X PRÉFACE
écrivains ecclésiastiques de son temps, Vialard y enregistre longuement et avec grande complaisance tous les privilèges accordés, toutes les donations faites à son abbaye , détails aujourd'hui dénués d'intérêt.
Au commencement du siècle suivant, un chanoine de la cathédrale, Claude Leleu, après s'être longtemps dietingué dans l'éloquence de la chaire , songeait à entreprendre à son tour une histoire de sa ville natale. 11 se mit à l'œuvre dès 1711 et écrivit deux gros volumes in-folio; le premier composé de six livres comprend 1154 pages ; le second, en huit livres, a 961 pages.
Non content de profiter des travaux de ses devanciers, Claude Leleu fit par lui-même d'immenses recherches dans les chartriers des communautés religieuses du diocèse, el notamment dans celui du chapitre; il lui fut d'autant plus facile d'y pénétrer, que sa qualité d'archidiacre lui donnait sur elles une certaine autorité. Il a donc pu puiser aux meilleures sources ; néanmoins , on reproche à son travail d'être diffus, de renfermer des longueurs et une foule de dissertations étrangères à son sujet.
m'avait terminé en 1723 lorsque M. deLaFare vint occuper le siège épiscopal de Laon. Enveloppé dans les persécutions auxquelles furent en butte les personnes accusées ou simplement soupçonnées de jansénisme , Claude Leleu se vit traîner en exil , et il y mourut en 1726 sans avoir pu livrer au public le fruit de ses travaux. Plus tard, en 1768, une souscription fut proposée pour l'impression de cet ouvrage sous le titre de Mémoire pour servir à V Hisiobe de la ville de Laon et du pays Laonnois , depuis /'a7i304 jusnxL'en 112'2 , par Claude Leleu , 2 vol. in-folio; mais comme on ne put réunir un nombre suffisant de souscripteurs pour couvrir les Irais de l'impression , le projet eu fut abandonné.
Claude Leleu avait à p^ine terminé sort ouvrage qu'un autre Laonnois entreprenait la même tâche sur un plan différent et plus en raccourci. Nicolas-Claude Bugniatre, conseiller au baiUiage du Vermandois, était un savant extrêmement laborieux qui a laissé plusieurs travaux de longue haleine, indépendamment de ses recherches sur la ville de Laon. Celles-ci qui doivent seules nous occuper en ce moment, forment un petit volume in-4" sous le titre de : Peiif recueil de r Histoire de la ville de Laon , tiré de plusieurs ?né)noires. Ce volume est divisé en deux parties : la première traite de l'état politique delà ville de î^aon ; la seconde, de son état ecclésiastique.
PUËFACE. XI
Gédéon Bvigniatre, neveu de l'auteur et dont nous parlerons bientôt, nous apprend que cet ouvrage fut composé en fort peu de temps. Il se ressent en effet de la précipitation avec laquelle il a été écrit, et l'on y remarque des erreurs assez graves et de plusieurs sortes; la parue historique y est tout à fait nulle. Le cadre en est d'ailleurs si resserré , qu'il a forcé l'auteur à en rejeter beaucoup de faits et de détails intéressants. Néanmoins , ce travail compte de nombreuses copies : nous en connaissons sept à huit.
A la mente époque, c'est-à-dire vers 1725, un autre écrivain conçut le projet de refaire les travaux d'E. Delalain , J. Laurent et C. Leleu.Non cont'?'nt de prendre conrvaissance, comme il en convient du rest*^, des matériaux qu'ils avaient amassés , il alla faire des recherches par lui-même dans les archives de toutes les communautés religieuses du diocèse. Il écrivit ensuite son histoire qu'il poussa jusqu'en 1740. L'auteur nous apprend qu'il était sur le point de la publier, lorsqu'une personne haut placée , l'évêque de La Fare, qui en avait accueilli d'abord la dédicace, se refroidit tout-à-coup et fit des difficultés pour la rendre. C'est que l'auteur s'était permis des plaintes sur la conduite tracassière de ce prélat à l'égard des ecclésiastiques soupçonnés de jansénisme. Pour ravoir son manuscrit, il fut obligé de s'engager envers M. de La Fare à garderie silence sur ce qui s'était passé dans le diocèse.
