‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 7 sur 90 · ORIGINE DE LAON · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LAON

Oppides gaulois, leur destination. Laon était celui connu sous le nom de Bibrax; preuves à Tappui. — Anciens noms latins et français de Laon, leur étymologie. Véritable nom primilif de Laon , sa sigiiiticatiou ; épithète qui y était jointe , son étymologie.

A toutes les époques, les peuples lurent exposés aux guerres étrangères ou en proie aux discordes civiles et à tous les maux qu'elles traînent à leur suite. Dans l'enfance des sociétés surtout, quand il n'y avait d'autre droit que la l'orée brutale, quand le IVein de la civilisation ne contenait pas encore la férocité des passions humaines, c'était tous les jours des guerres nouvelles de peuple à peuple , de tribus à tribus , d'individus à individus même.

Cet éiat permanent d'hostilité fit sentir de bonne heure aux populations le besoin de posséder des espèces de camps retranchés , des forteresses où elles pussent se retirer à la moindre alerte et mellre à l'abri du danger les femmes, les enfants, les vieillards et les troupeaux. On choisissait une montagne escarpée , un espace vague entouré de marais impraticables , l'Ile d'une rivière , une clairière située au centre d'une vaste forêt ; on entourait ce lieu d'une muraille formée de couches alternatives et épaisses de pierres et de bois entrelacés ; on creusait a l'entour un fossé large et profond, et à l'approche du danger on se réfugiait en foule dans ces asiles fortifiés par la nature et par l'art. A la vue de l'ennemi, tous les hommes valides garnissaient les remparts, les femmes même concouraient a la défense commune, car on savait ce qu'on avait a redouter, en cas de defail<^, de la férocité de son ennemi. Bientôt la faim, les maladies forçaient ce dernier a s'éloigner ; et les ]>o|Ui!ations, rendues a la liberté par son départ , se bâtaient do quitter leur

asile pour reprendre leur genre de vie ordinaire. Les uns se répandaient !e long des rivières ; les autres s'arrélaienl à la lisière des bois ou s'enfonçaient dans leur profondeur, et chacun cherchait h pourvoir, par la chasse et la pêche , aux besoins journaliers de la vie.

Le tableau que nous venons d'esquisser rapidement représente d'une manière fidèle l'état du pays a l'époque où il était occupé par les Gaulois, c'est-à-dire, dans les temps les plus reculés dont l'histoire nous a conservé le souvenir : et cette antiquité est bien proche de nous, car elle ne remonte pas à vingt siècles !

Il est bien certain, en effet, que ces peuples avaient des forteresses de ce genre auxquelles ils donnaient le nom (Voppides. Chaque peuplade, selon son importance, en possédait une ou plusieurs, et elle passait pour d'autant plus puissante qu'elle en avait un plus grand nombre. Les Soissouuais, du temps de César, en comptaient douze.

La ville de Laon doit sa naissance à un oppide gaulois, dépendant de la province de Reims (1). Cette forteresse occupait

(1) Nous aurons occasion de voir maintes fois, dans le cours de cet ouvrage, que durant les invasions sans (in qui signalèrent, dons nos contrées, la chute de l'empire romain, Laon continua de servir de refuge, non seulement aux populations, mais encore à beaucoup de grands personnages qui, confiants en la force de son assiette, vinrent souvent s'y mettre en sûreté. Toutes les communautés religieuses des environs y avaient aussi des maisons de refuge où elles se reliraient en temps de guerre. Les religieux du Val-Sl-Pierre y possédaient une maison de ce genre; ceux de St-Nicolas-anx-Bois en achetèrent une en 1377, à l'entrée de la rue des Casernes, laquelle se fait remarquer par sa façade flanquée de deux tourelles; les moines de Cuissy possédaient, dans la rue des Bourbons, la maison connue sous \v nom du pclil Cutssy ; vit\\\ de St-Vincent se retiraient dans une maison de la rue St-Martin, dite encore le pelil Sl-Vincenl; les religieuses du -Sauvoir, en 1384, en acheièrent une sur la plaine 'la dernière sur le rempart) que Von nonuiiaii \i' petit Sauvoir. Dès 1264, les religieux de Sl-.lean-de-Jéru.salem, iixés à [îon.'ourt , en avaient acheté une dans la rue qui porte le nom de leur w;tlrc, et .

t« LIVIŒ 1".

seulement la poinie orientale de la montagne et s'étendait depuis le Bourg jusqu'à la citadelle.

