HÔTEL -DIEU
Le chapitre de la cathédrale fonda cet établissement en l'année 1019, pour y recevoir et soigner les malades des classes part*
vres de la ville. Les bâtiments en furent élevés entre l'église de Saint- Rémi -Porte et la cathédrale; ils existent encore, et servent aujourd'hui de salle de réunion aux notaires du canton.
Ce local fort étroit étant devenu bientôt insuffisant , Itier, évêque de Laon , songea à transporter cet établissement dans des bâtiments plus vastes et plus commodes, et afl"ecta à cette destination ceux où se tenait l'école de Laon, près de son palais. L'Hôtel-Dieu y fut transféré en 1254, et y est resté jusque dans ces derniers temps.
Le soin des malades était d'abord confié à des frères seuls ; il le fut ensuite h des chanoines et des chanoinesses de l'ordre de Saint-Augustin. Au 12'"' siècle, cette double communauté d'hommes et de fdles était gouvernée par un frère auquel on donnait le nom de maître de rHutel-Dleii.
Cette maison avait en outre un boursier ou receveur qui était nommé chaque année par le chapitre. Les recettes étaient déposées dans un coffre placé dans la fabrique de l'église cathédrale , et le boursier, le butillier et le maître en gardaient chacun une clef. Quoique cet établissement fût sous la juridiction du chapitre , les officiers municipaux avaient néanmoins le droit de contrôle sur les comptes du receveur.
Il existait alors dans cette maison une salle où l'on donnait l'hospitalité et le gîte aux mendiants étrangers. Les malades recevaient chaque jour un tiers de lot de vin et un pain ou miche. La salle des mendiants fut plus tard supprimée.
Les religieux et reUgieuses venaient d'embrasser la réforme de Saint- Augustin, lorsqu'en 1519 le chapitre fit un nouveau règlement pour l'Iîôtel-Dieu. Les religieuses restèrent seules chargées du soin des malades dans cet établissement. Une supérieure remplaça le maître de l'Hôtel-Dieu , sous le nom de maîtresse. Aucune veuve, femme mariée ou de mauvaise réputation ne pouvait être reçue parmi elles comme novice. Toutes les sœurs devaient manger en commun , excepté les semainières qui mangeaient en leur particulier. Elles devaient
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également toutes coucher dans le même dortoir, où aucun homme ne pouvait entrer, excepté les ecclésiastiques et seulement en cas de nécessité absolue , et en présence de la maîtresse et de plusieurs sœurs. Les dames de l'Hôtel-Dieu n'étant point encore cloîtrées, pouvaient aller visiter les malades en ville , deux ensemble , et seulement dans les bonnes et honnêtes maisons.
En 1644, le chapitre mit la réforme dans l'Hôtel-Dieu, fit changer l'habit des religieuses, les cloîtra , et comme la maison de Pontoise servait alors de modèle à ces établissements , on en ht venir des sœurs pour procéder à l'instruction de celles de Laon. Philibert de Brichanteau, alors évêque de cette ville, forma opposition h tous ces changements qui s'étaient opérés sans sa participation ; il ne pût réussir à maintenir les choses sur leur ancien pied, comme il le désirait.
Cette réforme parait avoir été nécessitée par un scandale dont l'Hôtel-Dieu venait d'être le théâtre. La supérieure de cette miaison était élective et son titre triennal. En 1657, des élections ayant eu lieu, sœur Deliège en fut nommée supérieure. Mais une autre religieuse nommée sœur Chauveau , vit cette élection avec d'autant plus de déplaisir, qu'elle même briguait depuis longtemps la supériorité de cette maison. Elle adressa donc au grand aumônier de France une requête dans laquelle non-seulement elle protestait contre la nomination de sœur Deliège, mais où elle demandait encore d'être nommée supérieure de l'Hôtel - Dieu , non pour trois ans , mais bien à vie. Au moyen des puissantes protections qu'elle eut le crédit de faire agir, sœur Chauveau parvint à obtenir des provisions. Aussitôt elle se fit installer supérieure du temporel de l'Hôtel- Dieu par le lieutenant-assesseur et le procureur du bailliage , et signifia un appel au grand conseil contre l'élection et l'installation de sœur Deliège.
