‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 52 sur 90 · COLLÈGE DE LAON · texte numérisé non relu

COLLÈGE DE LAON

Deux frères, Nicolas et Charles Carolet, en furent les fondateurs. Ils résolurent de consacrer leur (ortune à cet acte de patriotisme, et, en 1555 , ils firent bâtir dans la paroisse Si- Georges une maison qu'ils destinèrent à cet établissement. Le chapitre de la cathédrale vint en aide aux frères Carolet, en assurant au nouveau collège une rente annuelle de 80 livres parisis (560 fr. d'aujourd'hui), à la condition d'en nommer le principal et de pourvoir à la desserte de la chapelle.

Cinq ans après, les états du royaume ayant décidé qu'une prébende canoniale des cathédrales serait affectée à l'entretien d'un précepteur chargé d'enseigner la jeunesse , une prébende du chapitre fut amortie en faveur du collège de Laon , sous le nom de prébende préceptoriaîe.

En 1578, la ville obtint des lettres patentes du roi confirmatives de ce collège. On imposa alors 4,000 écus sur les habitants, pour frais de premier établissement, et l'on en transféra le local dans la maison des béguines, derrière l'abbaye de Saint-Martin, lesquels étaient depuis longtemps déserts. La propriéié et le gouvernement en furent en même temps donnés

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aux olïiciers municipaux, lesquels confièrent la direction des études à des régents séculiers qui n'étaient d'aucun ordre ni d'aucune congrégation. Bientôt, plusieurs corps religieux cherchèrent à s'y introduire. Dès 1589 , les jésuites en firent la tentative : les ligueurs , favorablement disposés a leur égard , demandèrent au chapitre l'amortissement de deux nouvelles prébendes en leur faveur; mais les chanoines s'y refusèrent.

Un demi-siècle plus tard, les bénédictins de Saint-Jean se mirent à leur tour sur les rangs. Ils firent, en 1645, avec l'évêque et le corps municipal, un traité par lequel ils se chargeaient du collège , à la condition qu'on leur en abandonnerait les revenus avec la prébende préceptoriale , et qu'il leur serait payé par la ville une rente annuelle de 1,000 liv. Mais il y eut intervention de la part du chapitre, du principal du collège et même de l'université de Paris; et un arrêt du 2 janvier KMG décida ((ue les séculiers resteraient en possession de l'enseignement dans le collège de Laon.

Cinquante ans après, les jésuites firent une nouvelle tentative pour s'y introduire. Ils passèrent un acte avec la ville, et ils obtinrent qu'on leur donnerait un fonds annuel de 5,000 liv. en outre de la prébende préceptoriale ; plus , une autre somme de 5,000 liv. pour élever des bâtiments et s'établir. Mais, sur une nouvelle opposition du chapitre , un arrêt du conseil d'état du 14 janvier 1698, repoussa leurs prétentions.

En 1710, les pères de l'oratoire se présentèrent à leur tour: ils échouèrent comme les bénédictins et les jésuites.

Jusqu'à cette époque, il n'y avait eu au collège de Laon ni classe de philosophie, ni classe de rhétorique; on résolut alors de les y établir. A cet effet , on retira au séminaire la chaire de philosophie que la ville y entretenait, et on la mit au collège; le principal en fut chargé. On y créa en même temps celle de rhétorique, et l'on alloua 100 liv. pour ces deux nonvelles chaires.

Cependant, les jésuites, malgré leur double échec, n'étaient

point découragés. Un nouvel évèque, M. le cardinal de Lafare ayant été nommé au siège de Laon en 1725, ils le mirent dans leurs intérêts, et ce prélat obtint du ministre, en 4729, une lettre de cachet qui donnait à lui seul le gouvernement du collège pendant six années. Peu après, un ordre du roi lui permit de faire venir deux jésuites de la province de Champagne, l'un en quahté de principal et de préfet des classes, l'autre comme professeur de philosophie; enfm, au mois de janvier 1750, un second ordre du roi permit encore à l'évèque de faire venir huit autres jésuites pour administrer le collège sous ses ordres.

