LES PROMENADES
La ville de Laon n'eut aucune promenade publique avant le 17""' siècle. Ce fut seulement après la construction de la citadelle que l'on songea à en établir une , en plantant le terrain Migue ou esplanade situé on avant des murs de cotte forteresse.
Cette promenade , la plus agréable de la ville parce qu'elle était placée dans l'enceinte de ses murs, a été abattue en 1840 par suite de la reconstruction de la citadelle.
En 1614, quelques années après l'établissement de la promenade de la plaine, une compagnie d'arquebusiers ayant été formée à Laon, les personnes qui en faisaient partie achetèrent à l'abbaye de Saint-Jean un emplacement situé sous ses murs, afin de s'y livrer à leurs exercices. Ils plantèrent aussitôt ce lieu qui prit le nom de Jardin de V Arquebuse , et qui devint avec la Plaine une promenade très-tréquentée des habitants- Plus de cent ans après , les chevaliers de l'arquebuse eurent des contestations avec les moines de Saint-Jean , à propos des plantations qu'ils avaient faites dans leur jardin , et dont les arbres, tous de haute tige, en s'élevant par-dessus les murs de l'abbaye, cachaient à ces religieux la vue de la campagne. Les chevaliers de l'arquebuse furent obligés de les abattre en 1745, et les remplacèrent par les tilleuls qui existent encore.
Dans cet intervalle, on avait aplani le terrain delà Couloir ou Esplanade , et on l'avait tranformé en promenade , en le plantant d'arbres vers 1740.
Bientôt après , les frontières du royaume ayant été reculées pai' les armes de Louis XIV , et le calme dont on jouit vers le milieu du 18™'' siècle ayant fait regarder les forlilications de Laon comme inutiles, on pensa a combler les fossés qui entouraient ses murailles pour les remplacer par une ceinture continue de promenades. La réaUsation de ce projet fut commencée en 1758, et la même année on planta la j)romenade St-Jean. Trois ans après, on s'occupa des promenades St-Just et de la Pissotte , qui font le tour du Champ-Saint-Martin ; puis eniin , en 1705, on conq^léta cette ceinture de boulevards en plantant la promenade Germain.
Vers 4820, on remplaça un sentier communal qui s'étendait delà Coîdoirii la fonîaine St-Georgcs, par une jolie promenade
GÉOLOGIE; GÉOGUAPIllE, ETG. :;7
que les exigences de la délenseont forcé d'abattre en 1840. Le conseil municipal, dans la vue de la remplacer, a acheté, deux ans après, tous les terrains compris entre cette promenade, la Couloir, les murs de la ville et les glacis de la citadelle , et les a fait planter en 1845. On peut regretter que la ville ait jugé à propos d'abattre les arbres de Tancienne promenade qui étaient tout venus , et n'ait pas conservé le terrain dans son état accidenté: il aurait pu être, ainsi, planté à moins de frais avec des arbres à fleurs et odoriférans, et transformé en délicieux jardin anglais, dont les allées tortueuses eussent heureusement contrasté avec les autres promenades , toutes à ailées droites.
LES CIMIiTlÈRES.
Dans l'ancienne coutume, on plaçait les cimetières à l'orient des villes. Pour se conformer à cet usage autant que le permettait la disposition des lieux, celui de Laon fut ])rimitivement établi sur le bras méridional de la montagne , à Saint- Vincent. Saint Rémi, assisté de saint Genebaud, premier évoque de cette ville, consacra, dit-on, cet emplacement à cet usage , et y fit élever une chapelle sous l'invocation de saint Christophe.
Il est du moins certain que quand , au G"'" siècle , on construisit une abbaye sur cet emplacement , il servait depuis un temps immémorial à la sépulture commune des habitants; et pendant plusieurs siècles encore , il n'y eut pas à Laon d'autre cimetière pour le clergé et pour le peuple. L'intérieur de l'église de Saint-Vincent était réservé à la sé})ukure des dignitaires ecclésiastiques, comme les évoques, les abbés, etc., et de quelques hauts personnages du pays ; on enterrait les moines de l'abbaye dans le cloître, et le peuple autour de l'église, particulièrement en avant du portail.
Insensiblement, les religieux de Saint -Vincent convertirent
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cet usage en un droit qu'ils attribuèrent à leur abbaye de servir à la sépulture commune des fidèles , et s'en montrèrent trèsjaloux en le faisant, de temps à autre, ratifier par les papes.
Néanmoins , une première atteinte y fut portée dès la première moitié du 12'°^ siècle, lors de l'établissement des Templiers à Laon : le pape permit à ces religieux d'avoir, mais pour eux seuls, un cimetière particulier dans l'enceinte de leur maison.