Cet ouvrage intitulé : Essais historiques ou mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique et civile de Laon et du jjays laomiois , forme trois gros volumes grand in-4o, non compris un demi volume de table; l'écriture en est grosse et lâche, il est divisé eii douze livres. Le premier va de l'an 301 environ à l'an G20 et contient une description abrégée du pays ; le second, de 620 à 895 , le troisième jusqu'en 1099: le quatrième, à 1113; le cinquième, à 1130 ; le sixième, à 1175 ; le septième, à 1216; le huitième, à 1261 ; le neuvième, à 1444; le dixième, à 1580; le onzième, à 1652 et le douzième jusqu'à 1741. Ce manuscrit n'est plus aujourd'hui tout-à-fait complet : il lui manque quatre cahiers de chacun 24 pages.
Ce travail est entièrement dépourvu de méthode et par conséquent de clarté ; l'auteur s'est contenté d'y suivre à peu près l'ordre chronologique ; il passe constamment d'une chose à une autre, et le récit des événements y est sans cesse interrompu pour faire place à l'histoiro particulière d'une nbbfiye ou d un couvent. Laon d'nillours n'v
iri PUÉFACE.
Hgure qu'accidentellement: cet ouvrage estdonc à vrai dire l'histoire du diocèse , et seulement encore son histoire ecclésiastique , bien plutôt que celle de la ville de Laon.
Nous ignorons les causes qui en empêchèrent la publication. Il paraît néanmoins que l'une des principales est celle-ci. Le manuscrit avait été communiqué: on en connaissaitles matières. Les Laonnois crurent avoir àseplaindre duportraitquel'auteurfaisaitdeleur caractère;ce portrait est en effet peu flatteur: il prétend que les jeunes gens se laissent emporter à la fougue de leurs passions ; que les vieillards aiment la domination , sont entêtés, et d'une curiosité importune ; que la sobiiété n'est pas la vertu dominante du pays. Enfin, il va jusqu'à accuser les dames de coquetterie , de dissipation et de légèreté. A-t-on pensé qu'il ne fallait pas donner son argent pour entendre de pareille.^ choses, bien que l'auteur paraisse les dire avec la plus grande bonhomie du monde ? Il nous .semble permis de le supposer.
Mais quel est l'auteur de cet ouvrage qui. malgré ses nombreux défauts, n'en est pas moins une source précieuse d'excellents renseignements historiques? Par une erieur évidente , on l'attribue généralement à dom Gédéon Bugniatre ; cependant le manuscrit s'arrête à l'époque m^me où ce dernier commençait ses recherches; l'auteur anonyme seplaint du mauvais vouloir de l'évêqueLaFarequi n'existait plusdutempsoùBugniatre travaillait à sonhistoire deLaon ; enfin, l'ouvrage de ce dernier existe indépendamment du manuscrit qui nous occupe , il est écrit sur un plan différent et nous en parlerons toutà-'l'heure.
L'histoire du diocèse de Laon, de dom Lelong , va nous mettre sur la voie. Cet écrivain dit, page 585, que dom Bugniatre fit son ouvrage sur celui de dom Varoqueaux. Dom Varoqueaux était religieux de l'abbaye de St-Jean de Laon comme dom Bugniatre ; c'est tout ce que nous en savons ; mais on doit le regarder comme l'auteur du manuscrit qui nous occupe , car plusieurs notes écrites de la main même de ce dernier sur les marges de ce manuscrit ne laissent aucun doute à cet égard. Ainsi , à la page 994 , sous une citation marginale de l'histoire de Saint-Vincent dont nous avons parlé, on ht : " Apparemment que cette histoire manuscrite de Saint- Vincent , " que cite souvent D. Varoqueaux ,esi\ii\iii\x\e : si c'était la française, " ces citations ne seraient pas justes. " Quelqu'un a surchargé le mot Varoqueaux et l'a remplacé par celui de Bugniatre ; mais le
PH^IFACE. xrii
premier est encore très-lisible. A la page 1150, on lit: " Erreur grossière c/u père Varoqueaux. » Ce nom est encore biffé, mais non remplacé par un autre , et on peut facilement le lire ; enfin, dans tuie troisième note, dom Bugniatre renvoie à son propre travail pour quelques éclaircissements. Toutes ces indications établissent suffisamment , ce nous semble . que le manuscrit dont nous nous occupons appartient réellement à D. Varoqueaux.