Le chapitre forma opposition; mais sœur Chauveau n'en obtint pas moins un arrêt qui la conlirmait dans la su[)ériorité
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(le rilôtel-Dieu. Alors le chapitre interjeta appel a son loiir; cette lois il gagna son procès et sœur Cliauveau fut destituée.
A la suppression des maladreries, en iGoi, celles de Pouilly, Pontavert, Bruyères, etc. furent réunies h l'Hôtel -Dieu de Laon. A cette époque, les revenus de cette maison étaient encore fort médiocres et s'élevaient à peine à 5 ou 6,000 liv.
Mais ils ne tardèrent pas à prendre de notables accroissements, grâce aux libéralités de plusieurs personnes charitables. Les chanoines de la cathédrale Jean-Antoine Bellotte , Charles Vairon, Jacques Barillon et Antoine Lèvent, lui léguèrent successivement, le premier 10,000 liv. en 1077, le second G, 000 liv., trois ans après, les troisième et quatrième chacun encore 10,000 liv., en 1686 et 1697. A l'imitation de ces exemples, les plus pauvres même abandonnaient h l'Hôtel-Dieu, en mourant, le fruit de leur travail et de leurs économies. Ainsi, en 1678, une veuve Alizon Détré , domestique, lui légua son modeste mobilier, consistant en un habit de ratine rouge, une cotte blanche, deux paires de bas, un bahut, un drap, un sac, douze chemises et le prix de neuf années de service à raison de 20 liv. (56 fr.) par an à elle dû par le sieur Mascaret , de Pontavert. En échange de cette aumône , elle demanda seulement d'être enterrée par charité dans le cimetière de l'Hôtel-Dieu.
Un legs considérable fut encore fait à cet élablissement en 1701, par une demoiselle nommée Marie Danye : il était de 1,600 liv. de rente, au capital de plus de 50,000 liv. Cette demoiselle lui imposa la condition d'entretenir deux lilles capables d'instruire les enfants, au bourg de Beaurieux, en leur payant une somme annuelle de 200 livres. Enfin, en 1818, M"** de Buzerolles légua encore une sonmie de 50,000 fr. à ce même Hôtel-Dieu (1).
(1) 11 SL'inble que la rcconnaissaiieo imposait aux élablissements de charité de J-aon, le devoir de conserver le souvenir de leurs bienfaiteurs, en inscrivant leurs noms sur un reiristre spécial. Ce registre n'ayant jamais été tenu , ces act( s de
Au milieu du IT*"* siècle, les sœurs de l'Hôtel -Dieu se trouvaient au nombre de vingt. Le doyen était leur supérieur né: il examinait la vocation des fdles qui se présentaient et leur donnait le voile. Cette maison était alors administrée par des laïcs nommés tous les trois ans par le chapitre de la cathédrale ; il s'y trouvait 60 lits pour les malades.
Au moment de la révolution, les revenus de l'Hôtel-Dieu de Laon se composaient de 3,851 liv. de rentes et surcens, et de 4 7,105 liv. de locations et fermages. Cette maison taisait en outre valoir 10 arpents de bois qui lui produisaient annuellement une somme de 1,000 liv., et 10 arpents de vignes dont elle lirait de 50 à 60 pièces de vin. La solde des militaires qui y étaient traités lui rapportait de 2 à 5,000 liv. et elle recevait en grains 528 asnées, dont 152 de froment, 174 de méteil, 169 de seigle et 52 d'avoine et d'orge.
Ses charges étaient dès-lors considérables : elles se composaient de 1,245 liv. pour fondations de messes, de 480 livres pour portions congrues et renies foncières, de 1,420 liv. de rentes viagères, de 658 liv. au médecin-chirurgien, de 225 liv. pour gages du clerc chargé des enterrements , et enfin de {{,700 liv. pour réparations, frais de gestion et autres. Il ne lui restait, ces charges payées, qu'une somme de 15,529 liv. pour le service des malades. Sa consommation était alors de 215 asnées de grains.
Les événements de la révolution française occasionnèrent de moins grandes pertes a cette maison qu'à celle de l'hôpital (voyez Hôpital). Elle perdit seulement 966 liv. de dîmes, et 64 asnées de grains divers. Il s'y trouvait alors 62 lits et souvent un plus grand nombre de malades , sept gens de service et dix-huit reUgieuses.
