‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 34 sur 90 · i.iviU': m · texte numérisé non relu

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mais le iroisième n'ayant pu se sauver assez vite , Tliomas lui coupa les deux jambes d'un coup d'épée.

Un autre jour qu'il avait fait près d'Amiens un grand nombre de captifs, comme il n'espérait en rien tirer, il les enferma tous dans une église et y lit mettre le feu.

In dernier trait montrera quelle était la férocité de ce brigand, qui succéda pourtant à son père dans la baronie de Coucy, l'une des terres les plus considérables du royaume. Il lit une fois percer la nuque du cou à plusieurs prisonniers, et passant une corde par cette ouverture, il les attela ainsi accouplés à une voiture qu'il les contraignit à force de coups de traîner, jusqu'à ce qu'ils fussent tombés épuisés par la douleur.

Il est pénible de dire que beaucoup d'ecclésiastiques de ce temps ne valaient pas mieux que ces seigneurs; car, telle était alors la grossièreté des mœurs publiques , que ceux-là même qui, seuls, possédaient un peu d'instruction et les notions du bien et du mal, s'abandonnaient souvent aussi à tous les excès» sans que la religion pût mettre un frein à leurs passions. Nous avons vu plus baut l'évêque Gaudri faisant assassiner Gérard de Quierzy pour quelques sarcasmes qu'il avait lancés contre lui : beaucoup d'autres ecclésiastiques suivaient cet exemple , et vengeaient leurs injures par le guet-à-pens et le meurtre. (Voyez livre IX, chap. IV.) Ils tiraient d'ailleurs parti de tout, et ne faisaient que trop souvent un honteux trafic des choses les plus saintes. Y avait-il une noce? les époux étaient obligés d'inviter le curé au repas , sous peine d'encourir sa colère. Une femme venait-elle de mettre un enfant au monde? il fallait qu'elle le fit venir et qu'elle le payât pour obtenir d'être relevée de ses couches ; et lorsqu'elle portait son enfant aux fonts pour le faire baptiser, il fallait encore payer un droit pour l'habit blanc dont il devait être revêtu pendant huit jours. Y avait-il un malade dans une maison? ce même curé venait sans avoir été appelé , et se faisait payer sa visite. Enfin , voulait-oji se conft^sser? il fallait d'abord payer le prêtre pour

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qu'il consentît à vous entendre ; alors , point d'argent y point d'absolution, dit un écrivain ecclésiastique du 18'"^ siècle (dom Bugniatre).

Aux 12'"'' et 13'"^ siècles, la ferveur religieuse, exaltée a son plus haut degré, ne se bornait plus à faire des aumônes considérables aux églises ; on vit encore des gens , des familles tout entières se donner corps et biens, dans la vue d'obtenir ainsi leur salut, et pour l'amour de notre Sauveur. Les uns se mettaient en servitude, soit pour toujours, soit pour un temps déterminé. Dans ce dernier cas, ils se rachetaient s'ils le voulaient, ou bien à l'expiration de ce temps , ils s'engageaient de nouveau. Les autres se donnaient corps et biens, à la seule charge d'être nourris, logés et vêtus, en s'engageant d'avance à renoncer à tout le gain qu'ils pourraient amasser par leur travail. D'autres se faisaient religieux, et donnaient tout ce qu'ils possédaient pour obtenir l'entrée du couvent; enfin, il y avait des gens qui s'engageaient à vivre dans la continence, et qui renonçaient réciproquement, non seulement aux plaisirs permis par le mariage, mais encore aux liens qu'ils avaient contractés.

En 1138, une femme nommée Mascelas se donna à Saint- Vincent, du consentement de ses filles, avec un fief noble qu'elle possédait à Aubigny. La même année, Hugues Leblanc, sa mère et sa sœur , se donnèrent également avec tous leurs biens situés à Eiion.

Trois ans après , un seigneur nommé Nicolas Cattus , quitta sa femme et ses enfants pour se faire rehgieux dans la même maison. Il donna un aleu a Montigny et un autre à Chalandry.