Il nous parait incontestable que cet oppide est celui dont César, dans ses commentaires, nous entretient sous le nom de Bibrax. Ne pouvant entrer ici dans la discussion nécessaire pour établir cette opinion , nous renvoyons le lecteur au mémoire dans lequel nous avons traité cette question avec tous les détails qu'elle comporte (i).

Nous nous contenterons seulement de reproduire quelques passages de ce mémoire, pour montrer que cette opinion était traditionnelle dans tout le cours du moyen -âge, et qu'on la trouve exprimée à toutes les époques dans un grand nombre de documents écrits.

Ce sont d'abord les actes de sainte Benoite , qui vivait au 4°'" siècle : on y lit que cette sainte vint à Laon , ville qui , autrefois , portait le nom de liibrax (2).

Sainte l^reuve vivait à la même époque et habitait Laon. La relation de son martyre dit qu'elle eut la tête tranchée dans le vallon de Bibrax (5). Ce vallon , qui portait encore le même nom au 12'"" siècle, comme nous le verrons tout-à-l'heure, prit plus lard celui de fond des Chenizelles et s'appelle actuellement la cuve Saint-Vincent.

La légende de saint Gobain qui vivait au l""^ siècle confirme également i'idenlilé de Laon et de Bibrax : « Ce saint , j) dit-elle, alla à Laon, montagne qui, dans l'ancien langage, » était appelée Bibrax » (4).

Au 9"'^ siècle, Hincmar, archevêque de Reims, dans les démêlés qu'il eut avec son neveu Hincmar, évêque de Laon,

(1) Voyez : Nouvelles recherches sur Bibrax et Noviodunum,àa.\\s les mémoires delà société arcliéologiquedudépai'lemeiit de TAisiie, année 1845.

(2) Laudunum quocllanliquinr œlas Dihrax ajipellari maluil. {',i) /» valle nibruris.

(4) Àd montem l.audunum qui anliquo scnnonc Bibrax nuncupabalur.

r.KOLOGlE; GÉOGRAPHIE, ETC. 29

rapporte par plusieurs fois l'origine et la fondation de cette cité. « Tu devrais savoir , dit -il à son neveu , ce que presque >) personne n'ignore dans ces contrées , que la ville municipe » de Laon , dont tu as été ordonné évéque , fut fondée par » le préleur Marcobre, ainsi que le rapporte l'histoire (J). » Nous allons voir d'autres documents qui nous diront que ce Marcobre , Macrobe ou Matrocle , était un prêteur romain qui fonda la ville de Laon sur l'emplacement de Bibrax.

L'histoire nous a conservé une pièce de vers composée à la louange de Laon et écrite à ce qu'on croit au 9'"" siècle, par un poète dont le nom est resté inconnu. On y rappelle non seulement la fondation de celte ville par Macrobe, mais encore son ancien nom de Bibrax et le siège qu'elle soutint du temps de César : « C'est le préteur Macrobe qui a construit tes murailles, » ô Bibrax ! ce nom t'a été donné à cause de la forme de la » montagne étendue comme deux bras ; plus tard on l'a » nommé Laudunum pour exprimer que tu es une montagne j> glorieuse. César, en racontant la guerre des Gaules, rap- » pelle en quelle circonstance lu as vaincu par ses armes : » c'était lorsque toute la Gaule conjurée vint , à l'improviste , » assiéger tes murs de toute part : les troupes de ce général » accoururent à ton secours et mirent en fuite ceux qui le » pressaient » (2).

{i)Sciredcbueras quod in islis regiornbus nemo penê ignorât, quiamunicipium Lauduniin quo es ordinatus episcopus , à Marcobrio prœlore , ul produnl hisloriœ, condilum fuit.

(2) Macrobius prœlor , Bibrax! tua mcenia jccit.

Brachia sunt quia bina libi res nomina fecit. Quod te Laudunum dici voluére sequentcs , Hoc quoque res habuit quia mons laudabilis esses. Cœsaris ille liber qui narrât gallica bella Cœsaris ipsixis memoral quia viceris arma, liâcigilur causa conjurans Gallia Iota, Improvisa tuos circumdedit undiquè muras ; Sed libi sic clausœ succurrunt Cœsaris alœ ^ El danl lerga fugœ quœ le cinxere catervœ, etc.