Bientôt après, les religieux de Saint-Jean demandèrent à Barthélemi, évêque de Laon, l'autorisation d'avoir également un cimetière particulier , et pour aplanir les obstacles , ils oifrirent à l'abbave de Saint-Vincent une somme d'argent en indemnité. En 1155, leur demande leur fut accordée à la condition expresse, toutefois, qu'aucun autre cimetière ne pourrait, dorénavant, être établi dans la ville. Le cimetière Saint -Jean était placé sous l'église de Sainte-Marie-Profonde, à l'entrée de la promenade actuelle de l'Arquebuse.
A peine cet arrangement était-il terminé , que les religieux de Saint-Martin prétendirent avoir le droit d'enterrer dedans et h l'ejitour de leur église, sous prétexte que la défense d'établir d'autres cimetières dans la ville ne pouvait les atteindre, eux dont la maison se trouvait en dehors des murs. La-dessus, ils se mirent à enterrer chez eux non seulement les personnes de leur communauté, mais encore des laïcs de la ville. Il s'en suivit de si vives contestations entre les religieux des deux abbayes de Saint- Vincent et de Saint-Martin, que les premiers se portèrent à des voies de fait contre les seconds. Vers 1139, comme un prêtre transportait à l'église de St-Martin le corps d'une femme qui y avait choisi sa sépulture , les moines de Saint-Vincent apostèrent des gens sur son passage, lesquels tombant a l'improviste sur le cortège, mirent en fuite ceux qui le composaient , s'emparèrent par force du corps de la défunte cl le porlèreiil a Saint-Vincent où ils l'inhumèrent. Les moines
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de Sainl-Marliii tirèrent habilement parti de cet événement. Ils écrivirent au pape pour se plaindre de ces violences et intéressèrent si bien à leur cause ce pontife , favorablement disposé en faveur de l'ordre naissant de Prémontré , qu'il leur accorda, en 1140, le droit d'enterrer dans leur église tous ceux qui le désireraient , sous la réserve des droits des curés.
Les religieux de Saint-Martin avaient à peine terminé cette contestation, qu'ils en eurent une autre pour le même sujet avec le chapitre de Saint -Jean. Cette dernière église, cependant, n'enterrait pas encore chez elle : son cimetière ne fut même établi que longtemps après ; mais il parait qu'elle partageait avec Saint-Vincent les offrandes des moribonds, et elle craignait de se voir dépouiller de ce revenu par Saint-Martin. Une transaction mit fin à ces contestations, en 1147. Les chanoines de Saint-Jean accordèrent aux religieux de Saint-Martin le droit d'enterrer leurs paroissiens dans leur église, à la condition qu'ils auraient le même nombre de cierges et d'oblations qu'eux. Pour faciliter cette transaction, l'évéque, qui favorisait les Prémontrés , accorda comme indemnité au chapitre de Saint-Jean , une rente de !2<) sous de Provins sur le grenier à sel de Laon.
Cependant , afin de regagner d'un côté ce qu'ils perdaient de l'autre, les religieux de St-Vincent ne se bornaient plus à exiger que les habitants de Laon se fissent enterrer chez eux, ils prétendaient encore y contraindre les étrangers qui mouraient dans cette ville et dans les limites de son terroir. En 1174, Agnès de Hainaut , femme de Raoul de Coucy , étant morte k Laon, fut transportée dans l'abbaye de Nogent où elle avait choisi sa sépulture. Les moines de St-Yincent revendiquèrent d'abord son corps ; puis ayant appris que le mari de la défunte avait fondé des prières pour sa femme , ils portèrent leurs réclamations devant !e pape. Celui-ci chargea l'évéque deSoissons d'examiner celle allaire. Il fui alors décidé que le corps d'Agnès
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resterait a Nogenl, mais que les 100 sous de rente donnés par Raoul pour son anniversaire, seraient également partagés entre cette abbaye et celle de Saint-Vincent de Laon.
Une contestation semblable s'éleva encore, en 1205, entre cette dernière maison et celle de Yauclerc. Gérard, vidame de Laon, avait, en mourant, choisi sa sépulture dans l'église de Yauclerc et y avait fondé son anniversaire. Aussitôt, les religieux de Saint-Vincent attaquèrent ceux de Vauclerc; et ces derniers se virent contraints de restituer aux premiers 20 muids de vin que Gérard leur avait légués.
