CHAPITRE V
C 1er mont sons les Francs.
Après avoir demeuré près d'un siècle sous la domination gothique , notre Ville devait changer de maître et tomber au pouvoir des Francs partout victorieux dans les Gaules. En effet , depuis l'élévation de Clovis , ce peuple belliqueux , secondé par un chef si intrépide et si habile , ne comptait ses pas que par des victoires. Tout pliait sur son passage; les armées fuyaient ou étaient taillées en pièces , et les provinces entières subissaient le joug du vainqueur. Grossissant de plus en plus dans sa marche , le torrent descendait vers la Gothie , et il fallait s'attendre qu'elle en serait bientôt inondée. Alaric dut se hâter de courir aux frontières avec ses troupes. Les deux
armées se rencontrèrent à Vouillié près de Poitiers. Là fut brisée la puissance gothique par l'épée victorieuse du roi franc , qui , ayant tué Alaric, dispersa son armée et en poursuivit les restes jusqu'à Toulouse. 1 Peu s'en fallut qu'il n'achevât d'un seul coup la conquête de la Gothie, et que notre contrée ne fût , de sa main , rangée sous la nouvelle domination.
Ce soin fut remis à son fils Thierri. Ce jeune prince eut la mission de réduire les autres Goths qui s'étaient ralliés sous le commandement d'Amalaric, et il s'en acquitta avec gloire. En peu de temps il balaya l'Auvergne , l'Albigeois , le Rouer- , gue; chassa le roi goth de Carcassonne et de Castelnaudary , et l'an 509, il était à Narbonne. 2 De cette dernière ville chez nous, il n'y avait qu'un pas ; mais ici la résistance devait être plus sérieuse , et Thierri touchait à la partie la moins facile de sa conquête.
Accoutumé au joug des Goths, notre pays ne songeait point à s'en affranchir , pour passer sous celui d'un nouveau peuple , connu seulement par la terreur de ses armes. Les Goths, d'ailleurs, adoucis depuis Evaric et devenus plus traitables , se faisaient aimer par leur modération. Les évêques
1 HisL du Lang. — 2 Idem.
du concile d'Agde avaient rendu un solennel hommage à la bonté de leur dernier roi , et avaient fait pour lui des prières publiques. L approche des Francs arma donc et fit lever contre eux les populations entières.
Clermout fut du nombre des villes qui fermèrent leurs portes à Thierri , et qui firent résistance. 1 Cette résistance pouvait être sérieuse à raison des fortifications dont la Ville avait été munie par les Goths, et dans un temps où le défaut d'artillerie rendait si difficile la soumission des places fortes , favorisées d ailleurs , comme Clermont , d'une position avantageuse. Aujourd'hui nous trouverions ridicule et plus que téméraire la pensée seule de fermer nos portes à un ennemi tant soit peu puissant , et un siège de Clermont serait une risée : il n'en fut pas de même à cette époque. Thierri prit la chose au sérieux , et sans se contenter d'un assaut qui aurait pu lui mal réussir, ou d'un blocus qui aurait arrêté sa marche , il entreprit un siège dans les formes. L'histoire ne dit pas s'il fut long et difficile ; on pourrait le soupçonner à la colère du vainqueur , qui , ayant réduit la place, en fit ruiner les fortifications , raser les remparts , et ne laissa autour
I Hist. des Sei'g.
des habitations que quatre tours démantelées, celles dont il est parlé dans le chapitre précédent.
C'était Fan 509 que Clermont tombait ainsi au pouvoir des Francs ; mais , dès Tannée suivante , il revenait à ses premiers maîtres , la victoire ayant abandonné les Francs devant Arles, et Clovis ayant été obligé d'évacuer la Gothie et de se démettre solennellement de ses prétentions sur la province. Vingt-quatre ans s'écoulèrent, à partir de cette époque , pendant lesquels il ne se parla plus des Francs dans ces contrées qu'ils avaient tenté de soumettre.
Cependant, la mort de Clovis ayant rendu Thierri héritier de la portion du royaume franc la plus voisine de la Gothie , l'envie revint à ce prince de tenter une seconde fois la conquête de notre pays et de l'ajouter à ses états. Il descendit dans l'Auvergne et dans le Rouergue, et n'eut pas de peine à se les assujettir. Théodebert , son fils, prit lepée et continua la guerre. Il entra dans le pays Lodévois ; et , chose singulière , ce ne fut ni Lodève , ni Clermont , ni aucune autre ville marquante , qui arrêta la marche victorieuse du jeune guerrier, mais seulement le château d'un petit village de nos environs , celui de Cabrières. Ce château , très-fort de ce temps-là, et commandé par une Dame nommée Deuterie,
tint long-temps en échec les troupes de Théodebert; il ne fallut rien moins qu'un traité avec la Dame pour mettre le prince en possession de de la place. Cabrières capitula , et sa soumission décida de celle de tout le pays , qui revint ainsi au pouvoir des Francs , comme en 509. 1
Clermont , cette fois , demeura plus long-temps sous la domination franque ; ce fut pour un intervalle d'environ trente-huit ans. Période heureuse ! ère de paix , d'autant plus remarquable* que l'histoire d'alors ne présente, au nord et au midi de notre province, qu'un tableau rembruni de divisions, de troubles et de crimes : là, les enfants de Clovis occupés à se supplanter et se faisant une guerre scandaleuse ; ailleurs , le trône des rois goths ensanglanté par le poignard des ambitieux > qui ne connaissaient d'autre voie que celle du meurtre et de l'assassinat pour arriver au pouvoir.
On connaît les noms de deux évêques qui eurent l'administration spirituelle du diocèse pendant la période de la domination franque : Deuterius qui assista , sous Théodebert , à un concile de Clermont d'Auvergne , et Edibius qui , se trouvant à Paris l'an 557, à la cour du roi Childebert , fut prié par ce prince d assister
I Hisl. du Lang.
à un autre concile tenu dans cette ville. 1 Cest tout ce qu'on trouve, à cette époque, de plus relatif à notre pays \ l'histoire n'en fournit pas davantage.
I Planta*.