A la même époque, Dudon, doyen de Saint-Quenlin , qui a écrit riîistoire des Normands, établissait en ces termes l'identité de Laon et de Bihrax. « Guillaume, dit -il, quittant le roi et i) son armée se dirigea aussitôt vers Laon -le -Cloué , qiion » nomme aussi Bibrax^ précédé de l'assemblée des évêqucs de » France » (1).

Au siècle suivant, un historien estimé, Frodoard (2), rapporte les paroles d'Hincmar de Reims, textuellement et sans commentaire, comme rappelant une tradition adoptée par tout le monde.

Guibert de Nogent , écrivain distingué du IS""^ siècle, à l'exemple des actes de sainte Preuve, appelle vallée de Bibrax ce que l'on nomme aujourd'hui la Cuve-St-Vincent (3).

Au 15"'' siècle , on inscrivait sur la tombe de Baudouin , abbé de St-Yincent : « Il était la lumière de Bibrax » (i).

On chantait autrefois dans l'église de cette abbaye une hymne en l'honneur de St-Vincent dont elle possédait quelques os. Dans l'un des versets de cette hymne , on fait allusion a la position de l'abbaye et l'on rappelle , en jouant sur les mois , qu'elle est placée sur l'un des deux bras de Bibrax : « Que » l'église qui est le second siège se réjouisse ! Vincent , l'or- » nement du Laonnois , a laissé son bras droit à Vincent » (à l'abbaye) qui est le bras de Bibrax»(o).

(1) Vuillelmns verô, rege exercilnque suo laudunensi in pago rclicto , Laudanum clavalum . qui et Bibrax dicilur, pelivil ciiù, antcsedenle episcnpnriiw franciscœ gcntis clioro (Vila Vuillelmi ducis, lib. V-

(2) Eccli'siœ rcmensis chronicon.

(3) De vildsud, lib. III. cap. 9.

(4) Slore pius, spéculum pacîs, iumcnque Bibracis.

(5) GaudealeecU'sia Sedcs secundaria !

Decus laudunicum ,

y incens suO Vinccnlio , Cujus Bibrax brachio, Dexlrum munit brachium.

GÉOLOGIE; GÉOGRAPHIE, ETG. Z\

Enfin , selon d'anciens écrivains dignes de confiance , cette même abbaye et l'évêché possédaient de vieux manuscrits qui, en attestant que Laon a autrefois porté le nom de Bibrax, attribuaient aussi comme le fait Hincmar la fondation de celte ville à un nommé Macrobe : « Macrobe, prêteur romain , con- » struisit la ville de Laon sur une montagne élevée qui antérieu- » rement portait le nom de Bibrax » (l).

Si toutes ces citations ne constituent point une preuve sans réplique de l'identité de Laon avec Bibrax, au moins sont-elles, on en conviendra , une forte présomption en faveur de celle identité. Au surplus, Bibrax n'est pas lui-même le nom primitif de Laon, c'est-à-dire son nom celtique ou gaulois, car ce dernier mot est évidemment d'origine gauloise. Dans le mémoire précité , nous avons cherché à démontrer que ce nom prnuitif a été changé par César en celui de Bibrax, pour deux raisons; d'abord à cause de la difficulté qu'il dut éprouver de prononcer et d'écrire un mot barbare pour lui ; ensuite, par l'impossibilité d'y attacher une signification. Il l'a donc remplacé par un synonyme latin, qui offrait ce double avantage de mieux sonner aux oreilles romaines et de leur présenter un sens précis. C'est ainsi, du reste, qu'il a généralement fait dans ses commentaires, où il a presque partout remplacé les mots gaulois par des mots latins correspondants.

Quoi qu'il en soit, le véritable nom de Laon a lui-même beaucoup varié dans son orthographe durant le moyen -âge, tant par suite de sa latinisation que par l'ignorance des écrivains

(1) Voici le texte du manuscrit de St-Vincent : Macrobius, prœlorromanus , cedi/icavil civitatem laudunensem super monlem excelsum valdè, qui anleà vocabalur Bibrax.

Le texte du manuscrit de l'evcché diffère peu de celui-ci ; mais il cherche de plus à donner l'explication du mot Laudunum. Le voici : Macrobius, prœlor rnmanus , œdificavil civilalem laudunensem super monlem e.rrelsum, novrine Dibraci, el vocavil eam Laudunum, à nomine laus el dunuiri , sgnificanle quasi laus montium.

et des copistes. Voici la liste de ces diiïéreiits noms que l'on

trouve dans les monuments de cette époque , en commençant

par les plus anciens :

Noms latins : Laiulanum cloatum (o" siècle) ; Laudanum et

Lugdamim cloatam , Leiulunam, cppidam Laudani (6^ siècle);

Laudinum , Laudiniiim , Laudanum et Lugdanum clavatum

{ 7^ siècle ) ; Leudnni et Lugdani civilas ; caslrum Lauduni ,

Laadunimons; municipium Lauduni; caslrum monlis Lauduni;

Laudunica urbs ; Laodunum; arx Lauduni; Leucdunum; urbs

Laudina ou Laudinia , etc.

