‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 5 sur 90 · R I>IVRE · texte numérisé non relu

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second étage dont nous avons parlé. Le nombre de ces bancs, la grande variété des fossiles qu'ils renferment , indiquent a la fois , et qu'un temps considérable s'est écoulé pendant cette opération, et que les eaux de cette mer nourrissaient en abondance des mollusques aussi variés parla forme de leur têt, que nombreux en espèces.

Cependant la mer a de nouveau abandonné notre pays , laissant à sec la surface de ces sables. Alors s'est produit le phénomène signalé plus haut : dans les dépressions du sol se sont réunies les eaux pluviales et celles des sources qui ont apporté avec elles des matières argileuses, lesquelles ont donné naissance aux glaises que l'on voit sous le calcaire grossier ou la roche.

La mer fit alors une troisième et dernière irruption dans nos contrées ; mais cette fois elle ne parait point y avoir séjourné ; elle remplit seulement d'eaux salées les bassins où se déposaient les argiles dont nous venons de parler, et les convertit en lacs marins ou tlaqnes d'eau salée, selon leur étendue. La nature des dépôts changea en même temps : des sources puissantes et nombreuses y apportèrent des matières calcaires et arénacées arrachées aux entrailles du globe, et des bancs épais de roche tendre ou solide se déposèrent dans tel ou tel point, selon la prédominence de l'une ou l'autre de ces matières sur ce môme point.

Ainsi donc, dans le temps que se formait la roche qui couronne aujoin'd'hui le plateau de la colline de Laon , loin d'être alors rien qui ressemblât à un plateau , c'était au contraire une espèce de lac salé , isolé au milieu d'une immense plaine sablonneuse ; car il ne faut pas perdre de vue qu'à cette éj)oquo le vaste pays plat qui s'étend vers St~ Quentin et Vervins, était recouvert d'une puissante couche de sables mouvants, et que la large et profonde vallée au fond de laquelle coule la rivière d'Ardon, était remplie par ces mêmes matières,

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de sorte (jne l'on aurait pu se rendre de plain pied depuis Laon jusqu'à Monthérault ou Moutbavin , dont l'emplacement était également alors occupé par des lacs du môme genre.

Les choses restèrent ainsi pendant un long espace de temps, et notre pays cessa de participer à l'action des phénomènes géologiques qui continuaient ailleurs, si ce n'est peut-être qu'il l'ut une dernière l'ois envahi par des sables [sables moyens des géologues) , charriés par les vents , et dont on retrouve quelques lambeaux au-dessus de Chavignon et autour deSt-Gobain.

C'est dans cet intervalle de temps que la race humaine apparut à la surface du globe : jusque là celle-ci n'avait été habitée que par des animaux de l'ormes plus ou moins étranges , et couverte de végétaux d'un aspect plus ou moins bizarre et inconnus à nos climats actuels. Alors encore, nos contrées étaient occupées par une poiniiation animale bien différente de celle d'aujourd'hui, et elles se trouvaient couverte d'une végétation qui se rapprochait de la llore des climats les plus méridionaux, car elles étaient sous l'inlluence d'ime température atmosphérique très-élevée, et semblable à celle du nord de l'Afrique,

On peut donc se représenter d'une manière à peu près exacte la physionomie de notre pays dans ces temps reculés ; on pi^ut retrouver sa végétation; on peut ressusciter les races animales qui l'habitaient. C'étaient d'immenses plaines sablonneuses au sein desquelles on rencontrait des lacs salins plus ou moins étendus et à contours irréguliers et bizarres ; quelques rares chênes, entremêlés de palmiers et autres végétaux des régions chaudes du globe, inlerromj)aieiU seuls la monotonie de ces déserts, dont la solitude élait troublée par les cris des animaux les plus divers, comme des lions, des tigres, des ours des hyènes et autres espèces féroces, des éléphans, des mastodontes, dés chevaux, des cerfs et autres animaux d'une grande taille, pour la plupart étrangers aujourd'hui à nos climats. Et qu-OEi v.c croie pas que ce tableau soit fantastique ; car, pour preuve de

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leur ancien séjour dans nos pays , ces animaux ont laissé leurs ossements enfouis par milliers sous le sol de nos vallées.

Telles étaient donc la physionomie et la population de nos contrées, lorsqu'une dernière révolution, plus terrible peut-être encore qu'aucune des précédentes et causée cette fois par un brusque changement arrivé dans l'état de l'atmosphère, anéantit d'un coup toutes ces races animales et créa un monde nouveau.