Ces changements ne se firent pas sans une vive opposition de la ville, qui était alors devenue hostile aux jésuites; mais elle ne vit pas seulement ses réclamations dédaignées, elle fut encore obligée de porter de 2,800 à 5,500 livres l'allocation qu'elle faisait annuellement pour le collège, sans compter 4,000 liv. pour l'installation des Pères et 200 liv. pour les prix. C'est à cette époque, en effet, que s'introduisit à Laon l'usage de distribuer des prix aux élèves du collège.

En appelant les jésuites, l'évèque Lafare s'était engagé à faciliter leur établissement par un don de 1 ,000 à 1 ,200 liv. ; et comme il se trouvait toujours à court d'argent, il trouva commode de faire remplir ses engagements par le chapitre. Il sollicita donc vivement le roi d'amortir une seconde prébende canoniale pour l'appliquer au collège : mais l'opposition des chanoines ne fut pas moins vive, et l'évèque vit cette fois sa demande repoussée.

Cependant, quand le premier terme de l'administration du collège par M. de Lafare fut sur le point d'expirer, les habitants de Laon firent k la cour de nouvelles et plus fortes instances pour que l'on rétablit les choses sur leur ancien pied. Ils représentèrent que l'introduction h Laon d'inie nouvelle communauté religieuse exempte des impositions communales, augmonlait encore les charges des habitants, comme

elle accroissait les dépenses de la ville ; qu'on avait pu s'assurer que , pendant les six années écoulées , l'enseignement par les jésuites avait été moins bon que précédemment quand il était donné par des séculiers; qu'enlin, l'introduction de ces religieux dans le collège de Laon était contraire à tous les droits de la ville, puisqu'elle était fondateur de cet établissement, et qu'à elle seule en avait toujours appartenu le gouvernement. Le présidial et les autres corps judiciaires, les communautés des avocats, des notaires, des procureurs, des marchands, etc. - adressèrent de leur côté au ministre des protestations non moins vives contre l'usurpation de M. de Lafare et des jésuites; tout lut inutile : ce prélat obtint une nouvelle prorogation de six années.

Malgré cette défaite , les Laonnois firent encore des réclamations en 4711 , et envoyèrent à Paris des députés pour les présenter au ministre. Celui-ci les accueillit avec bienveillance, et leur promit d'envoyer a Laon un commissaire, afin d'examiner l'état des choses. Pendant ce temps, les jésuites faisaient signer à leurs partisans, et même aux élèves du collège, une pétition dans laquelle ils étaient représentés comme agréables à la plupart des habitants. Aussitôt que cette pièce parvint au ministre, la requête du corps de ville fut rejetée, et un ordre de sortir de Paris envoyé aux députés de Laon.

Sur ces entrefaites, M. de Lafare vint à mourir. Son successeur, M. de Fiochechouart , désireux de rétablir le calme dans son diocèse, trop longtemps troublé par son prédécesseur, entama des négociations avec la ville pour retirer le gouvernement du collège aux jésuites, à la condition toutefois de le remettre entre les mains des bénédictins de Saint-Jean. Mais la ville prétendit rentrer dans tous ses droits, et faire administrer cet établissement par des séculiers, comme avant M. de Lafare. L'évêque voyant tout arrangement impossible, sollicita et obtint du ministre, en 1747, une lettre de cachet qui lui donnait le gouvernement du collège pour un temps

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indéfini, en lui permettant d'y conserver les jésuites.

Cependant, sur de nouvelles instances des Laonnois, le parlement intervint enfin dans cette affaire en 17GI, et par arrêts du 7 septembre de cette année et du 17 février 1 7G2 , il ordonna que les jésuites cesseraient tout enseignement à Laon , à dater du 4" avril suivant, et que l'intendance et le gouvernement du collège demeureraient aux habitants, sans que l'évêque ni son clergé pussent en prendre connaissance, sinon pour le fait de la religion et de la doctrine. La ville ressaisit aussitôt le gouvernement du collège, et l'enseignement de la jeunesse dans cet établissement fut rendu h des séculiers, ayant à leur tète un principal.

