VOIES DE COMMUNICATIONS
Dès les temps les plus reculés , Laon avait des voies de com-
(1) De toutes les anciennes voies de communication dont nous allons parler, il n'en est aucune qui soit de construction romaine. Cette absence de chaussée romaine venant aboutir à Laon, est une des objections que Ton a faites contre l'identité de cette ville avec le Bibrax de César. Cependant nous devons signaler un ancien chemin, dont les traces se retrouvent dans les marais et le lit de la rivière d'Ardon, lequel présente quelques-uns des caractères propres aux chaussées romaines de second ordre. Il se compose, du moins dans les parties visibles, de couches de sable et de graviers sur lesquelles repos<mt de larges blocs de grès. Des pieux ou pilotis placés sur les bords, empêchent l'écartement de ces matériaux. Plusieurs médailles romaines ont, à ce qu'il paraît, été trouvées sous ce chemin. Trois de ces médailles nous ont été remises ; ce sont : deux grands bronzes de Trajan et Marc Aurèk, et un moyeu bronze d'Adrien. Cet ancien cliPmin,qne le défaut de temps ne nous a pas permis d'étudier, parait se diriger
GÉOUXilE; GÉOCRAPHIK, ETC. .N3
inunication avec les villes voisines, avec les bourgs et les villages les plus considérables des alentours. Ces anciennes voies se reconnaissent encore toutes a leurs contours sinueux, à leur tracé qui ne tient aucun compte des accidents et des difficultés du sol ; aussi , sont-elles , en général , plus directes et plus courtes que les grands chemins qui les ont remplacées.
L'ancien chemin de Laon à St-Quentin partait de l'extrémité du faubourg de St-Marcel , passait à Besny , Vivaise , Monceau et Pont-à-Bucy, d'où il se dirigeait sur Saint-Quentin par INouvion-l'Abbesse , Renansart , Séry-Mézières et Itancourt. On a lieu de croire qu'il existait dès l'époque romaine , puisqu'il en est question dans la légende de Saint-Quentin.
Un autre chemin, partant du faubourg de La Neuville, conduisait à Prémonlré par Cerny-lès-Bucy et Bucy-lès-Cerny , et à La Fère par Saint-Nicolas et Saint-Gobain.
La route de Marie était celle actuelle de Crécy-sur-Serre jusqu'à ce bourg, d'où elle se continuait sur Marie par Pargnylès-Bois , Montceau-le-Neuf et Le Hérie.
Celle de Pierreponl se dirigeait en ligne droite du faubourg de Vaux à ce bourg, en passant par Montceau-le-Waast.
La route de Liesse était celle actuelle; mais elle passait près de l'église de Vaux et suivait la rue de la Hurée,dansce faubourg.
La route très-tortueuse qui sort de Vaux un peu plus loin , sous la VaUse , conduisait directement à Sissonne , en passant auprès du Sauvoir et à Eppes.
La route de Reims traversait le faubourg d'Ardon, se dirigeait sur Bruyères et passait ensuite à Bièvres, Bouconville, Craonne, Pon laver t et Cormicy.
en ligiiB droite de Laou sur Bruyères, et être l;i route primitive de Laon à Ueims; ce ([ue semble aussi conlirmer le nom sous lequel il est connu. On rappelle chemin de Sainle-Salabcrge, non que la construction en soit due à cette sainte, mais probablement parce qu'elle arriva par ce chemin, lorsqu'elle \int se lixcr à Laon , au 7"" siècle.
La roiUe actuelle d'Aiiizy et de Coiicy a été établie sur Taiicienne qui conduisait de Laon à ces deux villes.
Enfin , la route de Soissons et Paris passait au-dessus d'Ardon, à Bousson , près de Leuilly et de là gagnait Chivy. A partir de ce village, elle suivait à peu près le tracé de la route royale actuelle jusqu'à Soissons ; mais en sortant de cette ville , elle se dirigeait sur Paris par Vauxbuin , Chaudun , Longpont , La Ferté-Milon et Meaux.
Ces anciennes routes étaient aussi défectueuses que les moyens de transport autrefois en usage. On en jugera par le fait suivant : la ville ayant oflert au roi , en 1411 , un présent de iOO livres d'argent , l'envoya à Paris par des hommes et des chevaux qui mirent sept jours entiers pour aller et revenir , et furent payés 4 livres 8 sous (33 à 40 fr. d'aujourd'hui).
Jusque dans ces derniers temps , d'ailleurs , il n'y eut aucun service public organisé pour le transport des hommes et des marchandises. On se rendait d'une ville dans une autre , à pied, à cheval ou sur des charriots attelés de bœufs. Ce fut seulement dans le cours du 17""" siècle qu'un service de voitures publiques , auxquelles on donnait alors le nom de coches , fut établi entre Laon et Paris. En 1695, on mettait trois jours entiers pour faire ce voyage, qui coûtait alors 15 hvres l sou.
Ces anciens chemins ont enfin été remplacés, dans le cours du siècle dernier, par deux routes royales auxquelles, dans ces derniers temps , l'on a ajouté quatre routes départementales. Des deux premières , l'une , qui va de Paris à Maubeuge , traverse la ville et les faubourgs de Semilly et de Vaux ; l'autre , qui conduit de Châlons à Cambrai , ne monte pas à Laon , et passe seulement dans les faubourgs de Vaux et de St-Marcel.. Les routes départementales vont de Laon sur Fismes par Bruyères , à Montcornet par Liesse , à Guise par Crécy-sur- Serre , enfin , à Coucy-le-Chàteau par Anizy.
Les principales rampes par lesquelles on parvenait autrefois
sur le plateau de la colline , étaient au nombre de six. Elles existent encore, pour la plupart, sous le nom de vieilles montagnes. On peut se figurer par ce qui en reste combien l'accès en était difficile. Aussi , n'était-il possible de les gravir qu'à pied et difficilement à cheval ; et les transports ne s'y taisaient autrement qu'à dos d'âne ou de mulet.
Le plateau de Laon demeura donc a peu près inaccessible pendant des siècles , et ce grave inconvénient attaché à sa situation, ne fut pas l'une des moindres causes qui nuisirent aux développements et h la prospérité de la ville. On s'en aperçut enfin au IS""" siècle, et l'on résolut de chercher h y remédier en construisant des rampes nouvelles d'une moins forte pente. L'évéque de Laon, M. de Sabran , s'employa avec empressement à la réalisation de ce projet , et offi'it une somme assez importante. L'intendant de Soissons , de son côté , promit 10,000 livres si les habitants voulaient s'engager à donner 12 à 15,000 livres. On se cotisa et la somme fut fournie. Les travaux furent aussitôt commencés : on fit d'abord la rampe de Semilly , en 1780; puis celles de Vaux et de Saint-Marcel, l'année suivante.
De ces trois rampes , il n'y a vraiment de praticable que les deux premières ; encore leurs pentes sont-elles beaucoup trop rapides pour être d'un accès véritablement facile. L'adoucissement de ses rampes est donc l'un des premiers et des plus pressants besoins que la ville doive songer à satisfaire, si elle veut mettre un terme au préjudice que lui cause journellement l'inaccessibiUté de ses côtes.