GÉOGRAPHIE. — MÉTÉOROLOGIE
Position géographique de Laon. Forme du plateau de la montagne. Boauléde ses points de vue et des campagnes environnantes; variété du spectacle qu'ils présentent à différentes époques de l'année. — Température ; longévité des habitants. — Caves; leur température. — Eaux vives du plateau; leur
■ origine; étang de Saint-Vincent. Qualité de ces eaux. Différents projets d'approvisionnements d'eau pour la ville.
La ville de Laon est située sous la latitude de 49" 54' 20" et la longitude de 1" 15' du méridien de Paris. La haute colline sur laquelle elle est bâtie , a la forme générale d'un triangle assez régulier, dont l'un des côtés, celui du sud-est, est creusé d'un grand bassin semi- circulaire connu sous le nom de Ciwe Sainl-Vincent. Cette vaste excavation, en rétrécissant le plateau, lui donne des contours fort irréguliers et une forme trèsallongée.
Du haut de ce plateau, la vue plane sur un horizon de près de trente lieues et peut compter plus de cent villes, bourgs ou villages disséminés sur cette vaste étendue de pays. Le touriste qui parcourt les promenades, dont le cordon entoure la ville sur un développement de 5,000 mètres, voit avec admiration
GÉOLOGIE; GEOGRAPHIE, ETC. in
le panorama qu'il a sous les yeux changer à chaque pas et présenter les contrastes les plus tranchés. Ici , des plaines vastes et uniformes, au sol doré comme les moissons qu'elles nourrissent , à l'aspect sévère et grandiose , et dont l'horizon sans bornes est l'image de l'immensité ; là, des paysages moins étendus, mais riants, des vallées fraîches et verdoyantes, où les villages sont pittoresquement suspendus au flanc des collines , ou gracieusement assis sur le bord des ruisseaux. L'un des plus beaux panoramas que l'on puisse voir, est celui dont on jouit du calvaire près de St-Vincent. En face , la ville se déploie en demi - cercle , dominée par la cathédrale dont les hautes tours s'élancent audacieusement vers le ciel ; sur les côtés , la vaste plaine du nord , où l'on découvre , à gauche la ville de Saint- Quentin , à droite les forêts de la Thiérache; sous les pieds, la cuve Saint-Vincent, semblable à un ancien port de mer délaissé par l'océan ; à droite, les ruines de l'abbaye de ce nom, image frappante du néant des grandeurs humaiues , et au-delà la riche et fertile vallée d'Ardon ; à gauche celle de Cessières, si accidentée , si pittoresque ; enfin , en arrière , le magnifique point de vue de Chavignon.
A certaines époques de l'année , comme à l'automne et au premier printemps , ces points de vue prennent un aspect tout particulier, bien digne de la curiosité du touriste. Qu'un brouillard s'élève le matin dans la vallée , aussitôt tout y disparait, bois, maisons, vergers. Elle est comme remplie d'une immense nappe d'eau au-dessus de laquelle perce le sommet de la colline de Laon et celui des collines voisines. Le citadin qui , en s'éveillant aperçoit cette mer improvisée , se demande s'il a, pendant son sommeil et grâce à la hauteur de la montagne qu'il habile, échappé à quelque grand danger; si les laborieuses populations de la plaine ont péri victimes d'un nouveau cataclysme qui aurait tout à coup transformé leur vallée en une mer profonde. Il a besoin, pour se détromper, d'écouter les
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rumeurs vagues et confuses qui se font entendre dans les profondeurs de celte mer factice, et qui annoncent que ces populations vaquent comme d'ordinaire à leurs travaux des champs.