En 1150, un gentilhomme du Hainaut, nommé Guillaume de Chimay, se donna, lui, sa femme et ses enfants, à l'abbaye de Saint-Yincent , avec une terre et ses dépendances, à la condition que les revenus en seraient affectés au vestiaire des religieux.

En lilO, un nommé Jean Vairet et Giles sa femme, de

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Laoii , se donnèrent corps et biens à Téglise de l'abbaye de Saint-Marlin de cette ville, « en regard aux tW'S grants biens y> (dit la charte de donation), qn'ils ont trouvés en ladite f> église , et aussi le service divin que lesdits religieux font de » jour et de nuit , et pour être participants des prières , au- » mosnes et bénélices d'iceux religieux, et pour acquérir le » remède et salut de leurs âmes. » Cette donation se fit aux conditions suivantes : « C'est à savoir qu'ils auront leur de- » meure dans uns^ chambre indiquée ; item , auront chacun » jour 10 miches blanches et :2 noires, belles comme le cou- » vent; ilem, en vendanges, un tonnel de vin de cousson , » moitié blanc, moitié vermeil; item, devant Noël, un pource! » suflisant pour faire un lard; ilem, chaque semaine, hors û l'avent et caresme, 30 œufs; ilem^ en l'avent, demi-cent de » harengs et 5 carpes; item, en caresme, 100 de harengs et » G carpes ; ilem , chacun an , 6 cerciaux de bûches , 500 de > fagots et 8 livres de chandelles; item, un jalloi de pois et la j> moitié de demi-minot de sel ; et après leur mort seront en- » terrés en ladite église. » Pour pourvoir à cet entretien, Jean Yairet et sa femme donnèrent à l'abbaye de Saint-Martin, 100 écus d'or (environ 780 fr. d'aujourd'hui), 14 bêtes à cornes et deux chevaux.

Sept ans après, un certain Jean de Rosoy se donna également à la même abbaye, à la condition d'être nourri comme un frère convers, de recevoir quatre aunes de drap par an pour ses vêtements , une paire de chemises , quatre paires de souliers, et d'avoir une chambre à cheminée pour sa demeure. De son côté, il s'engagea à travailler, sans rétribution, aux bois, vignes et terres de l'abbaye.

En 151i2, un homme et une femme se donnèrent encore k la môme maison , eux et leurs biens , à carise de leur grand âge et connue ne pouvant plus travailler , \\ la charge par les icligieux de kvs nourrir, vêtir et chaufler.

Quant \\u\ époux (^tii , fidlainmés d'une smIiiIc ardeur rrli-

gieuse, voulaient renoncer, pour mieux mériter le ciel, aux: plaisirs légitimes que leur état leur permettait, ils se présentaient à roniciai et juraient devant lui de garder la continence. Alors, Tun permettait a l'autre de s'engager daiis les ordres, ou de s'affilier simplement a une communauté religieuse ; ou bien encore tous deux y entraient à la fois. îl semble que, dans cette circonstance comme dans celles rapportées plus haut, le mariage se trouvait rompu par ce seul engagement.

Saint Gervin nous fournira un dernier exemple de cette ferveur religieuse poussée jusqu'à ses dernières limites, (ierviii était né à Laon dans les premières années du il'"" siècle. Nommé abbé de saint Riquier, puis légat du pape dans l'occident , il faisait en cette qualité de nombreux voyages en Angleterre. Un jour, la reine de ce pays s'étant approchée de lui pour lui offrir, selon la coutume du temps, le baiser de paix, Gervin ne craignit pas de blesser cette princesse en la refusant, car il aurait cru faire une action déshonnète en se conformant à l'usage dans cette circonstance. Sur le point de mourir, il poussa ses scrupules religieux bien plus loin encore : il lit une confession publique dans laquelle il s'accusa d'adultère , rien que pour avoir regardé des femmes. D'ailleurs , il ordonna qu'après sa mort on lui mil une corde aux pieds, et qu'on traînât son cadavre à la voirie.