Dans l'intervalle , les chanoines de la cathédrale étaient parvenus à obtenir le droit d'ouvrir, auprès de leur église , un cimetière particulier , non seulement pour les membres de leur communauté , mais encore pour les évèques , les clercs et les laïcs qui désireraient y être inhumés. Saint -Vincent leur avait vendu ce droit fort cher, en il8ô. Pour l'obtenir, les chanoines de la cathédrale avaient été obligés d'abandonner à cette abbaye une redevance de GO sous qu'elle leur devait , de lui faire une rente de 12 deniers de Laon , de 20 jallois de froment à prendre sur le moulin de Monampteuil et de 1 muids sur celui de Pierreponl.
En 1270, ce fut le tour des Cordeliers : ils sollicitèrent l'évèque de Laon et en obtinrent l'autorisation d'avoir aussi un cimetière. Dès ce moment les curés des paroisses songèrent à acquérir les mêmes droits , et ils établirent successivement un cimetière à l'usage de leur paroisse, soit autour ou dedans leur église, soit sur un terrain lioi's des murs de la ville, mais situé à proximité. Les églises de St-Michel , St-Remi-au-Velours et autres, servirent elles-mêmes à la sépuhure des gens de ces paroisses. Le cimetière de Saint-Jean-au-Bourg , étabh l'un des derniers, en lo29, était situé en avant de l'église du chapitre, sur remplacement actuel de la petite rue qui conduit au rempart et a la i)romenade Saint-Jean.
Cet usage ne s'arrêta pas aux seules églises paroissiales de la ville, et s'étendit encore à celles des faubourgs. Dès iô90, c'est-à-dire , au moment même où l'église Saint-Jacques et Saint-Christophe de Seniilly fut déclarée paroissiale, elle obtint auprès d'elle un cimetière particulier.
L'Hôtel-Dieu de Laon avait également le sien ; il était placé sur le penchant de la montagne , près de la petite rampe de Vaux que l'on nomme la Grimpette.
Les frères mineurs avaient aussi le leur; il était formé du jardin actuel du collège ; mais comme ces religieux glanaient , en quelque sorte , dans toutes les paroisses , les curés qui se voyaient enlever ainsi des oblations leur cherchèrent querelle à plusieurs reprises. Les contestations devinrent surtout trèsgrandes en 15.")0. Assoupies pendant assez longtemps , elles se réveillèrent plus vives que jamais en 16i7. Il fallut en venir à un accommodement : il fut stipulé que les personnes qui mourraient hors de leur paroisse pourraient se faire inhumer où bon leur semblerait ; mais qu'à l'égard de celles qui décéderaient dans leur paroisse , elles seraient enterrées dans l'église paroissiale, à moins qu'elles n'en n'aient autrement disposé par une clause formelle de leur testament.
Cependant , ces nombreux charniers établis dans l'intérieur de la ville étaient une cause d'autant plus puissante d'insalubrité publique, que les habitations se trouvaient alors fort resserrées , et que les étages supérieurs , avançant en saillie considérable sur les rues déjà étroites et tortueuses , y laissaient difficilement circuler l'air et la lumière. Aussi, nul doute que les épidémies meurtrières dont Laon s'est trouvé plusieurs fois affligé , n'aient été principalement causées par leur présence.
Cet abus existant alors dans presque toute la France , et y produisant les mêmes inconvénients , le parlement se décida, en 1776, à ordonner la suppression des cimetières placés dans l'intérieur des villes , et fit injonction de les trans-
porter au dehors de leurs murs. On s'occupa aussitôt à Laon , de chercher des emplacements convenables : on proposa d'abord d'étabUr les cimetières extérieurs au nombre de trois pour la commodité des paroisses ; puis on résolut de se borner à un seul cimetière général et de l'établir à Saint-Just , dont la position presque centrale et en pente vers le nord , paraissait présenter toutes les conditions nécessaires. Ces projets n'eurent pas de suite.
Les choses étaient donc encore dans le même état lorsqu'éclata la révolution française. On s'occupa aussitôt de supprimer tous les cimetières situés dans l'intérieur de la ville , et de les réunir en un seul cimetière extérieur. A cet effet , on jeta de nouveau les yeux sur l'emplacement de St-Just, et, en 1792, on y lit l'acquisition d'un terrain pour cette destination.
Le premier cimetière de St-Just était fort petit ; aussi , dès l'année suivante il se trouva rempli , parce que , par suite des événements de cette époque , la ville de Laon renfermait une quantité considérable de militaires malades , parmi lesquels régnait une grande mortalité. On se trouva , pendant quelque temps, dans la nécessité d'organiser un service pour transporter les cadavres aux Blancs-Monts.
Depuis cette époque , le cimetière de Saint-Just a reçu plusieurs agrandissements successifs, et le dernier, fait en 1842, l'a rendu assez vaste pour suffire à toutes les éventualités.