Cependant, à voir la ville avec sa verte cemture de promenades, ses murailles noires et crevassées , vénérables témoins de sa longue existence , ses maisons grises éelairées des vifs rayons d'un soleil levant et du toit desquelles s'échappent d'innombrables filets d'une fumée bleuâtre, signe du réveil de la population entière ; a voir cette vil e dominer seule la plaine humide et transparente, on s'imagine qu'elle est assise sur une île détachée d'un continent dont on croit apercevoir au loin les rivages dans le sommet émergé des collines voisines, et la cuve de Saint-Vincent est elle-même une vaste rade où l'on s'attend à chaque instant à voir entrer quelque vaisseau. Que le vent soufïle avec force et produise dans les bois un roulement lointain, l'illusion est complète : on entend le bruit des vagues, on est tenté de s'avancer pour voir la falaise battue par les flots !
Quelque instants encore et la scène va changer. En effet , le brouillard tombe lentement et cette mer factice semble s'affaisser peu à peu sur elle-même , en trempant de sa vapeur condensée le gazon humide des prairies , signe certain d'une journée chaude et sèche. En même temps la montagne s'allonge, se dégage, se montre tout entière avec ses vignes, ses bosquets, ses jardins ; puis vient le tour de la vallée : on aperçoit d'abord le sommet des arbres , ensuite le faîte des maisons , enfin les hommes et les animaux. Ces objets apparaissent tour à tour, comme par enchantement : il semble que quelque fée cachée , en étendant sa baguette magique , veuille vous faire assister à la scène d'une création nouvelle, et l'on a bientôt sous les yeux tout un canton, tout un monde dont l'existence n'aurait pu être soupçonnéee si on ne l'avait connue à l'avance.
D'autres fois , au contraire , le brouillard s'élève et envahit insensiblement le plateau lui-même. Il semble alors que la mer
qui recouvre la plaine gonfle ses vagues irritées. En effet , la tempête gronde autour de vous, les arbres ploient en craquant sons l'effort des vents; encore un instant et les flots vont rouler jusqu'à vos pieds. Où luir? comment échapper au danger? Mais tout cela n'est encore qu'illusion : cette mer furieuse se dissipe d'elle-même en vapeurs légères ; on en est bientôt entouré ; tout disparaît autour de soi , et l'on se trouve comme transporté sur ces hautes cimes alpestres où des brumes épaisses et des tempêtes violentes viennent subitement assaillir et menacer d'une mort certaine l'imprudent voyageur qui, poussé par une téméraire curiosité, a osé troubler de ses pas importuns ces solitudes éternelles.
Cependant ces vapeurs épaisses continuent à s'élever rapidement ; bientôt elles deviennent plus légères, plus transparentes et tout à coup l'on aperçoit la plaine entière , resplendissante d'un soleil éclatant, l'raîche et riante comme si elle sortait des mains du créateur et qu'elle s'épanouît pour la première fois sous les chauds rayons de l'astre du jour. La ville apparaît à son tour peu à peu : d'abord la base des maisons , puis leur toit ; enfin la cathédrale avec ses hautes tours couronnées de nuages. A voir ainsi leur faîte se perdre dans le ciel , leur taille élevée et majestueuse, leurs masses sombres et noires, leur aspect sévère, ne semble- 1- il pas quatre vieillards vénérables dont le front chauve et plissé se perd dans les nues, et qui, assis sur un trône inébranlable élevé au centre de la cité , assistent impassibles aux révolutions qui la tourmentent , et comme ses génies tutélaires, président depuis des siècles à ses destinées en porlanl ses chants d'amour jusqu'aux pieds de l'éternel.
La scène que nous venons d'esquisser n'est que l'une des mille scènes dont on est journcHement les témoins. En effet, combien elles sont variées en été on en hiver, au printemps ou à l'automne ! Que de fois même elles changent du nuUn jusqu'au soir! Il faudrait un volume pour les décrire, el [)0ur les
peindre, les forces qui nous manquent. C'est la vne de ces grands tableaux qui remplit l'âme des plus puissantes émotions et qui, en faisant oublier un instant les misères de l'humanité et les mesquines passions du monde, associent en quelque sorte l'homme aux vastes pensées du créateur. Comment donc ne point s'étonner que personne ne se soit encore trouvé sur cette montagne pour s'en inspirer , et par des chants harmonieux , arrêter un instant devant eux celte foule de touristes qui va chercher au loin, à travers les fatigues et les dangers de longs voyages , des émotions moins vives et des scènes moins splendides.
