époque ; mais il faudra, avant d'arriver là, traverser des révolutions , des guerres et des malheurs.
1 Vaissette, Histoire générale du Languedoc.