Noms français : Lonn , Loom , Loun , Mont - Loom , Léon ,

Lonz, et Laon-le-Cloaé (1).

L'étymologie du nom de Laon a beaucoup exercé les savants. Les uns le font dériver du grec et prétendent qu'il vient de îunz (lynx), Lundun, monlagne du lynx, parce que de dessus son plateau isolé, la vue s'élend de toute part au loin dans la campagne ; ou de laos dunaios , peuple fort ou puissant ; ou simplement de laos , peuple, et dun, montagne , c'est-à-dire montagne du peuple ou montagne |)opuleuse ; ou bien enfin de laas, pierre, Ladun, montagne de pierre, a cause des roches qui la couronnent.

Parmi ceux qui font venir ce nom du latin , les uns prétendent qu'il est composé de deux mots , laus , l'honneur , la gloire, et dunum^ montagne, c'est-à-dire l'honneur, la gloire des montagnes, parce que la ville de Laon a été quelque temps la capitale de la monarchie française; les autres, adoptant l'orthographe de Lugdunum , regardent la première syllable de ce mot comme l'abréviation de lucidus : Lucdunum, montagne éclairée, à cause de son isolement dans la plaine; d'autres

(1) Du mot Laon , on a formé celui de. Lannnois, pour désigner les habitants de celte ville. Anciennement oa disait Lonisiens , Lnvisicns, et au 14' siècle , Loonisiens et Laonisicns.

CÉOLOGIK; GEOGUAÎMnF., ETC. 33

enfin pensent que la ville de Laon a pu être fondée par des gens venus de Lyon , lesquels auront donné a leur nouvelle patrie le nom de leur ville natale, [.ugdurium. Or, selon Pklîarque et Clitiplion , ce mot signifie montagne du corbeau , parce que Munatius Plancus, fondateur de la ville de Lyon, vit une volée de corbeaux se reposer sur la montagne qui la domine, au moment où il consultait les aruspices à son sujet.

Quant à ceux qui cherchent la racine du mot de Laon dans la langue celtique , les uns , adoptant également l'orthographe de Lugdunum, lui donnent, comme l'opinion précédente, la signification de montagne du corbeau en cette langue, parce que, selon eux, ces oiseaux s'y réfugiaient autrefois en grand nombre ; d'autres , comme Bullet , prétendent que ce nom dérive des deux mots ce!»iques lech ou loc , roche , et dan , montagne , montagne rocheuse, parce que le sommet en est couvert de roches épaisses.

De toutes ces étmologies, une seule nous paraîtrait pouvoir être adoptée , comme ayant quelque rapport avec la destination de l'oppide qui a donné naissance à la ville de Laon ; c'est celle de laos et dunum , montagne populeuse ; mais elle présente l'accouplement d'un mot celtique et d'un mot grec , ce qui doit , ce nous semble , la faire rejeter. Quant aux autres étymoîogies, n'ayant point à les discuter ici, nous ferons remarquer seulement : que plusieurs d'entre elles présentent ce même accouplement ; que d'autres s'appuient sur Liigdanum , mot évidemment corrompu de Laudunum^ qui est plus ancien et plus usité que lui; enfin , que toutes discutent le nom plus ou moins exactement latinisé de Laon , au lieu du véritable nom de cette ville, de son nom primitif qu'il faut avant tout rechercher.

Nous nous sommes livré à ces recherches , et tout a paru nous démontrer que le premier nom de Laon , son nom celtique ou gaulois, devait être Loomdnn. Ce mot semble être composé

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des trois mots celtiques : loo , ïao ou law , marque du pluriel signifiant double ou deux; om voulant dire bras ou mains, et dan, synonyme de montagne. Par conséquent, le mot Loomdun aurait trait ;i la configuration de la colline sur laquelle est construite la ville de Laon, puisqu'il signifie montagne à deux bras. Le plus souvent sans doute on abrégeait le mot Loomdun en celui de Loom , deux bras ou double bras, ce que César a rendu par le mot Bibrax, qui présente la même signification en latin; car il dérive évidemment de bis, deux, et brachium, bras.