Par une suite naturelle de cette position élevée , le fond de l'air est, à Laon , toujours un peu plus vif que dans la plaiue, mais en même temps d'une grande pureté. Aussi a-t-on remarqué qu'à toutes les époques il s'y est trouvé une quantité considérable de vieillards , non de ces vieillards chélits et souffreteux comme on en voit partout, mais des personnes pleines de sève et de vigueur malgré leur grand âge. Un seul exemple suffira pour mettre cette vérité dans tout son jour : en i 826 , sur une population de 7,358 habitants, on comptait à Laon 557 sexagénaires, 5:21 septuagénaires, 02 octogénaires et 5 nonagénaires, c'est-a-dire, le huitième de la population.
La vivacité de l'air sur la m.ontagne de Laon ne constitue pas d'ailleurs , comme quelques personnes le pensent , une tempéfature bien différente de celle de Paris. Des observations météorologiques continuées en cette première ville pendant 50 ans, au commencement du 18™^ siècle , ont donné pour résultat les chiffres suivants :
Sur 565 jours composant l'année, on a trouvé qu'il y avait, terme moyen, 110 jours de pluie , 15 de neige , 60 de gelée, 404 de vent, o de tempête, 55 de brouillard et 56 orages. D'autres observations faites de 1807 à 1824 ont donné des résultats un peu différents. D'après celles-ci, on a trouvé 152
jours de pluie, 14 de neige, 46 de gelée et 15 orages par an.
Le père Cotte a iait à Laon , de 1785 à 178G, des expériences desquelles il résulte que la température moyenne y serait de + 7" 3 Réaumur. Pendant ces trois années, le thermomètre y est descendu à — 1 î" 6, et s'y est élevé à + 2P2. En 1820, il y est encore descendu à — 15° 5, et il s'est élevé en 1818 et 1822 à -^ 29° 5, à + 28° en 1824. Mais en général , il descend souvent à — 9° 5, et rarement au-dessous, comme il s'élève souvent à + 2o° et 26°, et rarement audessus. Les plus fortes chaleurs se font ordinairement sentir en août, les plus grands froids en janvier. Les orages ont surtout lieu en mai et en juillet. L'année 1811 , célèbre par la qualité de son vin, fut aussi remarquable par le grand nombre de ses orages.
Au résumé , tout cela varie considérablement et a varié de même à toutes les époques, comme on aura plusieurs fois l'occasion de le voir dans la suite de cet ouvrage.
A Laon, le vent dominant est celui du sud -ouest ; le plus violent celui du sud. 11 y tombe annuellement, comme à Paris, une quantité de 60 à 65 centimètres d'eau. L'évaporation y est très-forte et s'élève à près de 30 centimètres par an. L'époque où il y tombe le plus d'eau est en août ; celle où il en tombe le moins, en avril.
Le tableau suivant , résultat de trois années d'observations (1783-86), résume toutes les données précédentes : (ces chifiies expriment le terme moyen.)
Thermomètre Reanmar. Hygromètre. Pluio. E\a[Hiration.
p. iig. p. 11g.
Janvier.... + 1" 7 7,5 2,5,9 0,5.9
Février.... + !« 3 10,0 2,2,4 0,5,0
Mars + 1"9 14,6 2,1,10 0.9.6
Avril + 6o7 20,7 0.10,0 1.9.3
Mai + 10" 9 25,6 1, G, 7 2, 7, 1
Thermomètre Réaumur. [lygrornèlre. l'iuic. Eraporltion
p. llff. p. lig.
