ANCIENNES ÉC0LE
Anciennement il y avait à Laon denx sortes d'écoles publiques : les grandes et les petites écoles. Les premières étaient
Iréqiientéos p;»r des élèves qui \ vciuiienl des coiiUvcs niènio
les plus éloignées: ces écoliers portaient le nom de grands bacheliers ; les secondes étaient destinées aux seuls enfants des classes pauvres de la ville.
11 n'y avait d'abord à Laon qu'une seule grande école , celle de la cathédrale. Elle se tenait dans des bâtiments situés près de cette église et du palais épiscopal, sur remplacement où fut plus tard construit l'Hôlel-Dieu.
Selon toute apparence , cette école , qui portait particulièrement le nom d'école de Laon , remontait à une très-haute antiquité : saint Vivent , saint Erme , saint Rémi y firent leur éducation. Elle acquit surtout une grande splendeur au commencement du IS'"" siècle, alors que le fameux Anselme et son frère Raoul attiraient des écoliers de l'Italie, de l'Espagne, de l'Allemagne, de l'Angleterre et des contrées du nord les plus reculées.
A côté de l'école de l'église de Laon , s'en élevèrent deux autres qui brillèrent aussi d'un certain éclat, surtout au 42'"^ siècle : celle de l'abbaye de St-Vincent dont on ignore l'époque de fondation, et celle de l'abbaye de Saint-Jean qui fut établie par le premier abbé régulier de cette maison , en 1128.
Dans ces différentes écoles l'instruction était donnée par des ecclésiastiques. Celui qui dirigeait l'école de la cathédrale était chanoine, et portait le nom û''écolâlre. On y enseignait le chant , les belles lettres , la philosophie , l'histoire et particulièrement la théologie.
Cependant, les ecclésiastiques auxquels était confié le soin d'instruire la jeunesse, s'étant peu à peu relâchés de l'accomplissement de leurs devoirs en abandonnant ce soin à des maîtres étrangers, il s'en suivit un affaiblissement graduel dans les études; les écoles de Laon perdirent l'éclat dont elles avaient si longtemps brillé et cessèrent d'attirer des écoliers de tous les pays.
Dès le commencement du 14™'' siècle, un chanoine de la cathédrale voulant remédier a cet état de chose pensa h créer.
'AS LIVHE V.
dans le sein de l'université de Paris qui jouissait alors d'un grand renom, un établissement destiné à l'éducation des pauvres écoliers du diocèse. Il se mit à l'œuvre en 1513, et le collège de Laan à Paris fut fondé.
Mais ce collège ne répondant aux besoins que d'une manière incomplète, deux Laonnois songèrent à leur tour, vers le milieu du IG'"" siècle, à en fonder un dans leur propre ville. Grâce à leurs libéralités, à celles du chapitre et du corps de ville, Laon fut enfin doté d'un établissement utile et durable , et qui n'a pas été sans éclat.
COllÈGE DE LAON A PARIS.
Guy, chanoine delà cathédrale, aumônier du roi et trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris , le fonda comme nous l'avons dit, en 1315. Il y affecta d'abord une somme considérable qui lui restait d'une succession dont il avait été nommé l'exécuteur testamentaire , puis , s'associa un avocat nommé Raoul de Presles, qui donna 100 livres de rente annuelle et des maisons dont il était propriétaire dans la rue Saint-Hilaire , à Paris.
Les deux fondateurs obtinrent, en 1314, des lettres confîrnialives de cet établissement dans lequel ils convinrent de recevoir, non-seulement les étudiants du diocèse de Laon , mais encore ceux du diocèse de Soissons. Ils décidèrent en même temps que ces écoliers vivraient ensemble, et que les revenus leur seraient communs, se réservant d'ailleurs l'administration du collège, leur vie durant.
Pendant dix ans la bonne harmonie régna entre les Laonnois et les Soissonnais ; mais des diflîcultés s'étant alors élevées entre les àeu\ nations , comme on disait en ce temps-là, on fut obligé de les séparer et de créer pour les Soissonnais un second collège sous le titre de collège de Presles.
Après cette séparation , Guy donna au collège de Laon une organisation nouvelle : il y mit un principal , un chapelain et seize boursiers. Va\ même temps, l'évêque de Laon P»aoul
Rousselet vint a son aide en y fondant deux bourses pour deux écoliers en théologie.
En 1559 , Gérard de Montaigu, avocat-général du roi, ayant légué au collège de Laon à Paris sa maison située près de la montagne Sainte-Geneviève, cet établissement y fut aussitôt transféré.
En 15G0, Jean de Coucy y fonda par son testament deux bourses entières pour deux sujets du diocèse de Laon étudiants en médecine , et dont l'un devait être natif de Coucy.