Au nom latin de Laon , Laudanum ou Lugdunum , les écrivains du moyen âge joignent presque toujours l'épithète de clavatam , d'où l'on disait en français Laon-le-Cloué. Ce dernier mot n'a pas moins exercé la sagacité des érudits que le nom de Laon lui-même. Les uns en voient l'origine dans la massue (cJava) dont les anciens habitants de cette ville se servaient peut-être a la guerre ; ou dans le mot clavis , clef, parce que Laon a été quelque temps la capitale, la clef de l'état; d'autres veulent que cette épithète lui ait été donnée d'un clou [clavas) à plusieurs pointes, que l'on jetait aux abords des places fortes pour en rendre l'accès plus dilficile; ou de ce que Macrobe , fondateur de Laon, portait, comme marque de sa dignité, une robe parsemée de clous d'or; ou enfin, parce que les Romains auraient lié les pierres des murailles dont ils entourèrent cette ville, par des coins de fer et du plomb fondu.

Il en est qui prétendent que Laudanum clavalum est dit par corruption de Lugdunum clavatum , signifiant, selon eux, lion attaché; et a l'appui de leur opinion, ils rapportent l'anecdote suivante : un jour, les premiers habitants de Laon auraient trouvé sur leur montagne un lion dont ils parvinrent à se rendre maîtres, et qu'ils attachèrent à un grand chêne, d'où le nom de la ville, Lugdunum clavatum, lion attaché.

Selon d'autres , cette épithète viendrait de ce que l'ancien

GÉOLOGIE; GÉOGUAPIIIE, ETC. 55

oppide (le Laon étant placé sur le sommet de la montagne , paraissait de loin fiché comme un clou; ou de ce que cette montagne est creusée au centre et évidée en l'orme de G , ou bien enfin de ce qu'on révérait autrefois dans l'abbaye de St- Vincent l'an des clous avec lesquels Jésus^Chrisl, disait-on, avait été attaché h la croix.

Nous ne nous arrêterons point à réfuter ces différentes opinions, pas plus que nous ne nous sommes arrêtés à discuter celles relatives à l'étymologie du nom de Laon : nous ferons seulement remarquer, à l'égard de la dernière qui compte quelques partisans, que le clou en question fut apporté à Laon par un abbé de Saint-Vincent, qui fît le voyage de la terre sainte en 1071 , six cents ans par conséquent après l'époque à laquelle nous voyons apparaître le mot clavalum pour la première fois.

Qu'il nous soit permis de joindre nos conjectures à toutes ces conjectures. D'abord nous constaterons que la véritable épithète de Laon n'est pas clavalum, mais le mot cloatum; c'est du moins celui qu'on trouve dans les plus anciens monuments, comme, par exemple, sur cette pièce de Clovis frappée à Laon vers l'année 484 {voyez monnaies de Laon). Mais qu'est-ce que cloatum? ce mot est inconnu dans la basse comme dans la haute latinité. Néanmoins on pourrait, ce nous semble, lui trouver quelque parenté avec cloacum, dont il n'est peut-être, après tout, que la corruption. Si cela était vrai, cloatum, ou mieux cloacum, serait ici pris au figuré et" signifierait, non un cloaque, un égoût, mais un réceptacle de gens de toute sorte, et il exprimerait la destination de l'oppide primitif dans lequel , en temps de guerre , se réfugiaient pêlemêle les populations environnantes. Laudanum cloatum voudrait donc dire, mot à mot, Laon le refuge (1).

(1) On prétend que Verdun portait aus.'ïi l'épithète de clavatum. Or, il parait que cette ville , comme celle de Laon , était dans Porigine un oppide traulois.

36 LIVIU' !."

CHAPlTIiE IV.

l'^TAT ANCIEN ET MODERNE.

Transformation de l'oppide en ville; sa première enceinte. Les quartiers : la Cité, le Bourg, la Ville et la Villette de Saint - Vincent.— Les rues, leurs noms historiques.— Les places. — Les portes.— Voies de communication : anciennes routes, routes actuelles ; anciennes rampes.— Les promenades, leur création. — Les cimetières. Ancien cimetière de Saint-Vmcent. Droit de cette abbaye

, d'avoir seule un cimetière. Contestations avec Saint-Martin. Etablissement d'autres cimetières; leur suppression. Etablissement de celui de Sainl-Just.