Juin + l3o 1 21,2 2,9,1 2,2,5
Juillet + 14o2 22,7 2,0,5 2.11,1
Août + 13" 2 20,6 3, 8, 2 2. 1, 4
Septembre.. + 12o 0 17,7 2,3,7 1,8,3
Octobre.... + 7" 5 17.3 1,9,4 1,0,0
Novembre.. + 4° 1 11,8 1, 9, 1 0,11, 7
Décembre.. + 1° 0 9,2 2,0,1 0,11,10
Nous avons dit que le plateau de la colline de Laon est formé de bancs épais de roche calcaire. Celle-ci est partout creusée de vastes caves a plusieurs étages, en sorte que toutes les maisons sont comme suspendues au - dessus de gouffres profonds.
Deux causes paraissent avoir particulièrement contribué au creusement de ces caves, dont l'e.xistence n'est pas sans danger pour la ville : d'abord , la commodité de trouver sur place les matériaux nécessaires a la construction de ces mêmes habitations , et ensuite le besoin de vastes magasins appropriés à la qualité du vin du crû , dont les Laonnois faisaient autrefois d'abondantes récoltes.
Ces caves sont en effet généralement excellentes , et le vii5 s'y conserve parfaitement, parce qu'elles gardent en tontes saisons une chaleur a peu près égale. La température moyenne y est de + 5° 5 Réaumur, et dans les plus grandes chaleurs, elle ne s'y élève pas au-dessus de + 11°, comme le thermomètre n'y descend jamais au-dessous de zéro.
Malgré sa position élevée et isolée, le plateau de la colline de Laon est arrosé par de nombreuses et puissantes sources dont l'origine était autrefois legardée comme un mystère, et dont on considérait la présence comme l'une des curiosités de la ville. Ces eaux vives sourdenl de dessous la roche au niveau des srlaises dont nous avons parlé. Généralement on les croit pro-
(luiles par les pluies dont les eanx , dit -on, s'infdtrent lenemenl à liavers la roche et se rassemblent sur ces glaises pour s'écouler ensuite au-dehors.
Il est facile de combattre celte opinion et d'en montrer lo peu de fondement. En effet, on sait que rinfillralion est à peu près nulle à travers les terrains en couches horizontales, quand elle ne se trouve pas favorisée par des circonstances particulières, comme, par exemple, le bouleversement du sol; en outre, des expériences hygrométriques faites dans ces caves, ont constaté que le degré d'humidité y est presqu'invariable ajirès les pluies les plus prolongées, comme après les plus longues sécheresses. D'ailleurs, si l'on calcule la quantité d'eau qui tombe annuellement sur le plateau de Laon , et qu'on en défalque ce qui se perd par évoporalion et par écoulement, on voit que la somme de ce qui reste pour fournir à l'infiltration est infmiment au-dessous du produit des sources réunies du plateau. Ainsi donc, sans nier qu'il ne se fasse sur beaucoup de points une infiltration quelconque , on est forcé de reconnaître que cette cause est purement accessoire, et que ces eaux vives doivent être dues à une autre cause plus puissante et plus régulière.
Arrivé là, il est vrai, on ne peut plus guère former que des conjectures ; mais néanmoins pour quiconque a étudié la théorie des sources et fon'aines, ces conjectures approcîient beaucoup d'une certitude. On peut donc , sans témérité , attribuer , comme l'a d'ailleurs fait Buffon depuis longSemps , l'origine des sources de Laon h des syphons naturels dont les canaux , traversant les couches inférieures du sol , conciuisent jusqu'ici des eaux qu'ils vont au loin dérober, au cours de rivières ou de fleuves, qui coulent à un niveau pareil ou supérieur à celui du plateau de Laon.
Quoi qu'il en soit , le produit des sources et fontaines de ce plateau , eu égard à l'étendue de sa surface , est réellement
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considérable , puisqu'il s'élève à près de 200,000 litres en 24 heures , selon un travail exécuté en 1832. Il est encore bien supérieur à ce chiffre, si l'on considère qu'on retire journellement par les puits , également nombreux dans la ville , une certaine quantité d'eau , et qu'il s'en perd une autre quantité provenant de sources ignorées , mais dont néanmoins l'existence n'est pas douteuse.