Dom Gédéon Bugniatre, comme nous l'avons dit, était aussi bénédictin de l'abbaye de St-Jean de Laon. La lecture du manuscrit du Père Varoqur^aux , déposé dans le cartulaire de cette maison, lui inspira , à ce qu'il paraît , le dessein d'entreprendre à son tour une histoire de Laon. Après quelques années passées dans des recherches préliminaires , il pensa à assurer la publication de son travail en s'associant le corps de ville. A cet effet, il mit la dernière main à une partie de son ouvrage et la présenta au conseil de ville en 1755. Ce dernier l'accueillit favorablement, l'adopta et pour encourager l'auteur, passa avec lui un traité par lequel il lui était accordé une pension annuelle de 300 liv. pendant trois ans, et de 600 liv. pendant les deux années suivantes, sous la condition que l'ouvrage serait entièrement terminé dans ce déLii et remis au corps de ville, qui s'engageait à le faire imprimer à ses frais, après l'avoir toutefois soumis à un examen préalable.
Pendant quatre ans, la ville remplit exactement ses engagements, et Dom Bugniatre avait déjà touché 1,500 liv., lorsqu'en 1760, ayant demandé les 600 liv. qui lui restaient dues, le conseil fit des difficultés pour les lui remettre. On lui objecta que le manuscrit n'ayant pas été communiqué depuis 1755, on ignorait à quel point pouvait être arrivé ce travail ; d'ailleurs, avant de faire un dernier pai'^ment, on voulait s'assurer du mérite de l'ouvrage, et l'on engageait D. Bugniatre à le déposeï à la ville pour qu'il pût être examiné en assemblée générale.
Après quelqu'hésitation , D. Bugniatre communiqua tous ses manuscrits ; mais le corps de ville ne se pressa pas d'en prendre connaissance. Alors il le sonuna de remplir ses engagements; il lui fut répondu que son travail étant purement ecclésiastique , il ne remplissait pas l'attente des membres du conseil (1). D. Bugniatre proposa
il) On reprochait ;i cet ouvrage d'clrc iiii recueil de fondulioiis religieuses et de rites dVigiise, un récit de fails conlrouvés e( de contes poj^ulaires et fabuleux,
wv rUKFACE.
aussitôt d'en soumettre l'examen à une commission composée de bénédictins.religieuxdontl'ériidition était alorsgénéralementreconnue. Le corps de ville mit en doute l'impartialité déjuges ecclésiastiques et proposa des laïcs pour examinateurs ; mais, à son tour, D. Bugniatre s'y refusa.
Les parties ne pouvant s'entendre amiablement , il fallut recourir à d'autres moyens. D. Bugniatre s'adressa donc à l'intendant de la généralité de Soissons. Celui-ci notifia au corps de ville d'avoir à remplir ses engagements en payant au religieux bénédictin le restant de la somme qui lui avait été promise, sauf à ne point impiimer son ouvrage s'il ne méritait pas de l'être. Nouveau refus de la ville. D. Bugniatre adressa alors une supplique au roi, qui évoqua l'affaire devant lui, en 17G3 ; il ordonna au corps de v'ille d'exposer les raisons qui lui faisaient manquer au traité, faute de quoi il serait statué.
Nous ne savons quelle décision intervint. Il paraît néanmoins que la ville fut obligée de payer ce qui restait dû àD. Bugniatre, mais qu'elle obtint de ne pas être obligée àl'impression de son ouvrage, en renonçant toute fois à son droit de publication en faveur de l'auteur. En effet, quatre ans après, D. Bugniatre voulut tenter cette publication à ses frais, et il lança dans le public un prospectus où son travail était annoncé sous le titre de : Mémoires pour servir à Ihistoire du Laonnois ou des villes, comté et diocèse de Laon ; il devait former quatre volumes in-4" au prix de 36 liv. les quatre.
Cet appel n'eut point de succès : D. Bugniatre ne put réunir que soixante souscripteurs. Se trouvant ainsi hors d'état d'entreprendre une aussi grande publication , il se vit une seconde fois contraint d'y renoncer.
Il n'était point au bout de ses déboires. Cinq ans après, un libraire de la ville lui offrit d'entrer pour un tiprs dans les frais d'impression, etD. Bugniatre se vit encore une fois dans l'impossibilité d'accepter ces offres avantageuses. Il avait prêté son manuscrit à un ami qui ne demeurait pas dans le pays ; il se hâta aussitôt de le lui redemander. Mais cet ami venait de mourir, et dans les embarras qui suivirent son décès, le manuscrit disparut, de sorte que toutes les démarches de D. Bugniatre pour le ravoir furent infructueuses et qu'il le crut perdu.
uii ouvrage luiUcnu'iit inlcressaiil et rien moins (iifiine histoire de Laon. Celle criliqnc est évidemment fort exagérée.