Malgré ces différentes donations , les revenus de ce collège étaient modiques, puisque, en 1575, ils ne se composaient que de 504 liv. 18 sous de rente. Mais ils s'accrurent dès-lors rapidement, et en l'année 1400 ils s'élevèrent à 815 livres parisis (plus de 8,000 fr. d'aujourd'hui).
Cette prospérité du collège de Laon h Paris et les bons résultais qui en furent la suite , excitèrent encore le zèle des personnes qui désiraient doter leur pays d'hommes instruits : de nouvelles fondations de bourses continuèrent a accroître le nombre des anciennes. En 1407, un particulier d'Origny y créa deux bourses pour deux jeunes gens de ce bourg, et Raoul de Harbes y fonda encore quatre bourses à la même époque.
L'augmentation du nombre des élèves mit alors dans la nécessité de donner plus d'étendue à cet établissement. En 1450, on acquit de la nation anglaise le collège de Dace; mais la réunion ne fut consommée qu'en 1508. Il y avait alors vingttrois boursiers , dont dix grands et treize petits.
En 1556, un religieux de l'abbaye de Saint-Quentin y fonda encore deux nouvelles bourses pour deux religieux de sa maison, sous cette condition que , dans le cas où elles ne pourraient être remplies par ses confrères, elles devraient l'être par des écoliers de Poix (en Picardie). Peu de temps après, un chanoine de Laon , natif de Chaourse, y établit une bourse pour un écolier de son lieu natal. Enfin , en 1056, un autre chanoine nommé
3^0 Livr.E V.
Claude de Yendeuil , en fonda encore une pour un enfant de chœur de l'église de Laon.
Ces différentes fondations avaient porté a trente le nombre des boursiers du collège de Laon à Paris ; ses revenus avaient également suivi une marche ascendante, lorsque le roi pensa, en 1GG5, à le réunir au collège de Louis-le-Grand. L'évêque de Laon, administrateur du collège de Laon à Paris, s'empressa de faire opposition a ce projet. 11 représenta que l'ordonnance prescrivant la réunion des collèges dont le peu de revenus y avaient fait cesser les cours publics , celui de Laon ne se trouvait pas dans ce cas, puisque ses revenus s'élevaient a la, 000 liv. et pouvaient être portés à 20,000 par une sage économie ; que son administration ne présentait aucun abus , soit dans le temporel, soit dans le spirituel; enfin, que cette réunion était opposée aux intentions formelles des fondateurs, puisqu'ils avaient voulu affecter leurs bourses aux seuls écoliers du diocèse de Laon. Malgré ces raisons, la réunion du collège de Laon à Paris a celui de Louis-le-Grand fut consommée en 46G4.
Du collège de Laon a Paris sont sortis un grand nombre de sujets distingués, parmi lesquels on remarque : Henri Charpentier, médecin de la duchesse de Bourgogne; Albéric Leriche ; Raoul de Harbes ; Jean Baudail ; Gérard de Yersigny ; ,îean de Marie; Jean Dachery, savant bénédictin; Jean Morel; Pierre Goudemant; Jean Lesoldat, chantre de la S'^'-Chapelle , chanoine de Sens ; Nicolas Ledent , recteur de l'université de Paris ; Jean Dorions , qui exerça la médecine avec une grande réputation h Laon; Jean Delattre, de Guise; Pierre Leroux; Piobert Lauda , de La Fère , chanoine de Saint-Honoré ; Jean Gaillard , médecin et recteur de l'université ; Odon Carlier, de Laon; Gobert Tournemeule, de Crécy; Jean Lecuisinier ; Nicolas Carlier ; Jean Crochin ; Jean Berthould , théologal de Paris et recteur de l'université ; Richard Delasuer, de Laon , aussi recteur; Toussaint Desmonls , docteur en lliéoloqie;
Charles Delacroix , recteur de runiversilé ; Jean Lemoine ; riuillaume Gaillard; Pierre Delamer, recteur et principal du collège de La Marche ; Denis Ilangard , doyen de la cathédrale de Laon , recteur de l'université; Claude Cardon, docteur; Jean Triqueneau ; Nicolas Abraham et Ponce Honoré , habiles médecins; Jacques Lescarbotte, fameux jurisconsulte et avocat ; N. Gérault, de Laon; J. Boquiilart : J. Aubert; N. Dubois, de Crécy; Adrien Bertrand; J. Lemaire, de Vervins, protessenr et recteur de l'université, mort doyen de Soissons; N. Dormay, de Guise; Vuaflard, de Marie, et Dantard, théologaux de Laon ; Pierre Lassant, théologal de Soissons; Hermant, théologal de St-Quentin ; Sarrazin , de Crécy , théologal de Chartres ; Luce de Lancival, poète distingué, etc.