‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 4 sur 90 · GÉOLOGIE · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE

Situation de la ville de Laon. Altitude de son plateau. Couches qui constituent sa colline. Fossiles. Origine de ces différentes couches ; révolutions terrestres auxquelles elles sont dues. Etat de la contrée avant l'époque historique; ses habitants. Dernière révolution qui lui a donné sa physionomie actuelle Etat ancien du pays ; forêts. — Nature du sol du terroir de Laon; sa culture; son étendue.— Provinces dont Laon et son terroir ont successivemeot fait partie ; étaient originairement du domaine royal; leurs différentes aliénations.

La ville de Laon est construite sur une colline escarpée et isolée de toute part. De l'est a l'ouest, une large et profonde vallée sépare celte colline d'une chaîne de plateaux situés à «ne lieue de dislance, et qui s'élèvent au même niveau qu'elle, en formant a l'entour une sorte de demi-cercle; au nord, une immense plaine basse laisse errer la vue siu' un horizon sans bornes.

2 LIVRE ï".

Les opérations géodésiques de la carîe de France ont faiî connaître son altitude d'une manière certaine : le plateau de la colline de Laon est élevé de 1 10 mètres (550 pieds) au-dessus de la rivière d'Ardon, et de 188 mètres (564 pieds) au-dessus du niveau moyen des eaux de l'Océan , dans la Manche.

Cette colline repose dans toutes ses parties sur un calcaire blanc, marneux et friable qui est la craie des géologues. Cette craie constitue le fond de la vallée d'Ardon et toute la plaine qui s'étend au nord et au nord-est jusque par-delà St-Quentin et Vervins. L'épaisseur de cette craie est immense , puisque le puits artésien entrepris à Montreuil en 1850, n'en a pas atteint les limites à une profondeur de 312 mètres (950 pieds). Le peu de fossiles qu'on y rencontre sont du genre de ceux qui vivent au sein des mers.

La colline de Laon est formée de bancs alternatifs d'argile, de sable et de roches calcaires.

On trouve d'abord h sa base des argiles reposant sur la craie et formant des amas isolés plnlôt qu'un système régulier et continu. C'est l'argile plastique des géologues. On y remarque un mélange de coquilles fossiles marines et d'eau douce ; mais ces deriiières y prédominent.

Au-dessus, viennent de puissantes assises de sable que l'on divise en trois étages (1). L'inférieur se compose d'un sable blanc qui montre quelques fossiles entre les faubourgs de Vaux et Saint-Marcel. Ces fossiles, d'ailleurs très - caractéristiques , sont l'huîîre de Beauvais , oslrea Bellovacina , Lamk. ; la cucuHée incertaine, ciicullea incerla, Desh.; la gryphée versante, gryphœa eversa, Melv. , etc.

Le second étage se divise en un grand nombre de bancs distincts et renferme assez abondamment des corps organisés fos-

(1) Voyez noUc ou vraL'i". iniiiiilt': Mémoire sur les sables lerliaircs inférieurs (lu bassin de Paris , !ii-8 ■ , tO planches. Pans , 1843.

siles. Parmi les espèces du banc n" î», on doit surtout remarquer les suivantes, qui caractérisent particulièrement ce banc : la bucarde fragile, cardiiim fragile, Melv.; le cérite à petites bosses, cerithium gihhosulum, id.; la corbule de Victoire, corbiila Vicloriœ, id. ; la porcelaine acuminée, cyprœa aciimuiata, id.; la iucine rayonnante, hicina radians, id.; la modiole h fines stries, modiola temiislriata, id. ; la rostellaire lisse, rostellaria levigala, id.; la scalaire à collerette, scalaria monilifer, id.; le cadran granuleux, solarium granulosum, id.; et l'ombrelle du Laonnois , iimbrella Laudanensis , id.

Le banc n" 1 1 est le plus intéressant du second étage : il est formé d'uu sable très - calcaire , en quelque sorte pétri de coquilles. Parmi les espèces les plus communes, nous citerons les suivantes : l'ampullaire conique, ampullaria conica, Lk. ; l'auricnle grimaçante, auricula ringens, Lk.; l'arche globuleuse, arca globulosa, Desh. ; la bulle couronnée, buUa coronola , Lk.; la bifronlie du Laonnois, bifrontia Laudunensis^ Desh.; le cérite clou, cerithium claçus, Lk.; le cérite pyréniforme, cerilhium pyreniforme, Desh. ; la bucarde lime, cardium lima, Desh. ; la crassatelle épaisse, crassatella tumida , Lk. ; la crassatelle lamelleuse, crassatella lamelhsa, Desh.; le fuseau ancien, fasus longœvus , Lk.; le fuseau bulbiforme, fusas balbiformis , Lk. (variété); le fuseau régulier, /iz5M5 regularis, Sow.; la Iucine divariquée, lucina divaricata, Lk. ; la mélanie à petites côtes, me/anm coslellata , Lk. ; la nérite conoïde , nerita conoïdea, Lk. ; la nucule nacrée, nucula margaritacea , Lk.; l'ovule tuberculeuse, ovula tuberculosa. Duel.; le pétoncle oreiller, pec<Mnczi/«.s pulvinatus, Lk.; le pleurotome gran\ïère, pleur oioma graiiifera, Desh.; la rostellaire fissurelle , rostellaria fissurella, Lk.; la rostellaire à lèvre épaisse, rostellaria macroptera, Lk.; le sigaret canaliculé, sigarelus canoîiculalus, Sow.; le troque agglutinant, trochus agglutinans, Lk. ; la turritelle imbricataire, farn7e//a imbricatana, Lk. (variété);