La plupart de ces actes, il faut en convenir, loin d'être inspirés par une religion éclairée, semblent l'avoir été bien plutôt par la superstition. On ne s'étonnera donc point quand nous dirons que le peuple fut à toutes les époques imbu des idées les plus superetitieuses. Au /"""siècle, les classes inférieures étaient dans l'usage de façonner une espèce d'idole ressemblant à un serpent, laquelle, ii leurs yeux, représentait l'idolâtrie. Elles lui adressaient des prières par dérision; puis s'excitant par degrés, les hommes battaient entre eux et le divertissement se terminait souvent par des meurtres.

La croyance aux sorciers n'était j»as alors moins générale. A

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la lin du lô'"" siècle, il y en avait un à Laon dont la réputation était si grande, que le roi Pliilippe-le-Iïardi voulut le consulter dans une circonstance bien délicate. Ce sorcier était Baudouin de Clacy, vidame de Laon et premier oflkier de l'évêque.

Pliilippe-le-Hardi avait alors pour favori un certain Pierre de Labrosse, dans lequel il mettait toute sa confiance. Ce prince s'étant remarié à Marie de Brabant, vit tout-a-coup mourir, en 4275, son lils «iné qu'il avait eu d'une première femme. On prétend que Labrosse, pour éloigner la nouvelle reine dont il redoutait l'inlluence sur l'esprit du roi , s'avisa de lui attribuer la mort du jeune prince, comme si elle eût voulu par ce crime frayer le cbemin du trône k ses propres enfants. Le roi ne trouva d'autre moyen pour éçlaircir ses doutes et découvrir le vrai coupable , que de consulter un sorcier. « Si luy fu dict et » compté qu'il avoit à Nivelle une béguine qui merveilles disoit » des clioses passées et à venir, et se contenoit en simple habit » comme sainte femme et de bonne vie; et si avoit h Loon un » autre devin qui estoit vidame de l'église de Loon , qui par » art de nigromance sçavoit mult de choses secrètes ; et plus » avant vers Alemaigne estoit un convers qui grand maistre et y> sage se faisoit de tels besoingnes. » La béguine de Nivelles fut choisie par Philippe-le-Hardi; elle réhabilita la reine dans son esprit, et la calomnie de Pierre de Labrosse étant bien avérée , il la paya de sa vie.

Nous avons raconté plus haut la fête des fous et celle des innocents, dans lesquelles les ecclésiastiques jouaient un sî grand rôle, malgré la gravité de leur caractère. Il parait qu'à leur exeuq)le les écoliers de la ville avaient aussi leur fête qui se célébrait le premier décembre, jour de saint Eloi. Nous savons qu'à cette occasion ils s'élisaient un évèque , et qu'ils jouaient une pièce de théâtre pendant la messe sur la place du Parvis, devant l'église St-Martin ; mais les historiens nous laissent ignorer les autres particularités de cet usage, qui fut aboli au milieu du Ifi'"" siècle.

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II existait autrefois , dans plusieurs provinces de la France , un autre usage en vertu duquel lorsqu'un criminel marchait au supplice, si une jeune fille se présentait et demandait à l'épouser, on était tenu de lui accorder sa grâce pour le marier avec elle.

Comme on va le voir, cet usage était également en vigueur à Laon , au 14'"" siècle.

Le 10 juillet 1341 , le bruit se répandit dans la ville qu'une exécution capitale allait avoir lieu dans la cour de l'abbaye de Saint-Martin. Aussitôt, la foule , toujours avide d'émotions, se porta vers le lieu du supplice.

Son empressement se trouvait surtout excité par l'intérêt que lui inspirait le patient. Jean d'Auterive était un serviteur de l'abbaye de Saint- Martin; depuis longtemps il servait avec zèle et probité , lorsqu'un jour il eut la faiblesse de céder à un mouvement de gourmandise. Au fond d'une armoire placée dans 4'église même de cette abbaye , on avait renfermé des fromages; Jean les vola en brisant les portes de cette armoire. Arrêté pour ce vol commis avec effraction dans un lieu saint, il lut conduit devant le tribunal de l'abbaye et condamné à la peine de mort.