C'est ici le lieu de parler de l'étang de Saint- Vincent qui ^autrefois passait pour une merveille à cause de sa position sur une colline élevée et isolée comme l'est celle de Laon. Il fut creîisé en 4082 par un abbé de cette maison ; sa forme est celle d'un carré long dont les côtés ont 57 et 44 mètres. Avant la révolution , il était toujours rempli de 4 a 5 pieds d'eau ; aujourd'hui il y en a à peine. L'origine de ces eaux était alors un mystère , et a donné lieu à bien des conjectures. Selon les uns, elles étaient dues à des sources puissantes; selon d'autres, c'était le produit des eaux pluviales recueillies sur les toits des vastes bâtiments de l'abbaye ; enfin , Buffon , dont l'erreur est ici évidente , les attribuait à de» syphons. Mais si l'on peut juger de ce qu'était autrefois cet étang par ce qu'il est aujourdhui, on se trouve autorisé à dire que les eaux qui le remplissaient devaient être dues au concours réuni des pluies et de quelques petites sources.
Les eaux vives du plateau de Laon sont généralement dures et ne cuisent pas les légumes, parce qu'elles tienneni plusieurs sels en dissolution. On peut affirmer qu'il n'en a pas toujours été ainsi, et qu'autrefois elles étaient aussi pures et aussi potables que celles des somces placées dans les mêmes conditions et dont Torigine est identique , connue celles qui sourdent à la lisière des collines voisines, notamment à ISouvion-ie- Vineux, Presles, Vorges , Marligny, etc. lin efTel, un écrivain du septième siècle nous apprend que de son temps elles servaient aux besoins jouinaiier des bouîmes el des animaux, el
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aujourd'hui encore celles qui se Irouvent éloignées dès habitations sont infinimenr plus pures et meilleures que les autres.
C'est donc le voisinage des maisons qui a gâté les eaux vives du plateau, et ce fâcheux résultat est dû à l'incurie de l'administration. En laissant partout creuser les fosses d'aisance jusqu'aux glaises, c'est-a-dire jusqu'au niveau même des sources, il en résulte que les eaux ménagères se mêlent aux matières fécales , les lavent sans cesse et entraînent des sels qui , se mélangeant ainsi aux eaux courantes, les gâtent et les rendent impropres à la plupart des usages domestiques.
Néanmoins, jusque dans ces derniers temps, ces sources servirent aux approvisionnements de la ville; c'est seulement vers le milieu du 18™'' siècle que l'on songea à faire monter l'eau de Bousson dans des vases de grès portés à dos d'âne, et cette étrange méthode, si éloignée de satisfaire aux besoins généraux, se pratique encore aujourd'hui malgré son imperfection.
Il y a cependant plus d'un siècle que l'on s'est occupé pour la première fois des moyens de pourvoir abondamment d'eau potable la population tout entière. Dès 1719, un individu offrit à la ville de faire monter l'eau sur le plateau et d'établir des fontaines publiques dans les rues. Son projet consistait ii réunir les eaux des sources de Nouvion- le -Vineux et de Valbon , et a les conduire jusqu'à Laon par des tuyaux en fonte établis dans la vallée. Comme ces eaux n'auraient pu remonîef seules et par l'effet de leur propre poids qu'aux deux tiers de la colline, on eût établi un manège pour les élever ensuite jusque sur le plateau. L'exécution de ce plan demandait à la ville un sacrifice de 575,000 livres.