Cet écrivain se trouvait ainsi cruellennent puni de son ingratitude, car il avait largement puisé dans l'ouvrage de son confrère D. Varoqutjaux, et non seulement il ne l'avait pas cité , mais il avait encore substitué son nom à celui de ce dernier et sur son propre ouvrage , de manière à s'en faire passer lui-même pour l'auteur.
Quoiqu'il en soit, le travail de D. Bugniatre s'est retrouvé : il forme trois gros volumes in-folio , écriture fine , serrée et un peu tremblée : c'est celle de cet écrivain. Le premier est divisé en dix paragraphes ou chapitres, précédés d'une description générale du Laonnois, étendue, forêts, vignobles, rivières, etc ; le tout tient 25 pages. Le chapitre 1^'^ est intitulé : De l'cvêque de Laon, ses droits et prérogatives, 15 pages. Chapitre 2 : Du, chapitre, 56 pages ; 3. Des niemhres dépendant dudit chapiire , 2G pages; 4. Des dix-neuf abbayes du diocèse, 368 pages ; 5. Du gouvernement de la ville , prévôté, bailliage , présidial, etc. , 30 pages ; 6. Histoire particulière des villes du Laonnois, 42 pages ; 7. Maisons royales, bibliothèques, 7nanufac tur es , 38 -pages ; 8. Nobiliaire du Laonnois, 201 pages; 9. Grands hommes du Laonnois , 71 pages ; 10. Pouillé du diocèse , lit les des évêques, doyens, baillis, etc., 31 pages.
Le second volume contient l'histoire générale du pays, dans l'ordre chronologique. Celle-ci est divisée en plusieurs livres et commence au martyre de Preuve, Benoîte et Grimonie.
Le troisième volume a 900 pages. C'est un recueil de Chartres et autre.s pièces justificatives recueillies dans les chartriers des anciennes communautés religieuses du diocèse, et dans ceux des hôtels-de-ville du pays et des contrées voisines. C'est sans doute celui dont parle M. Devisme, à la page 51 de sa préface. S'il en est ainsi, cet écrivain n'en a pas exagéré l'importance: elle est d'autant plus grande que les originaux de la majeure partie de ces pièces sont aujourd'hui perdus.
L'ouvrage de D. Bugniatre est le plus étendu qui ait été fait sur l'histoire du pays. Quoique le classement des matières y laisse beaucoup à désirer, il est cependant plus méthodique qu'aucun de ceux entrepris avant lui. Il y a pourtant encore beaucoup d'omissions et quelques erreurs. Il présente d'ailleurs des longueurs et des redites ; le style en est peu châtié Mais , eu résultat, c'est un travail précieux. II en existe plusieurs copies, dont une seule est complète.
On voit , par l'énoncé ci-dessus des matières du premier volume de
XTi PRÉFACE.
cet ouvrage, qne le reproche formulé contre lui par le corps de ville n'était pas sans fondement. L'histoire des communautés religieuses en forme plus de la moitié, tandis que les renseignements historiques sur Laon n'y tiennent guère que 200 pages, c'est-à-dire, à peine le quart du premier volume. Dans le suivant, l'histoire de Laon ne se rencontre qu'accidentellement, et mêlée à celle du pays tout entier. Nous ne parlons pas du troisième volume, puisque c'est un simple recueil de pièces justificatives.
Vers 1775 , un autre écrivain composait , avec les matériaux dont nous venons de parler, une nouvelle histoire de Laon dans des proportions beaucoup moins vastes et sur un plan différent. Ce travail est extrêmement diffus, ne pré- ente ni ordre, ni division dans les matières , et est hérissé de citations qui en rendent la lecture fatigante. L'auteur parle d'abord du pays Laonnois, des comtes de Laon, du diocèse, des différents noms, surnoms et épithètes de cette ville , de quelques évêques et de leurs officiers, du chapitre, des trois abbayes de St- Vincent, St-Jean et St-Martin, etc. Ce manuscrit a 125 pages grand in-folio , écrit à demi-page. Il est attribué à D. Grenier et devait, à ce qu'on croit, faire partie d'une histoire générale de Picardie. On y trouve quelques bons renseignements.