Le rétablissement des choses sur leur ancien pied ne put durer longtemps : l'entretien du collège devint bientôt onéreux h la ville , et il fallut songer aux moyens de parer aux charges toujours croissantes dont il était la cause. Dans ces conjonctures, le prélat qui venait de succéder h M. de Rochechouart sur le siège de Laon, M. de Sabran, proposa à la ville, comme l'avait déjà fait son prédécesseur, de confier la direction du collège aux bénédictins de Saint-Jean, et comme, d'une part, la nécessité était pressante, que, de l'autre, on n'éprouvait pas pour ces religieux les répugnances qu'avaient inspirées les jésuites, les propositions de M. de Sabran furent acceptées. La translation du collège dans î'abbaye de St-Jean se fît en 1781 , et le prieur de cette maison en fut nommé principal.

Jusqu'alors le collège avait été régi par un règlement que l'évêque, le chapitre et le corps de ville avaient dressé en commun dans l'année 1728. Ce règlement recommandait la religion comme base de toute éducation , soumettait en tout les régents au principal, leur prescrivait de prêcher par l'exemple , leur recommandait l'élude et la méditation , leur enjoignait de se lever a cinq heures en été , à cinq heures et demie en hiver pour présider h la prière et à l'élude, et leur

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défendait le jeu, la boisson et la Créquentation des femmes. Il voulait en outre qu'ils se tinssent dans les cours pendant les récréations, et qu'ils fussent toujours rentrés à huit heures du soir. Il leur recommandait un mélange de douceur et de fermeté dans leurs rapports avec les élèves , l'étude du caractère de ces derniers , et une attentive vigilance sur la pureté de leurs mœurs. Il leur prescrivait encore de proportionner la punition aux fautes, et terminait en recommandant les jeux d'exercice comme particulièrement propres à développer les forces physiques.

La révolution française, en détruisant toutes les maisons religieuses, fit fermer les classes dans le collège de Laon. Après une année d'interruption , on songea enfin a reconstituer cet établissement, en le confiant de nouveau a des mains laïques, et comme il ne lui restait d'autres revenus que la prébende préceptoriale de 1,919 liv. , on proposa d'y ajouter ceux des établissements supprimés, c'est-à-dire, ceux des religieuses de la Congrégation , des sœurs Marquette , des frères des écoles chrétiennes , de la maison de retraite , du séminaire et du collège de Laon à Paris, ce qui aurait porté ses revenus à près de 50,000 liv. Les événements empêchèrent la réalisation de ce projet.

Cependant le choix d'un principal était difficile ; pour sortir d'embarras , on ne vit d'autre moyen que d'ouvrir un concours par suite duquel le chef d'un pensionnat de la ville, M. Derbigny , fut nommé à cette place. On lui adjoignit cinq professeurs et ils entrèrent aussitôt en exercice; mais au bout de quelques années, en 1797, les malheurs du temps et les grands événements dont la France était alors le théâtre , en faisant négliger l'éducation publique, réduisirent tellement le nombre des élèves, qu'on se trouva dans la nécessité de fermer une seconde fois les classes du collège de Laon.

Néanmoins, dans cet intervalle, le gouvernement s'était occupé de rinstrurtioii publique, et en 1792, l'assemblée nationale

avait décrété la création d^instiluts nationaux , un par département. Laon s'était aussitôt mis sur les rangs et avait envoyé auprès du gouvernement deux députés porteurs d'une adresse dans laquelle elle faisait valoir sa position centrale , la fertilité , l'étendue de son terroir, la population de son district (canton), le souvenir de ses deux anciens collèges florissants, la salubrité de l'air dans la ville et le bas prix des subsistances. Elle fit eu outre appuyer sa pétition par les autres communes du département qui, pour la plupart, s'empressèrent de lui donner leur adhésion. La possession de l'institut national lui fut disputée d'une manière très-vive par Saint-Quentin; mais cette dernière ville lit seulement valoir en sa faveur le chiffre de sa population. L'inexécution des décrets de l'assemblée nationale relatifs aux instituts nationaux, rendit ces contestations sans objet.