A la vue du patient que les justiciers conduisaient à son dernier tourment , les clameurs de la foule redoublèrent : on disait que le coupable s'était jusque là toujours bien conduit , que le larcin n'éloit grant chose et la peine hors de toute proportion avec le délit; enfin les esprits s'échauffèrent au point que ces clameurs dégénérèrent en une sorte d'émeute , et que le peuple menaçait les justiciers de leur faire un mauvais parti s'ils procédaient à l'exécution du condamné.

A ce moment, une jeune lille de la ville, nommée Hélesson de la Traille, se présenta devant Godemars du Fay, grand bailli du Yermandois, et le supplia de lui accorder la grâce de Jean d'Autenve, le requérant de lui donner le condamné pour époux,, et se portant caution de sa bonne conduite pour l'avenir.

Godemars du Fay intervint aussitôt, se fit livrer le coupable^

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et ayant appris par ses informations qu'Hélesson de la Traille était une josne pucelle de bon lieu^ bonne renommée et bon estât , fit procéder à son mariage avec Jean d'Auterive , et mettre celui-ci en liberté immédiatement après.

Au 10'"" siècle, il existait à Laon un autre usage : on tirait chaque année le geai des mau-proffitans , c'est-a-dire des mal enrichis. A cet effet, on attachait à une perche dressée sur le champ Saint-Martin, la figure d'un oiseau. Chacun était appelé à tour de rôle à le tirer, et l'on accompagnait son nom de quelque dicton facétieux sur les mauvais ménages. En 1577, un orfèvre, blessé du ridicule que l'on avait voulu lui donner, résolut de se venger de celui qui l'avait outragé. Il l'attendit la nuit, et se jeta sur lui comme il passait dans la rue des Cordeliers; mais l'autre, en se défendant, lui porta un coup d'estocade dont il mourut. Cet accident iit défendre le jeu des niau-projfitans.

Autrefois les rois de France venaient fréquemment à Laon ; leur arrivée donnait toujours lieu h des fêtes, et l'on se conformait pour leur réception à certains usages établis.

Si le prince y venait pour la première fois , le chapitre allait le recevoir à la porte de l'église, où on lui donnait la croix àjjaiser. Il était ensuite conduit à l'évêché, où ce même chapitre en corps lui faisait des présents. Ces présents consistaient ordinairement en 13 douzaines de pains et en 12 grandes mesures de vin. Quelquefois, on lui présentait aussi, soit un bœuf, soit des poulets d'Inde. Si ce même prince était déjà venu a Laon, on n'allait pas le recevoir; seulement on le complimentait et on lui oflrait les présents ordinaires.

On trouve dans les registres eapitulaires le détail de la réception faite par le chapitre à Jean-le-Bon , roi de France , lors de son retour du sacre, le 2G septembre looO; il nous donne une idée exacte des cérémonies usitées à cette occasion.

Le roi fut reçu sous le portail par l'évêque et le clergé revêtus de t liapcs de soie et au son des cloches. L'autel élait

décoré d'un grand nombre de cierges , et de plus petits garnissaient la grande tribune du pourtour du chœur, ainsi que les stalles des chanoines et la nef. Le chœur était en outre tendu d'étoffes peintes, et la nef de tapisseries représentant des sujets tirés de la bible. Le roi donna k l'autel deux pièces d'étoffe de soie, et aux reliques du grand autel cinq écus (environ 40 fr. d'aujourd'hui). A son tour, le chapitre lui fit présent d'un tonneau de vin de Belva et de deux bœufs gras.

De leur côté, le maire et les officiers municipaux devaient aller attendre le roi à la porte de la ville et lui présenter les clefs de cette même ville un genou en terre. Quand il était arrivé au palais épiscopal , ils lui offraient , toujours un genou en terre , le vin de présent qui consistait en quatre douzaines de bouteilles de vin du Laonnois et autant de vin de la montagne. Le lendemain , il y avait ordinairement illuminations et feu d'artifice, et l'on voyait en plusieurs rues des arcs de triomphe ornés d'inscriptions en vers à l'honneur du prince.

impots; finances; commerce; population.

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