‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 12 sur 90 · MONUMENTS CIVILS · texte numérisé non relu

MONUMENTS CIVILS

Palais royal' son emplacement; sa destruction. — Tour de Louis-d'Outre-Mer et cour du roi. Epoque de leur construction. Description. Fief de la conciergerie. Fiefs et seigneuries relevant de la grosse tour. Premières tentatives pour la démolir. Jetée bas en 1831. — Ancien beffroi communal ; son emplacement; sa description. — Ancienne Iialle. S'ulevait sur la place Chevresson; son étendue. Démolie en 1595. — Salle de specUicle.

Nous n'aurons à nous occuper ici que de monuments du moyen-âge , car on ne connaît , à Laon , aucun éditice dont la construction soit due aux Romains. Nous signalerons cependant à l'attention des archéologues, un massif de maçonnerie dont les caractères particuliers ont quelques rapports avec les monuments de cette époque reculée. Ce massif se voit en arrière de la porte d'Ardon actuelle ; il paraît être la base d'une première porte à la place de laquelle aurait été élevée cette dernière, vraisemblablement au 15"'" siècle. Cette base de la primitive porte Rover , est formée de pierres de taille de grand appareil très-solidement jointes, et l'on distingue encore parfaitement les pilastres qui en décoraient les angles. Le tout est malheureusement trop incomplet aujourd'hui, pour que l'on puisse se prononcer d'une manière certaine sur son origine et l'époque de sa construction.

PALAIS «OVAI..

Les rois de la première et de la sQconde race avaient , à

Laon , un palais qu'on prétend avoir été construit par Clovis. Il occupait l'emplacement situé entre la rue Saint-Jean-de- Jérusalem , la rue et la ruelle des Cordeliers , et n'était séparé de l'aljbaye de Saint-Jean que par une étroite ruelle. Quelques historiens supposent qu'il s'étendait à l'est , jusqu'auprès de la porte Royer , laquelle en aurait pris son nom ; mais cela n'est rien moins que prouvé.

Il ne nous reste aucun document qui puisse nous faire connaître la disposition de ses bâtiments. On peut seulement supposer qu'il était entouré de hautes murailles llanquées de tours, et que l'entrée en était placée vis-à-vis la rue de la Ilerse.

Dès le commencement du li2™*' siècle, ce palais, abandonné depuis longtemps, tombait en ruine, et en 1158 il était dans le plus grand état de délabrement. Cependant , on voit encore le roi saint Louis s'y loger en 1270, lorsqu'il vint à Laon. C'est alors qu'il fit don de son emplacement aux CordeHers , et ces religieux en rasèrent ce qui restait de bâtiments et de murs, afin de construire à leur place une maison pour euxmêmes.

LA Torn DE locis-d'outre-mer et la cocr du roi.

La tour de Louis-d'Outre-Mer, que l'on nommait aussi la Grosse-Tour , fut construite par ce roi vers {)58. Philippe- Auguste la fit réparer en 1207, et l'entoura de fossés et de parapets. On prétend qu'elle fut consumée en 1558 , d'où l'on pourrait supposer qu'elle n'était qu'en bois. Mais cela doit s'entendre seulement de son toit , car elle se trouvait alors surmontée d'une tlèche en bois très-élevée. Cette llèche, abattue par un ouragan en 1G58, ne fut pas rétablie depuis.

La grosse tour s'élevait à l'angle actuel de la rue du Bourg et de ia place de i'Hôtel-de-Ville , vis-à-vis la porte des Clieiîizelies. Elle avait environ 75 pieds (25 mètres) de hauteur jusqu'au couronnement; sou diamètre était de 17 mètres, et sa

circonférence de 50. Ses mui*s avaient 5 mètres d'épaisseur dans le bas et 5 dans le haut. Elle était percée au nord-est d'une seule porte assez étroite, et de deux ou trois petites ouvertures au nord, dans la direction et sans doute pour battre de flanc les murs de la cour du roi dont il va être question. Elle était, dans l'origine, entourée d'un fossé large et profond, que Ton traversait sur un pont-levis. Intérieurement , on y trouvait un rez-de-chaussée qui servait autrefois de prison et au milieu duquel existait un puits profond; plus, un étage et une terrasse formés par des voûtes circulaires divisées en arceaux supportés par des nervures. Le centre de la voûte supérieure était percé d'une large ouverture, par laquelle le premier étage recevait le Jour extérieur. On parvenait dans cet étage, où se voyait une large cheminée , par un escalier en spirale ménagé intérieurement , près de la porte d'entrée.

Le palais de la cour du roi était placé près et au nord de la grosse tour, sur une espèce de butte artificielle composée de terres rapportées. Son enceinte, d'une forme presque triangulaire , se composait d'un mur qui , partant de cette tour , se prolongeait au nord sur une longueur de 15 mètres environ. Là, ce mur faisait retour à angle obtus vers l'est, et sur une longueur de 50 mètres. Ces deux murs dominaient à l'ouest et au nord le quartier de l'Eperon , qui est beaucoup plus bas. Ils étaient d'ailleurs fort épais, garnis de tours et munis de jambes de force très-serrées.