Deux ans après , la convention décréta à son tour l'établissement d'une école centrale par département , et , pour des raisons qui nous sont inconnues , plaça celle du département de l'Aisne à Soissons. La ville de Laon réclama aussitôt , et parvint à obtenir que cette école serait llxée dans ses propres murs; mais elle négligea ensuite de lui affecter un local, et de voter les fonds nécessaires à son premier établissement; de sorte que le gouvernement , après l'avoir plusieurs fois inutilement pressée , interprétant mal cette fâcheuse insouciance , revint à son premier projet de placer l'école centrale du département de l'Aisne à Soissons, et l'y établit en effet l'année suivante. L'éloignement de cette école fut pour la ville une perte très-sensible.

Laon était donc privée depuis plusieurs années de tout grand établissement d'enseignement public, lorsqu'un arrêté des consuls, en date du Ll frimaire an M (i décembre 1805), prescrivit la réouverture de l'ancien collège de cette ville , sous la conduite d'un directeur et de trois professeurs. Mais la difliculté de loger les écoliers était grande : les bâtiments de l'ancien collège tombaient en ruine et exigeaient avaiit tout

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(les réparations longues et dispendieuses ; on ne voyait dans la ville aucun autre local convenable à cette destination , et on avait trop peu de ressources pour penser à faire les constructions ou les acquisitions nécessaires. Cependant, on jeta les yeux sur diflérents bâtiments, notamment sur ceux du séminaire depuis longtemps abandonnés. En attendant, le collège lut |)lacé dans l'ancien hôlel-de-ville, rue du lîloc, où existait déjà une salle de danses publiques. Mais on ne tarda pas à s'apercevoir des inconvénients de ce làcheux voisinage. Pour s'y soustraire , et dans l'impossibilité de rétablir les bâtiments de l'ancien collège, on jeta les yeux sur ceux des Minimes, dont on fit l'acquisition en 1806.

Le collège y fut aussitôt transféré. Ses commencements répondirent peu aux efforts de la ville et aux dépenses qu'elle s'était imposées: en 1810, on n'y comptait encore que trentedeux élèves. On résolut alors d'y établir un pensionnat dont il avait été privé jusque la, et en 1811 , l'on parvint à déterminer M. Mairet, qui dirigeait une institution de garçons â Laon , h accepter le titre de principal , et à transporter dans le collège son pensionnat composé d'une soixantaine d'élèves, tant internes qu'externes. Cette mesure releva enfin cet établissement de l'état de langueur où il était plongé : dès l'année suivante, on y compta cent deux élèves , dont douze pensionnaires , quatre demi -pensionnaires et quatre-vingt-six externes. Il y avait alors six maîtres pour les humanités, première et deuxième années, grammaire, première et deuxième années, classe élé-^ mentaire et mathématiques.

Sur ces entrefaites, le gouvernement proposa à la ville de transformer son collège en lycée impérial, si elle voulait en faire les frais de premier établissement. La ville effrayée du chiffre de ces dépenses , et éblouie peut-être par la prospérité de son collège alors florissant, s'y refusa sous prétexte du mauvais état de ses finances, et laissa pour la troisième fois échapper l'occasion de fixer dans ses murs un établissement

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dont la possession lui eût assuré par la suite de grands avantages.

Depuis 1808, elle faisait au lycée de Reims les frais de deux, trois quarts de bourse s'élevant h 975 fr., et elle les fait encore.

La prospérité du collège de Laon continua de s'accroître les années suivantes, de sorte qu'en 1815 on y comptait 136 élèves, dont 48 pensionnaires, 2 demi -pensionnaires et 80 externes.

Pendant le long séjour des armées ennemies k Laon , durant même les combats des 9 et 10 mars 1814, les cours ne furent point interrompus dans cet établissement. Néanmoins , il devait aussi se ressentir des circonstances : en 1810, le nombre des élèves s'y trouva réduit k 80, savoir : 32 pensionnaires et 48 externes. L'année suivante, ce nombre descendit encore plus bas et l'on n'y compta plus que 57 élèves dont 25 pensionnaires. Après quelques années de décadence très-sensible , il s'est enfin relevé peu k peu, et en 1822, le nombre des élèves était remonté à 107, dont 47 pensionnaires : il est maintenant (1845) de 129 élèves, dont 65 pensionnaires.