Cette énorme dépense fit renoncer à un projet aussi coûteux. Il en fut alors présenté un autre qui consistait à faire monter, par le moyen de machines, l'eau de la fontaine de Semilîy (î i
(l) Vers 1780, cette fontaine donnait environ 30,nO0 litres d'( aucn 24 l^urçs.
iisque sur la pointe de Morlot. On aurait construit en cet endroit une tour de 25 pieds de hauteur dans laquelle un réservoir de 4 à oOO rauids (40 à 50,000 litres) eût été établi. Des tuyaux auraient ensuite conduit l'eau jusqu'à la porte du rempart Saint-Jean. Ce projet devait donner lieu à une dépense de 100,000 livres , indépendamment de 8,000 livres par an pour l'entretien de la machine. On proposait d'ailleurs deux moyens pour faire lace à ces dépenses : d'abord , de dessécher les marais pour en louer les terrains , ensuite de demander au roi la permission d'établir , dans l'une des principales villes du royaume, une loterie sur laquelle on aurait perçu 15 pour cent, i.a crainte d'obérer la viiie fil encore renoncer à ce projet.
Cependant quelques années après, en 1729, il fut repris par le prieur de l'abbaye du Yal-Saint-Pierre où existait alors une machine qui faisait monter l'eau du fond de la vallée jusque dans l'intérieur de cette maison , construite sur une colline presque aussi élevée que celle de Laon. Ce religieux offrit d'établir des fontaines publiques dans la ville et d'y faire également monter l'eau de la fontaine de Semilly. A cet effet, une machine mue par des chevaux devait être placée sur la pointe de la colline, et un réservoir en pierres de 40 pieds de long sur 30 de large et G de profondeur, construit à Morlot. Il ne demandait pour tous ces travaux qu'une somme de 25 a 30,000 livres, payable en cinq ans. La ville accueillit favoî-ablement ce projet et vota 10,000 livres ; mais il ne reçut pas d'exécution, probablement parce que le prieur du Val-Sl-Pierre s'aperçut que la somme qu'il demandait resterait bien au-dessous de la dépense.
Le projet d'approvisionner d'eau la ville de Laon s'est reproduit en 1837. Cette fois, on proposait de faire monter celle de la rivière d'Ardon sur le plateau par le moyen d'une machine à vapeur. Des fontaines publiques auraient été établies dans les rues et des concessions faites aux particuliers sur les bases suivantes :
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Une demi- ligne de ibnlainier, donnant 62 litres d'eau en 24 heures, aurait coûté 50 francs d'abonnement annuel; une ligne, donnant 124 litres, oO francs ; une ligne et demie, donnant 186 litres, 70 francs; et deux lignes, donnant 248 litres, 90 francs.
L'exécution de ce projet devait coûter à la ville 200,000 fr., indépendamment d'une somme annuelle de 18,000 fr. pour l'entretien et la marche de la machine.
Tout en reconnaissant la parfaite possibilité de faire monter, sur le plateau de Laon , les eaux de Nouvion et de Valbon , celles de la fontaine de Semilly, ou de la rivièi-e d'Ardon, nous pensons néanmoins que l'exécution de ce projet , d'une part , entraînerait à des dépenses trop considérables eu égard aux ressources de la ville, et de l'autre, qu'il ne remplirait peut-être pas entièrement le but qu'on se propose. En effet, non seulement on serait exposé dans certaines saisons, comme en hiver, à ne pouvoir faire fonctionner les machines , ce qui arrêterait court la distribution de l'eau dans la ville; mais encore en cas de siège l'ennemi ne manquerait pas de détruire ces ouvrages, en sorte que les habitants viendraient à manquer d'eau précisément quand le besoin s'en ferait sentir le plus impérieusement.
Nous pensons qu'il y aurait des moyens beaucoup moins dispendieux d'approvisionner Laon d'eau potable. Ne pourrait-on, par exemple , réunir dans un réservoir commun les eaux de la fontaine des Meuniers , aux Creuttes , à celles des nombreuses sources qui se perdent sous terre le long de cette partie du plateau, notamment à la porte de Paris? On obtiendrait ainsi, par jour, sur ce point, plus de 00,000 litres d'une eau a peu près égale en qualité à celle de Bousson. Il sulïirait ensuite d'organiser un service de porteurs pour conduire cette eau dans la ville , à bon marché , comme cela se pratique à Paris et ailleurs.
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