Comme la température était, ainsi que nous l'avons dit, de beaucoup supérieure à celle d'aujourd'hui, une lorte partie des eaux terrestres se trouvait constamment à l'état de vapeur aériforme ; un abaissement subit et considérable de celte température les condensa et les précipita en pluies torrentielles à la surface du globe ; cette surface fut alors lavée , balayée dans tons les sens par ces torrens diluviens dont les eaux, dans leur course rapide et irrésistible vers le bassin des mers , y entraînèrent toutes les parties friables, toutes les couches incohérentes qui ne se trouvaient pas préservées par quelque circonstance locale favorable. Pour la colline de Laon eu particulier , les bancs solides et puissants qui la couronnent furent, à l'égard des sables de sa base , comme une espèce de toit qui les garantit de l'enlèvement général des matières semblables.

Telle parait être la dernière révolution qni a donné à notre pays sa forme et ses contours actuels. La colline de Laon s'est donc détachée des collines voisines avec lesquelles elle ne formait originairement qu'un tout , par suite de l'enlèvement des terrains friables qui renipiissaient alors les vallées intermédiaires; comme sa conliguration générale a été déterminée par celle des roches solides qui en forînenl le couronnement.

Si nous nous contentons de porter nos regards quinze ou vingt siècles seulement en arrière de l'époque actuelle, l'étude du sol , (Faccord en cela avec les vieilles traditions et les anciens historiens , nous ap[)rend que l'état du pays était encore bien différent de ce (ju'il est aujourd'hui. De vastes forêts, dont

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celles actuelles ne sont que de faibles restes, recouvraient une grande partie de ce pays et le rendaient à peu près impraticable. Ainsi , la forêt de Samoussy était alors vingt fois plus considérable qu'elle ne l'est aujourd'hui, et s'étendait non seulement sur la majeure partie du terroir, mais même sur les flancs et le plateau de la colline de Laon. Il est d'ailleurs facile d'en tracer les anciens contours : elle se prolongeait d'abord par la plaine de Coucy-lès-Eppes sur Festieux , dont elle recouvrait tout le terroir ; de la , s'avançant dans la vallée de l'Ardon , elle la remplissait entièrement depuis ce même bourg de Festieux jusqu'à Chavignon, où elle se reliait a d'autres grands bois qui se prolongeaient a droite et à gauche dans la vallée de l'Ailette. Tournant à l'ouest autour de la colline de Laon, elle couvrait également la vallée de Mons-en-Laonnois et s'avançait vers Cessières, où elle se reliait au grand bois de Voas ou de Saint- Cobain qui alors s'étendait lui-même jusqu'en deçà de Crépy ; un autre bras de celte même forêt de Samoussy. se détachant du massif principal entre Vaux et le Sauvoir, contournait à l'est la colline de Laon , s'avançait au nord jusqu'aux environs de l'arbre d'Allemagne, et venait rejoindre, par l'emplacement de Laneuville, le rameau qui se prolongeait , comme nous l'avons dit, vers Cessières; enfin, quelques bouquets plus ou moins considérables s'élevaient sur les flancs de la colline de Laon , particulièrement au nord de la ville et de Saint- Vincent , et s'élendaient jiîS(iue sur le p aleau. Les grands bois de Lavergny et du Sauvoir, ceux d'Urce! et de Chaillevois , ainsi que cette quantité de petits bois et de bouquets épars à la surface du pays que nous vetions de décrire, sont les restes de ces anciennes forêts. Après avoir couvert la presque toiaiité du terroir de Laon , elles s'y trouvent aujourd'hui réduites à moins de r>UO hectares, grâce aux défrichements qui ont eu lieu dans le cours du moyeu-âge, notamment depuis le Îi2""' siècle. Au commencement du 17'"% le bois de Bretnl avait encore à lui seul une

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étendue de 400 arpens et s'avançait jusqu'au pied de la montagne autour de Brunehaut ; il a été défriché en 1637.