La chaire de philosophie créée dans le collège de Laon en 1851 , y a complété les cours, de sorte que cet établissement se trouve aujourd'hui constitué sur les plus larges bases. Son personnel se compose d'un principal et de onze régents pour les classes de philosophie, mathématiques spéciales et élémentaires, rhétorique, seconde, troisième, quatrième, cinquième, sixième, classe élémentaire et langue anglaise.

On voit par d'anciens comptes qu'en 1617 les gages du principal du collège étaient de 283 liv. 6 sous par an (680 fr. d'aujourd'hui), et ceux des régents, de chacun 150 livres (360 fr.) Dans le cours du 17'"" siècle, les gages de ces derniers furent portés successivement, d'abord à 200 liv., puis à 300, à 400 liv. en 1715; enfin, à 700 liv. en 1761. En 1812, le traitement du principal fut élevé à 1,500 francs; celui du ))rcmier professeur, a 900, et celui des autres régents, à 80f) fr. Quatre ans ajyrès, on fixa le traitement du principal à 2,00(^ fr.

et celui des professeurs de troisième, quatrième, cinquième et mathématiques , h 1 ,200 fr.

L'ancienne école de Laon et ses deux collèges ont compté plusieurs hommes d'un grand mérite parmi leurs proi'esseurs.

Anselme, écolâtre et doyen de l'église de Laon, donnait au IS""" siècle, dans l'école de celte ville , des leçons dont l'éclat était tel qu'elles attiraient de toute part des écoliers et des auditeurs. Sa réputation de science était si grande qu'on l'avait surnommé le docteur des docteurs , et que les papes eurent souvent recours h ses lumières.

Raoul son frère et Gautier de Mortagne, qui devint plus tard évêque de Laon , enseignèrent après lui dans la même école et aussi avec beaucoup de distinction.

Le collège de Laon a eu également plusieurs professeurs distingués. Du Meslier, principal et professeur en théologie, y enseigna, au 18'"" siècle, la langue grecque pendant quarante ans avec la plus grande réputation. Il a laissé une grammaire grecque et une latine.

Pluche , aussi principal , n'y a pas professé avec moins de distinction. Il a écrit plusieurs ouvrages parmi lesquels on remarque surtout son Spectacle de la Nature.

Jean Aubert, principal du collège de Laon à Paris, au IT'"" siècle, était un homme habile dans la connaissance des langues hébraïque , grecque et latine. Il fut nommé recteur de l'université de Paris, en lG2i.

Ce collège avait déjà fourni un recteur à cette même université, dans la personne de Jean Bertoult, en 15i2o.

Beaulieu y jirofessa pendant plusieurs années. Il le ([uilta ensuite pour celui de Bourgogne. C'était un orateur distingué.

INSTRUCTION l'UIMAIBE.

Il est certain qu'au i;2"" siècle, indépendamment des grandes écoles de la cathédrale, de Saint-Jean et de Saint-Vincent, il y avait encore à Laon des écoles i)aroissiales tenues par les curés.

et OÙ étaient reçus les enfants des deux sexes appartenant aux classes pauvres de la ville.

L'inspection des ëcoles paroissiales de la cité appartenait au chapitre de la cathédrale , et celle des écoles du quartier du Bourg aux chanoines de St-Jean. Ceux-ci tenaient même dans l'intérieur de leur maison une école établie sur de plus larges bases que les simples écoles paroissiales, et où plusieurs d'entre eux enseignaient la jeunesse ; leurs élèves portaient le nom de pelits bacheliers.

Au commencement du io"*® siècle, plus attentifs h. tirer un profit de leurs soins qu'à veiller à l'éducation des enfants, les chanoines de Saint-Jean soulevèrent de vives plaintes sur leurs exactions et le peu de fruit que les enfants retiraient de leurs leçons. L'affaire fut portée au bailliage en 1427, et un arrêt du grand bailli décida qu'il serait libre désormais a tout particulier de tenir des écoles dans l'étendue du Bourg, sans demander Vattaclie des chanoines de Saint-Jean, excepté dans les paroisses où ils avaient droit de patronage , avec défense à ces religieux de rien exiger pour la visite des écoles. Cet arrêt décida en outre que le salaire des maîtres serait fixé , et non plus arbitraire. Les chanoines de Saint -Jean se trouvèrent si humiliés de cette sentence que, dès ce moment, ils renoncèrent à la carrière de l'enseignement.

