ANCIEN BEFFROI COMMUNAL
Cet édifice s'élevait, comme nous l'avons déjà dit, à l'un des angles de la place Chevresson , près de la porte de ville de ce nom et de la halle. C'était une simple tour carrée médiocrement haute, surmontée d'une flèche en bois très-aiguë.
Le temps et la main de l'homme ont respecté ce petit monument, dont le rôle a été si considérable dans l'histoire de Laon. Mais son ancienne destination est maintenant aussi complètement tombée dans l'oubli que son nom , et chacun passe devant lui sans s'arrêter , car il ne rappelle plus dans l'esprit de personne aucun des nombreux et puissants souvenirs qui se rattachent pourtant à sa présence.
Elevé au 12™" siècle par la commune, ce modeste édifice ne pouvait être considéré sans émotion et même sans orgueil , par nos aïeux. Ils se souvenaient toujours, à son aspect, des eflbrts qu'ils avaient faits , des luttes qu'ils avaient soutenues pour conquérir leur liberté. C'était, en efTet, h leurs yeux, le signe matériel de leur puissance et de leur force , et pour leurs ennemis un objet de colère et de terreur tout h la fois; car, en même temps qu'il leur rappelait sans cesse leurs défaites, il était encore une menace de représailles violentes envers ceux d'entre eux qui auraient tenté de molester de nouveau ces bourgeois auparavant si craintifs et si méprisés.
Sous le comble de l'édifice était suspendue la cloche de la commune; à son appel les bourgeois se levaient en masse, soit pour défendre les remparts de la ville contre l'ennemi du dehors, soit pour préserver leurs libertés des attaques du dedans. C'est elle qui provoqua la résistance des citoyens aux entreprises de l'évêque Caudri, au 1:2""' siècle; c'est elle encore qui donna le signal des événements qui ensanglantèrent la ville en 1295 (voyez, histoire, livre IX). Cette cloche intervenait d'ailleurs dans tous les actes qui intéressaient la comnunu^ r
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elle convoquait le peuple aux assemblées générales où se discutaient les affaires de la cité ; elle accompagnait de son tintetement lugubre le bannissement du malfaiteur qui avait porté atteinte îi la paix publique ; en un mot , elle était à la fois , pour les habitants de Laon , le signe extérieur de la liberté civile, et celui de la juridiction communale. C'est à ce double titre qu'en 1351, Philippe de Valois, en retirant aux Laonnois leurs franchises , ordonna qu'on la descendît du lieu qu'elle occupait, et où, depuis plus de deux siècles, elle présidait en quelque sorte à tous les événements dont la ville était le théâtre.
La tour de l'ancien beffroi communal était placée en dehors et contre le mur d'enceinte de la ville. Renfermée dans l'intérieur de la citadelle à l'époque de la construction de celle-ci, en 4595, sa base a été en partie enterrée lors du rétablissement de cette forteresse dans ces dernières années; elle s'élève aujourd'hui à l'angle de l'un de ses bastions. Cette tour, très-solidement construite en pierres de taille, est garnie de larges jambes de force à trois de ses angles ; le quatrième est occupé par une cage en saillie renfermant un escalier en spirale , par lequel on arrivait dans le comble de l'édifice.
Au bas de cet escalier, s'ouvre la porte extérieure, étroite et carrée, surmontée d'un linteau en pierre dans lequel est inscrite une ogive romane. Deux fenêtres très -étroites et à plein-cintre , sont placées à 5 mètres de hauteur sur chaque face du monument. Elles en éclairaient autrefois l'intérieur, qui se compose d'un seul rez-de-chaussée également trèsélevé, et surmonté d'une voûte dont la clef est à 10 mètres au-dessus du sol.
Cette pièce servait de prison à la commune de Laon, ce qui explique ses hautes proportions et la disposition des lieux. On voit, au-dessous, un grand caveau carré surmonté d'une voûte à nervures très-éj>aisses; c'est l'ancien cachot de la ville. On
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y descendait les malfaiteurs par une ouverture circulaire réservée au centre de la voûte.
Ce monument est en général dépourvu d'ornementation architecturale ; mais le peu qui en existe mérite de lixer l'attention de l'archéologue. Les voûtes du rez-de-chaussée sont dans le style ogival de transition. Elle sont munies de nervures présentant une arête en-dessous et retombant sur huit ~ colonnett€s placées, 4 aux angles du bâtiment, et 4 au centre des murs de face. Les chapiteaux , décorés d'ornements grossiers dans le style roman, sont surmontés de tailloire trèsépais , aussi élevés que ces chapiteaux eux-mêmes.
On verrait à tort, dans ces détails, une raison pour reculer la construction de ce monument a une époque antérieure au 12""* siècle : élevé par la commune en signe de sa puissance naissante , et aussi pour le besoin de sa juridiction , l'ancien beffroi ne peut remonter au-delà de l'époque où cette même commune s'est établie à Laon. Mais nous sommes tout-h-fait disposé à croire qu'il a été construit par les habitants aussitôt qu'ils eurent obtenu leur charte d'affranchissement, c'est-àdire, dans les premières années du 12™^ siècle; ce monument n'en est pas moins l'un des plus anciens de la ville , comme il en est l'un des plus curieux par les souvenirs qui s'y rattachent.
Contre le côté extérieur sud de ce betïroi, est placé en appentis un second corps de logis également tout en pierres. Il se compose d'une petite place au rez-de-chaussée , sîirmontée d'une voûte ogivale très basse; au fond, un étroit couloir conduit à des lieux. Il existe également en dessous un caveau voûté , dans lequel on descendait les criminels par une ouverture carrée. Ce caveau présentait une particularité : il était beaucoup plus profond que l'autre , et en grande partie creusé dans le roc vif. On l'a rempli de terre dans ces derniers temps, pour en nicllic \c sol de niveau avec celui de la tour du bcf-
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froi; et afin d'étahlir entre eux une communication, on a pratiqué dans le mur de séparation , une ouverture qui n'existait pas autrefois. Ce second corps de logis a évidemment été construit après coup , dans le but sans doute d'agrandir la prison communale.
ancii:nne halle.
Sur la place Chevresson s'élevait encore, autrefois, une halle spacieuse et ii deux étages. Chaque genre de commerce y avait , au rez-de-chaussée , des boutiques et des magasins séparés. Au-dessus s'étendait une vaste salle où se tenaient les assemblées générales des habitants de Laon. Cette halle, cpii passait alors pour l'une des plus belles de France, fut abattue en 1595, lors de la construction de la citadelle.