Les dames de l'Hôlel-Dieu, malgré l'utilité de leur institution
bienfaisance sont presque tous aujourd'hui tombés dans Toubli , et il est impossible de connaître les noms de la plupart des personnes charitables auxquelles ils sont dus.
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et les services qu'elles ne cessaient de rendre journellement à l'humanité, ne purent échapper aux tracasseries des idées révolutionnaires qui fermentaient dans toutes les têtes en 1789, et même à la proscription générale des ordres religieux. Invitées d'abord à prêter serment h la république , plusieurs d'entre elles eurent le tort de s'y refuser longtemps ; elles finirent cependant par céder. En 1792, on les obligea de quitter leur habit de reHgieuses pour en revêtir un séculier , et trois ans après , sur un nouveau refus de prêter serment à la constitution , elles furent arrêtées comme suspectes et incarcérées. Néanmoins, au bout de quelque temps on leur rendit la liberté, à la condition qu'elles quitteraient le pays. Dans cet intervalle, elles avaient été remplacées par plusieurs dames de la ville qui s'étaient volontairement offertes pour remplir leurs pénibles fonctions.
Le gouvernement, de son côté, s'était emparé des biens de Fîlôtel-Dieu de Laon , en s'obîigeant à payer annuellement à cette maison une somme sutïisante à son entretien. En 1797, i! lui rendit ceux qui n'étaient pas vendus, et en dédommagement de ses autres biens, des terres d'un revenu franc d'impôt de 4,555 fr. , plus, les fermes de Cerny-lès-Bucy et de Neuville, de sorte qu'en 1800 ses revenus étaient remontés à 5i2,766 fr. La dépense s'élevait alors à 54,122 fr. , et on complait dans la maison 25 employés et 84 malades, dont IG militaires.
Cependant, les bâtiments de l'Hôtel-Dieu s'étaient peu à peu agrandis. On y avait d'abord adjoint plusieurs maisons voisines, et les besoins devenant de plus en plus grands, on songea, en 1744, à y ajouter l'emplacement d'une ruelle voisine [iù ruelle Chastaie), avec les maisons qui la bordaient. L'opposition des habitants lit échouer ce projet.
Néanmoins , et malgré ces agrandissements , les bâtiments de l'îlôtei-Dieu devenaient chaque jour plus mal commodes e( insuftisanis. Vin effet, au commencement de ce siècle, ils
ne renfermaient que deux salles contigues pour les malades des deux sexes, et où les affections diverses étaient confondues faute d'espace. Une cour très - resserrée , le manque de jardins, qui obligeait d'accorder aux convalescents la permission d'aller prendre l'air sur la promenade , permission d'où découlaient des abus très-graves , tout faisait de cette maison un lieu malsain et mal commode , non-seulement pour les malades , mais encore pour les dames respectables qui les soignaient et qui n'y trouvaient pas non plus de la place, de l'air et de la lumière. En 1805, on résolut donc de transporter cet établissement dans un local plus convenable. Sur la proposition des liospices , appuyée des autorités, un décret du conseil autorisa, cette année, la translation de l'Hôtel -Dieu dans les bâtiments de l'ancienne abbaye de Saint-Martin , dont le gouvernement fit volontairement l'abandon aux hospices, à la seule charge d'y entretenir toujours 70 à 80 lits pour les militaires malades. Cette maison fut aussitôt appropriée à sa nouvelle destination : des salles vastes et aérées y furent construites en nombre suffisant pour que les maladies n'y restassent pas confondues ; on prit sur les jardins très-étendus les terrains nécessaires pour procurer aux malades de belles promenades; enfin, la cour d'entrée fort espacieuse , fut plantée d'arbres disposés en allées, de manière a offrir le même avantage aux militaires traités dans des salles réservées et entièrement séparées des autres parties de la maison.
Un cours théorique et pratique d'accouchement a été fondé dans cet établissement en 18Ô2. Six élèves sage-femmes y sont entretenues par le département ; les communes et les hospices du dehors peuvent y envoyer des élèves à leurs frais.
On compte aujourd'hui 190 lits dans l'Hôtel-Dieu de Laon. Ses revenus, confondus avec ceux de l'hôpital , dépassent 200,000 fr., dont plus de 100,000 fr. en fermages. La dépense s'y est élevée, en 1845, à plus de 72,000 fr., dont 40,(KM) fr. (>iiviron ont été absorbés par le Irailrnicnl dos malades.