Nous ignorons si les laïcs s'empressèrent de profiter de l'autorisation d'ouvrir des écoles qui leur était accordée. On peut en douter, car l'ignorance était grande encore dans les séculiers, et l'on ne trouve aucune trace d'école laïque à Laon avant le iT"" siècle. L'éducation de la jeunessse demeura donc dans les seules mains des ecclésiastiques, et une institution qui s'éleva dans le courant de ce même siècle contribua encore h l'y maintenir

Ecoles des Frères. — Depuis longtemps, on avait scnli la nécessité de séparer, dans les écoles, les garçons d'avec les lilles, pour lesquelles des classes étaient ouvertes depuis 1022,

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lorsque l'éducation des garçons appartenant aux familles pauvres de la ville passa h. son tour des mains des curés dans celles d'une congrégation religieuse spécialement créée pour cet objet.

Ce changement se fit dans dans la seconde moitié du 4 7""* siècle. Un chanoine de Reims nommé de la Salle fonda dans cette ville, en 1G79, la première maison des frères des écoles chrétiennes. Quatre ans après, Jean d'Estrées, évêque de Laon , introduisit ces religieux dans cette dernière ville. Un curé leur acheta une maison, et la ville leur alloua une somme annuelle de 500 liv. Ils eurent de plus le droit de faire la quête du vin à Laon et à la campagne.

Les frères n'étaient d'abord que deux; mais les services qu'ils rendirent engagèrent bientôt à doubler leur nombre. Ils ouvrirent alors deux écoles gratuites, l'une près de l'église Saint-Pierre-le-Yiel , l'autre près de l'abbaye de Saint-Jean.

En 1791 , les frères des écoles chrétiennes furent arrêtés et emprisonnés. Après quelques semaines de captivité, on leur rendit la liberté et ils furent reconduits chez eux avec une espèce de triomphe par le peuple. Ils rouvrirent aussitôt leurs écoles. Mais quelque temps après , leur refus de prêter serment au nouvel ordre de choses, leur aliéna l'opinion publique. Ils furent alors chassés de leur maison et se dispersèrent.

Le calme s'étant enfin rétabli , les frères reparurent en 1 802 et demandèrent à la ville l'autorisation de rouvrir leurs classes, à la condition qu'il leur serait payé une pension annuelle. La ville accepta, et dès l'année suivante elle leur alloua h cet effet une somme de 1 ,(>00 francs.

En 1812, les frères des écoles chrétiennes se trouvaient h Laon au nombre de six. Ils tenaient alors quatre classes qui étaient fréquentées par 200 enfants. Maintenant ces écoles sont réunies dans le même local , et elles sont suivies par 210 enfants. Ces religieux , encore au nombre de six , ont aussi ouvert une école d'adultes, en 18io.

Ecoles laïques. — Comme nous l'avons vu précédemment.

l'enseignement primaire fut longtemps concentré à Laon dans les mains du clergé ; la première école laïque dont il soil question en cette ville ne fut établie qu'en 1680. Un particulier la tenait gratuitement pour les enfants pauvres, et la ville lui accordait un secours annuel de 150 livres.

Le premier pensionnat de garçons apparaît plus tard encore; il fut établi en 1755, avec l'aide de la ville, qui donna à cet effet une somme de iOO liv.

Ce pensionnat était depuis longtemps tombé, lorsque M. Mairet obtint, en 1789, d'en ouvrir un dans la ville de Laon. Bientôt après, il s'en éleva un second, et quelques années plus tard, un troisième. Aujourd'hui il n'en existe plus qu'un seul.

La révolution favorisa également l'ouverture de plusieurs écoles pour les garçons et pour les filles, en remplacement de celles tenues par les sœurs Marquette et les sœurs de la Congrégation qui s'étaient dispersées. C'est à cette époque encore qu'on fit a Laon la première tentative de l'établissement d'une école gratuite de dessin. Cette tentative, renouvelée en 1818, eut enfin du succès. Cette utile institution répand dans la classe ouvrière la connaissance du beau et les principes du bon goût. L'école gratuite de dessin est aujourd'hui fréquentée par 50 élèves.