Ail li^'"" siècle, le terroir de Laon s'étendait depuis et compris ce bois de Breuil {broUam, bois giboyeux) jusqu'à la rivière d'Ardon ; [)!us lard il s'est agrandi considérablement au sud-est et a été établi dans ses limites actuelles. Il comprend aujourd'hui une surface de 4,381 hectares dont le sol est d'une nature trèsvariée. Ainsi que nous l'avons dit , une masse considérable de sable, des argiles et des roches calcaires constituent an centre la colline de Laon et quelques mamelons environnants ; au nord, des. terres grasses d'une couleur jaune; au midi, des erres noires et légères. Chacun de ces sols est allécté à une culture spéciale : dans les sables dont sont formés les flancs de la montagne, à l'est, au sud et a l'ouest, on cultive particulièrement la vigne ; les bois croissent sur les flancs nord de cette colline et sur les lambeaux de sables épars dans la plaine ; les asperges, indifléremnienl à toutes les expositions; on sème le froment et le seigle dans les terres grasses du nord , et celles du sud sont particulièrement afïéctées au jardinage.

En résumé, le terroir de Laon se divise, selon les opérations cadastrales de 1845, en 2,977 hectares de terres labourables, 15 hectares de savarts, 'plus de 17o hectares de jjardinages et vergers, 84 hectares de vignes, 555 hectares de prés, 00 hectares de marais et tourbières, 283 hectares de bois et 20 hectares de pépinières. En outre , les rues et chemins y occupent plus de 209 hectares; les rivières, ruisseaux, étangs et fontaines, près de 7 hectares ; l'emplacement des églises et cimetières, environ 3 hectares, et celui des maisons et bâtiments de toute sorte, plus de 50 hectares (l).

(1) D'après le cadastre de 1810 , le terroir de Laon se divisait alors en 2,750 hccta .es de terres labourabl s , 106 hectares de savaits , plus de 80 hectares de jaidius el vergers , 175 hectares de vignes , "285 hectares de prés et pâtures,

En comparant ce tableau avec celui fourni par le cadastre de 1810 que nous donnons ci-dessous, on est frappé des immenses changements survenus dans l'état de la culture du terroir de Laon depuis moins d'un demi-siècle. Ces changements portent partieulièrement sur les terrains improductifs, marais et savarls qui , d'une étendue de |457 hectares qu'ils avaient encore au commencement de ce siècle , se trouvent aujourd'hui réduits à 75 hectares seulement, c'est-à-dire de plus des cinq sixièmes.

Ces résultats avantageux sont surtout dus aux travaux partiels de dessèchement exécutés dans ces derniers teujps sur divers points du cours de la rivière d'Ardon. Dès 1725, un particulier avait oflèrt à la ville de dessécher ses mardis au moyen d'un canal navigable qui serait venu tomber dans l'Oise, hManicamp. Il demandait en échange la concession de la moitié des terrains qu'il rendrait ainsi a la culture. Mais ce projet fit naître les plus vives oppositions surtout de la part des habitants des faubourgs. Ils prétendirent que le sol environnant deviendrait stérile si les marais étaient mis à sec ; que la tourbe desséchée empesterait l'air, enfin qu'ils n'auraient plus les moyens de nourrir leurs nombreux bestiaux. Malgré ces oppositions, l'entrepreneur obtint des lettres patentes qui l'autorisaient a commencer ses travaux ; mais la ville , mal éclairée sur ses véritables intérêts ,

351 hectares de marais, 195 liFctarcsdo bois et 2 hectares d'aulnaies et oseraies.

En l'an 5 (1797\ on comptait sur le terroir de Laon 148 arpens de jardinages, 4,720 arpens de terres labourables, 557arpens de pâtures et nuirais, 7r)0arpens de prés, 354 arpens de vignes et 135 arpens de bois.

Une délimitation du terroir de Laon, exécutée en 1768, le distribua ainsi : emplacement de la ville avec les vignes de la montagne, 612 arpens; terroir de Vaux, 1,921 arpens 74 verges; terroir d'Ardon, 1,505 arpens 54 verges; terroir de Leuilly, 585 arpens 51 verges; terroir de Semiily, 795 arpens; terroir d'Avin, 599 arpens 55 verges; terroir de Laneuville, 582 arpens 17 verges ; terroir de Courdeau , 413 arpens 7 verges ; terroir de Saint-Marcel, 807 arpens 34 verges; terroir d'Allemagne, 239 arpens 49 verges; ter.oir de Couhayon, 380 arpens 09 verg( s ; terroir d'Hordevoie, 291 arpens.

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plaida avec lui et mit tant d'entraves à son entreprise , qu'il fut contraint d'y renoncer.