Un autre ouvrage intitulé : Epitome abrège des choses les plus remarquables qui se sont passées sous les ércques qui ont govverné l'église de Laon, paraît avoir été composé vers 1783. 11 forme un volume in-4o; l'auteur nous en est inconnu.
Cet ouvrage est tout bonnement une liste des évêques avec le récit de quelques uns des événements qui se sont passés de leur temps. Elle est suivie du catalogue des doyens de la cathédrale et des abbés de St- Vincent, St-Jean et St-Martin. Viennent ensuite quelque détails sur l'ancien gouvernement de la ville et sur la commune, lesquels paraissent avoir été tirés de l'ouvrage de Nicolas-Claude Bugniatre , dont nous avons parlé. Il se termine par un extrait du pouillé de l'ancien diocèse.
Ce manuscrit, dont nous connaissons plusieurs copies, doit être lu avec circonspection, à cause des nombreuses erreurs qu'il renferme.
M. Devisme parle encore de deux histoires de Laon également restées manuscrites, la première, par J.-F. Flamant; la seconde, p.irNicolas Duchange. Nous ne connaissons pa^ ces ouvniges, n'ayant pu les retrouver nulle part.
HUKFACt:. ivii
Enfin, un sieur Cromelin, de Guise, fit hommage au conseil général du département de l'Aisne, en 1790, d'un travail manuscrit renfermant des mémoires historiques sur la ville de Laon. Nous ignorons également ce que cet ouvrage est devenu (1).
Nous voici arrivé à la seule histoire de Laon qui ait été imprimée , celle de M. Devisme, en deux volumes in -8°. Si cet ouvrag-e donne prise à de justes critiques, particulièrement sous le triple rapport de la méthode, du style et de l'exactitude, il ne faut pas moins, ce nous semble , savoir gré à cet écrivain d'avoir consacré vingt -cinq années de son existence à l'accomplissement d'une œuvre utile au pays; ses défauts, d'ailleurs, sont en partie ceux de l'époque où il écrivait. Quant à nous, nous nous abstiendrons d'entrer dans l'appréciation de son travail : on comprendra notre réserve Notre qualité d'historien nous fait seulement un devoir d'adresser à M. Devisme le reproche de n'avoir pas indiqué les larges et fréquents emprunts qu'il a cru devoir faire au manuscrit de Dom Leleu.
Les mémoires sur Laon ne sont pas en moins grand nombre que les histoires générales : nous allons passer rapidement en revue les principaux d'entre eux.
Le moine Herman qui vivait au 12'"« siècle, dans son ouvrage intitulé de Miraculis beatœ Mariœ laudunensis , et Guibert de Nogent, contemporain d'Herman, dans son livre de Vità sud, nous ont laissé de précieux détails sur l'étabHssement de la commune de Laon et les troubles qui le suivirent.
Plus de deux siècles après, un autre moine, Jean de Guise, abbé de St- Vincent, écrivait son Miroir historial en quatre gros volumes in-4'>. Le dernier volume, le seul parvenu jusqu'à nous, contient une quantité de faits qui se sont passés de son temps dans le Laonnois et surtout à Laon en particulier. Nous sommes surpris qu'un ouvrage comme celui-ci, plein de renseignements historiques importants, n'ait jamais été imprimé.
Denis Hangard , chanoine de la cathédrale de Laon au milieu du
(i) A tous ces manuscrits sur Laon il convient d'eu ajouter encore un intitulé : ChroniccE laudunenses à Brulo usquc ad annum Chrisli 1338. Cet ouvrage dont nous n'avons pu davantage retrouver les traces , est indiqué par Montfaucon comme appartenant à la bibliothèque de Jean Cotton. Peut-être le litre <'ii eht-il inexact , let faut-il lire Chronicœ lugdunenses (Chroniques lyonnaises ), au lieu de Chror.ica' laudunenses (Chro\:\"{Uis laoniioises '.
xviii PIltlFACE.
16'"^ siècle, avait écrit sous le titre de Mémoires du pays Laormois, un ouvrage rempli d'anecdotes qui pouvait servir à l'histoire de la contrée, depuis 1550 jusqu'à la tin de ce même siècle.
A la même époque, un autre ecclésiastique nommé Antoine Maquelin tenait aussi, de son côté, un journal des événements qui se passaient de son temps. Ce journal, perdu depuis plus d'un siècle, commen(^ait à 1560 et finissait à 1668 (1).