Du côté de la Cité, le palais de la cour du roi était fermé par un mur élevé; il avait été construit par Louis-d'Outre-Mer en 949 , afin de défendre la ville contre les troupes d'Herbert qui occupaient alors la grosse tour (voyez histoire, livre ÎX). Ce mur, légèrement circulaire, venait se terminer près de la porte Mortée. Plusieurs groupes de maisons s'adossaient contre, et il était percé d'une large [)orte donnant siu' la IMacetle. Dans le courant du IT'"" siècle, le fossé de la gross(» tour fut

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comblé, et l'on a!)atlit nn large pan de la muraille d'enceinte près de la porto Mortée , alin d'établir une communication directe de cette porte avec la cour du roi.

Les bâtiments se composaient d'un corps-de-logis principal appuyé sur le mur du nord, et de deux ailes placées à droite et à gauche. Derrière ce corps-de-logis , des jardins s'étendaient autrefois sur le penchant de la montagne.

Il ne parait pas (pie ce j)alais ait jamais servi à l'habitation des rois de France : son nom de Cour-du-Roi lui venait de ce qu'il était le siège de la justice du bailliage, et le Heu sans doute où logeait le grand bailli du Vermandois. Il était gardé par un seigneur sous le titre de concierge , et comme la tour servait de prison ou conciergerie , ce fief portail le nom de fief de la Conciergerie de Laon et relevait du roi.

Ce lut Philippe-Auguste qui donna la cour du roi en toute propriété à un concierge, à la condhion que le tenancier fournirait des salles aux baillis du Vermandois, aux prévôts forains et autres olïiciers qui rendaient la justice. Il se réserva d'ailleurs expressément la grosse tour connue glèbe du pouvoir souverain et royal qu'il avait sur la ville. De cette tour relevaient les principaux lîeis et seigneuries du pays. Les terres, chàtellenies et seigneuries de Marie, La Fère, Soissons, Piozoy, Origny , Montcornel , Nizy-le-Comte et leurs dépendances ; le péage et vinage de la ville de Laon ; les seigneuries de Mainberzy , Mainberson , Neufchâtel , Bourg , Mauregny , Bouconville , Bosmont , Coucy-le-Château , Pinon , Brie , Fourdrain ; les deux fiefs de Bruyères , Bailleux , Fismes , et quantité d'autres, mouvaient du roi en fief, à cause de la grosse tour de Laon.

Autrefois , on tenait le bureau devant la porte du palais le l"*- d'octobre, et l'on sonnait la grosse cloche de la cathédrale pendant une heiu'e , pour avertir les feudataires et censitaires , tant du roi que de l'église, d'apporter leur redevance.

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Dès 1793, on voulut abattre la tour de Loiiis-d'Outre-Mer. A cette époque , le conseil de ville lança dans le public une proclamation qui disait : « Il existe encore un monument de » féodalité dans notre ville : semblables aux vainqueurs de la » Bastille, hâtons-nous, citoyens, de détruire cette tour qui » nous rappelle le souvenir du despotisme! » Elle engageait ensuite tous les habitants à se réunir aux conseillers nmnicipaux, armés de pioches et autres instruments, pour procéder de concert à sa démolition. Cette scène, qui serait parfaitement ridicule , si elle n'était en quelque sorte justitiée par les circonstances où l'on se trouvait , et l'effervescence qui régnait dans les esprits, n'aboutit d'ailleurs à rien. Après quelques heures de travail, chacun se retira découragé par les dilïicultés de l'entreprise , et la tour resta debout mais dépouillée de son couronnement.

D'autres tentatives pour la jeter bas furent encore plusieurs fois essayées sans plus de succès. En 1795, on pensa à y employer des prisonniers de guerre alors en résidence à Laon , et l'on vota a cet effet une sonnne de o,5()() livres; mais ils partirent avant d'y avoir mis la main.

Enfin en 1851, la tour de Louis-d'Outre-Mer et les bâtiments de la cour du roi ont été jetés bas pom* faire place à l'hcjtelde-ville actuel.

Cette mesure est â jamais regrettable pour les archéologues : elle a privé la ville d'un des monuments historiques les plus anciens du pays, et qui y attirait les étrangers; il était d'ailleurs remarquable par l'intégrité de plusieurs de ses parties, de ses voûtes par exemple , qui , dit-on , étaient uniques en France parmi tous les édifices de ce genre. On a peine enlin à conq)rendre la nécessité de cette mesure , car il semble qu'il n'eût pas été impossible de concilier la conservation de ce monument avec la construction d'un nouvel hôlel-de-ville , dont on aurait pu , sans doute , approprier rarcliileclure et l'exposition , avec celles de la tour de Louis-d'OuIre-Mer.

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