Du temps des Gaulois, Laon et son territoire étaient de la seconde Belgique et faisaient partie de la cité de Reims, c'està-dire , qu'ils dépendaient de la province gauloise qui reconnaissait cette dernière ville pour chef-lieu.

A la mort de Clovis, en 514, Laon, selon les uns, fut annexé au royaume de Metz , selon les autres, à celui de Soissons. Ce qui pourrait appuyer cette dernière opinion , c'est l'existence d'une charte de Chilpéric P', datée de Bibrax , la première année de son règne, c'est-à-dire l'an oGl.

Par suite de la mort de Clotaire , Chilpéric avait eu pour sa part le royaume de Soissons. Or, il est peu probable que ce prince ait daté une charte d'un lieu qui ne lui aurait point appartenu, de Bibrax que nous regardons comme Laon.

Quoi qu'il en soit , cette ville peu après se trouvait annexée à l'Austrasie. On pourrait peut-être conjecturer que cette réunion eut lieu à la suite des entreprises de Chilpéric sur les états de son frère Sigebert (en 5(32). Ce dernier, pour éviter le retour de semblables tentatives , aura pu exiger la remise de Laon , espèce de citadelle dont la position frontière défendait parfaitement l'entrée de son royaume.

Il parait néanmoins qu'à la mort de Charles - Martel , Laon redevint encore du royaume de Neustrie ; mais après Charlemagne , il se trouva l'une des villes frontières du grand royaume de son fils Louis-le-Débonnaire.

Après le démembrement de l'empire, Laon fil (juelque temps partie de la Neustrie , puis de la province de Champagne , et enfin fut annexé par Philippe-Auguste au Yerniandois , que ce prince acheta vers 1185.

Du temps de saint I^ouis, cette ville se trouvait de la province de Picardie, et au 10"'^ siècle de celle de l'Ile-de-France. Eniiii , la division du territoire de la France en déparlemenls.

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pendant la révolution , l'engloba avec tout son terroir dans le département de l'Aisne, dont elle fut déclarée le chef-lieu.

Dès les temps les plus reculés, le pays laonnois faisait partie du domaine royal ; mais peu à peu ce terroir passa dans les mains des seigneurs et surtout du clergé. Nous voyons en effet au 9"'^ siècle Charles -le -Chauve en détacher jusqu'à 0,000 manses ou métairies, pour les donner aux évêques de Laon.

L'établissement de la commune au 12""' siècle paraît être l'époque où cette ville devint à son tour propriétaire d'une , partie de son terroir. Cette portion, qui lui fut également abandonnée par la couronne, se composait des terres, prés et marais qui n'avaient point été aliénés , et sur lesquels le prince se réserva le droit de suzeraineté.

En 1645, Louis XIV, par des motifs qui nous sont inconnus, aliéna encore en faveur du comte de Longueval, et moyennant la somme de 85,000 livres , ce qui restait de l'ancien domaine du Vermandois, c'est-a-dire quelques rentes, surcens et droits royaux que l'on continuait de percevoir en son nom, dans les villes de Laon, Crépy et Noyon. Ce domaine, qui ne rapportait plus que 2 à 5,000 livres, passa ensuite à la tille de ce seigneur, la comtesse de Senneterre, puis au marquis de Crussol , vers 1715, et fit retour à la couronne sans doute après la mort de ce dernier.

Au milieu du 18'"^ siècle, le duc d'Orléans ayant acquis le comté de Soissons , qui se trouvait alors dans la maison de Carignan, moitié a titre palrimoniaJ , moitié à titre d'engagement, offrit au roi de lui abandonner la portion patrimoniale pour être réunie au domaine de la couronne , à la condition qu'il lui céderait en échange et à titre d'apanage, les domaines de Laon, Crépy et Noyon. Le roi accepta cet arrangement et créa cet apanage en 1751 , pour lui et ses héritiers. Il lui concéda en même temps le droit de nommer les baillis, sénéchaux, lieutenants-généraux, les juges et les officiers de police

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et de maîtrise des eaux et forêts, établis dans ces villes, a l'exceplion des juges présidiaux et de ceux ayant la connaissance des églises cathédrales. Le duc d'Orléans eut de plus la nomination des officiers municipaux ; mais le roi se réserva celle des ofliciers des bureaux de finances , greniers à sel , traites foraines, et des receveurs généraux des finances. Le duc d'Orléans était encore apanagisle de Laon lorsqu'éclata la révolution française. La suppression des privilèges abolit ce litre comme tous les autres semblables.

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