La vie et les aventures de Nicole Aubry, cette fameuse démoniaque de Vervins, ont exercé la plume de plusieurs écrivains, parmi lesquels nous citerons seulement Jean Boulœse. Il a donné au public, en 1578, l'histoire de cette femme en un gros volume in-12, devenu très-rare.
Antoine Richard, contrôleur de l'élection de Laon, nous a laissé des mémoires non moins curieux sur les intrigues des ligueurs à Laon et sur le siège de cette ville par Henri IV. Le manuscrit original forme un gros volume in-f»; il en existe plusieurs copies.
Nous connaissons encore une autre relation de ce même siège par un anonyme. C'est un manuscrit de 16 pages in-f", écriture très fine et très serrée.
Les persécutions de MM. de Saint-Albin et de La Fare,évêques de Laon, contre les jansénistes, ont aussi donné naissance à d'assez long* mémoires qui s'étendent de 1718 à 17-12. L'auteur, dont le nom nous est inconnu, y raconte jour par jour ce qui se passait alors dans le diocèse, et se plaint avec une grande amertume de l'intolérance de ces prélats.
Un conseiller au présidial, aussi resté anonyme, nous a laissé le récit des intrigues qui eurent heu au commencement du 18116 siècle , à l'occasion de l'achat des charges municipales.
Tels sont les principaux traités qui ont été faits sur l'histoire de Laon. A cette liste déjà bien longue, nous n'ajouterons pas celle plus longue encore d'une foule d'anciens ouvrages imprimés, dans lesquels on rencontre des documents relatifs à cette même histoire : l'énumération en serait sans utihté.
C'est particulièrement dans ces manuscrits qu'a été recueiUie la majeure partie des matériaux avec lesquels nous avons composé une
(1) Il est un autre manuscrit dont nous devons davantage déplorer la perle : c'est la Chronique de Véglise de Laon. Cet ouvrage était divisé en livres et en ciiapitrcs : il est cité dans un écrit de lfi27.
PRÉFACK. XIX
nouvelle histoire de la ville de Laon ; mais, non content de ces sources précieuses, nous avons encore fouillé les archives de la ville et du département ; nous avons compulsé les cartulaires et les titres des anciennes communautés religieuses de Laon et de son diocèse ; nous avons puisé dans les bibhothèques particulières; nous avons été chercher des documents dans les villes voisines et jusqu'en pays étranger; en un mot, rien n'a été néghgé, rien ne nous a coûté pour rendre notre travail aussi complet qu'on est en droit de le désirer. Nos efforts et nos dépenses ne sont point restés infructueux : nous avons ainsi recueilli une foule de documents précieux et inédits qui nous ont permis d'éclaircir plusieurs points de notre histoire, de rétabhr des faits tronqués parce qu'ils étaient mal connus, et d'en faire connaître beaucoup d'autres restés jusqu'à présent ensevehs dans un oubli profond.
Toutefois, pour arriver à faire une bonne histoire de Laon, il ne suffisait pas, selon nous, de se livrer à de longues et laborieuses recherches : il fallait encore prendre garde de tomber dans le défaut généralement reproché aux anciens historiens. Qu'est-ce qui manque le plus à ces histoires locales, sinon l'histoire intime de la cité, celle de la locahté elle-même? Et en effet, la plupart de ces auteurs ne se sont guère occupés que des faits généraux, de ceux qu'on peut lire partout, qui sont pour ainsi dire communs à toutes les villes et n'appartiennent à aucune d'elles en particulier, de sorte que leurs ouvrages sont moins l'histoire d'une locahté, que le même chapitre plus ou moins modifié d'une histoire générale de France.
Nous avons cru éviter ces inconvénients en adoptant pour notre travail un cadre qui nous permît d'y faire entrer, non seulement l'histoire proprement dite de la ville , mais encore celle de son administration et de ses établissements civils, mihlaires et financiers, celle de ses anciennes communautés religieuses et de ses anciens corps judiciaires, l'industrie et le commerce, la population, les mœurs et usages, les monuments et antiquités, enfin, des aperçus sur la position géographique de Laon. l'origine de sa montagne et de la ville, etc. Nous espérons qu'aucun de ces détails ne paraîtra minutieux, surtout si l'on considère que les faits en apparence les moins importants, peuvent parfois éclaircir les points d'histoire les plus considérables.
Nous n'avons surtout néghgé aucune des gloires de notre cité; car