La méthode d'enseignement mutuel qui prit en France de si grands développements de 1815 à 1818, reçut une première application a Laon, en 1810. Une école établie d'après cette méthode fut ouverte à Montreuil : les garçons et les filles y étaient reçus successivement, et 70 enfants y prirent part dès la première année ; l'année suivante , il y en eut près d'un cent. La lecture, l'écriture, le calcul et le catéchisme étaient les connaissances auxquelles on les exerçait.

M. de Nicolay, préfet du département de l'Aisne, voyant les bons résultats obtenus par cette méthode, donna tous ses soins à la création à Laon même d'une seconde école de ce

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genre. Des classes y furent ouvertes pour 120 élèves, et dès la fin de l'année, plus de 80 les fréquentaient.

L'enseignement mutuel, après avoir prospéré jusqu'en 1824, s'affaiblit ensuite graduellement, et cessa tout-k-fait d'être pratiqué à Laon en 1827. Ce résultat fut dû à plusieurs causes, particulièrement au départ de M. de Nicolay et aux mauvaises dispositions du gouvernement de la restauration à l'égard de ces sortes d'écoles.

Ecole normale primaire. — Le conseil général, dans sa session extraordinaire de 1851, arrêta l'établissement d'une école normale primaire pour former des élèves-maîtres destinés à remplir les places d'instituteurs dans les communes du département. Ce projet ne fut néanmoins réalisé que deux ans après. Le conseil décida alors que cet établissement renfermerait 50 élèves , et il vota les fonds pour six bourses pleines et six demi -bourses. Les élèves devaient être désignés par le préfet, sur la présentation des comités d'instruction et des conseils municipaux.

Peu de temps après , le conseil général , en présence des bons résultats obtenus par cette nouvelle institution , porta à 50 le nombre des élèves qui pourraient y être reçus , et les bourses départementales à 25, dont 10 bourses pleines et 2G demi-bourses; le gouvernement y ajouta 4 demi-bourses.

Tous les élèves-maîtres jugés capables de continuer le cours normal après un an d'épreuves, obtiennent la jouissance d'une demi-bourse au moins. La commission d'instruction primaire juge des épreuves qui doivent précéder l'admission à l'école, et la commission de surveillance statue aujourd'hui sur l'application des bourses et demi-bourses.

On reçoit des pensionnaires dans cet établissement : le prix de la pension est de 550 francs.

Les matières de l'enseignement sont : la lecture , l'écriture ^ la grammaire, l'arithmétique, le dessin linéaire, les éléments de géométrie et do mécanique, des notions de chimie, de

physique et d'histoire naturelle, des éléments d'histoire et de géographie, la musique vocale et le plain-chant, etc. Depuis quelques années, on y a ajouté des leçons pratiques de jardinage.

L'école normale primaire de Laon est régie par un directeur et trois maîtres adjoints.

Pendant les vacances, un cours gratuit y est ouvert aux instituteurs en exercice qui veulent se fortifier dans les connaissances de leur profession.

Au bout de cinq ans d'existence , l'école normale primaire avait donné au déparlement 92 instituteurs, dont 45 du degré supérieur. En 4 845, 240 élèves étaient sortis de cet établissement depuis sa fondation : plus de 200 d'entr'eux occupaient des places d'instituteurs dans le département.

Après s'être occupé des moyens de former des instituteurs primaires capables, le conseil général ne pouvait oublier ceux nécessaires pour obtenir des institutrices communales. A cet effet, et comme essai, il a voté en 4844 cinq bourses en faveur d'autant de fdles qui se voueraient h l'enseignement, et a confié le soin de leur instruction aux sœurs de la Providence, dont il sera parlé plus loin. Ces cinq bourses , auxquelles le gouvernement en a ajouté une sixième, sont chacune de 550 francs. A l'expiration de leur temps , les boursières devront exercer dans une commune rurale pendant l'espace de dix années, faute de quoi elles seront tenues de rembourser le prix de leur pension au département.

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