la volute crénelée, volata crennlata, Lk, ; la venus turgidile, venus tiirgidula, Desh. ; et la vénéricarde à côtes plates, venericardia planicosla^ Lk.

Indépendamment de ces espèces, on en trouve encore dans le banc n" il un certain nombre d'autres aussi rares que précieuses ; ce sont : la biiVonlie de Deshayes, hifrontia Deshayesii, Mich. ; la came plicatelle , chaîna plicalella , Melv.; le cône à deux couronnes, conas bkoronalus, id.; la lucine Argus, hiciaa Argus, id. ; le rocher foliacé, murex foliaceus ^ id. ; le peigne corné, pecten corneus, id. ; la piacune solide, placuna solida , id. ; la pholadomye nacrée, pholadomya margarkacea ^ Sow.; la pyramidelle tourelle, pyramidella turella, Melv. ; la tornatelle élégante, tornateîla elegans , id.; le triton de Lejcune , triton, Lejeunii, id.; le turbo à rares stries, turbo rarislriatus, id. , etc. On y recueille , en outre , des dents de squale ou requin. Toutes ces espèces sont marines.

Le dernier étage se compose d'un seul banc surperposé h tous les précédents et enveloppant un système de coucbes argilosabieuses (les glaises) dont les fossiles présentent un mélange d'espèces de mer et d'eau douce.

Par-dessus, viennent des bancs multipliés d'un calcaire tantôt friable et pulvérulent, renfermant des rognons très-solides connus dans le pays sous le nom de têtes de chat , tantôt trèssiliceux et très-dur. Cet ensemble constitue le calcaire grossier des géologues; les ouvriers le nomment simplement la roche. Il renferme abondamment des moules de coquillages : l'un de ses bancs surtout , celui connu sous le nom de banc à liards , en est pétri. A la base de cette roche, on remarque des sables verts, glauconieux , pleins de petits fragments émoussés de (juarz diversement colore , et de dents de requins. Sous le nom d^arène , ils sont très-recherchés pour la bâtisse.

Enfin , le tout est recouvert par une couche d'argile rougeàlro ou noirâtre (<crre à briques^ terre noire), présentant

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ceci de particulier qu'an lieu d'être stralifiée horizontalement comme les bancs précédents, elle suit les ondulations de la surface du sous-sol et le recouvre sous tous les angles d'inclinaison , en conservant néanmoins partout une égale épaisseur.

L'examen et la connaissance des fossiles que l'on recueille dans ces différentes couches , donnent les moyens de reconnaître la manière dont elles se sont formées. La craie , les sables et le calcaire grossier (la roche) se sont déposés sous des eaux marines, les couches argileuses, dans des eaux douces ou saumàires.

Ainsi, à l'époque de la craie (pierre à chaux), notre pays était occupé par une mer vaste et profonde dont les eaux tenaient en suspension une quantité considérable de particules terreuses et calcaires qui se déposaient lentement sur le fond , et y formaient ces bancs épais de craie que nous voyons aujourd'hui.

Cette mer ensuite s'est retirée , laissant h nu la surface de la craie; puis des sables fins, charriés par les vents, sont venus recouvrir cette même craie et s'y sont accumulés en collines basses et irrégulières, à la manière des dunes actuelles. Dos dépressions existaient entre ces dunes : les eaux pluviales et celles des sources, en s'y rassemblant, les ont transformées en flaques d'eau, au sein desquelles ces mêmes sources charriaient des matières argileuses qui , en se déposant , y ont formé les bancs de glaise connus en géologie sous le nom d'argiles plastiques. Dans quelques localités, la profondeur de ces eaux était si faible qu'elle permettait la croissance des joncs et autres plantes marécageuses; ces plantes, à leur tour, ont formé un détritus et une espèce de tourbe , qui est l'origine des lignites ou cendres noires exploitées sur tant de points de notre pays.

Une nouvelle irruption des eaux de la mer a mis fin à cet état de choses; elles ont charrié avec elles «ne quantité énorme de sables qui, en se déposant, ojit formé les divers bancs du

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