Lorsque Laon était un simple oppide gaulois, c'est-à-dire une forteresse dans laquelle les habitants des pays d'alentour se réfugiaient dans les temps de guerre , son enceinte ne comprenait que l'extrémité du plateau de^la montagne qui s'étend de la porte des Chenizelles et de la rue du Bourg jusqu'à la fontaine du pont Saint-Georges.

Cet espace , entièrement fermé de murs , formait alors un vaste camp retranché ordinairement désert , parce que les Gaulois préiéraient de vivre au milieu des bois et sur le bord des rivières, afin de s'y livrer à la pèche et à la chasse dont les produits formaient la base de leur nourriture. On n'y voyait donc que quelques rares et misérables huttes, constniites selon la méthode du temps, c'est-à-dire basses, de forme ronde, dont les murs étaient de torchis, et le toit, de paille ou de roseaux.

Après l'invasion et l'occupation de la Gaule par les Ro.mains, ceux-ci placèrent une garnison permanente dans cet oppide si facile à défendre à cause de la force naturelle de son assiette. Peu à peu cette garnison attira les indigènes qui s'établirent auprès d'elle et se fixèrent insensiblement dans cet oppide, auparavant inhabité.

Au milieu du 4'"'' siècle, il y avait donc déjà une certaine population agglomérée dans ce lieu , lorstju'un préteur des troupes romaines nommé Macrobe, Marcobre ou Malrocle, en garnison

GÉOLUGli:; CEOGHAPlllE, ETC. Ô7

dans cet oppide, jaloiix de se distinguer [)ar une fondation (jui éternisât son nom, résolut de jeter les fondements d'une ville. On prétend qu'à cet effet il jeta d'abord les yeux sur le plateau au-dessus du village actuel de Saint-Thomas, où César avait construit un camp retranché lors de son entrée dans la Gaule- Belgique ; on ajoute même qu'il y lit tracer des rues ; mais il renonça ensuite à cet emplacement et tourna ses vues sur l'oppide de Bihrax , si heureusement placé au milieu d'une plaine vaste et fertile. Par ses soins, des rues furent tracées, des habitations plus commodes, plus grandes et plus solides que les huttes gauloises s'élevèrent, et la ville de Laon prit naissance.

Cependant à la fin du 5™" siècle', cette ville n'avait encore pris que peu de développement. Mais à cette époque St-Remi qui y avait vu le jour, en ayant fait le siège d'un nouvel évêché, ce grand établissement religieux donna un nouvel essor h la prospérité de Laon (1). La fondation de l'abbaye de Saint- Vincent au 6"'*" siècle , celle de Notre-Dame au 7"'% et plus encore le séjour qu'y firent nos rois aux 9'"" et U)"'" siècles, y attirèrent une population toujours croissante, et en firent enfin une cité de quelqu'importance pour l'époque.

ÎVéanmoins , la ville ne s'étendait pas alors au dehors de rancienne enceinte de l'oppide gaulois, et s'arrêtait au Bourg. II parait à peu près certain que le reste du plateau ne commença à se couvrir de maisons, qu'à partir du 9""^ siècle. Enfin au milieu du 14"'% les habitations construites sur la montagne avaient atteint leur plus grand développement , et la ville se trouvait partagée en trois grands quartiers qui étaient : îa Cité, le Bourg , la Ville et la Villelte de Saint-Vincenl.

LES QUAUTIEUS.

La Cité était la ville primitive, c'est-à-dire celle qui avait

(1} On prëU'iul aui>si (|iic Clovis ri'para celte ville et Tapraiidit.

été construite dans l'enceinte de l'oppide gaulois. Elle se divisait en quatre quartiers distincts, savoir : la Cité proprement dite, le quartier Sainte -Geneviève, le quartier Saint-Georges et le Cloître.

La Cité , proprement dite , comprenait tous les groupes de maisons placées enlre la rue du Bourg et celles de la Herse et du Cloître; le quartier Sainte -Geneviève était formé de cette partie de la ville située entre la rue Sainte - Geneviève et les remparts, au midi; le quartier Saint -Georges se composait de l'emplacement actuel de la citadelle et de l'esplanade; enfin, le Cloître comprenait la rue du Cloître, la ruelle Rouge et la ruelle à la Vaute.

La Cité et le quartier Sainte-Geneviève sont encore a peu près ce qu'ils étaient au 14""^ siècle ; le quartier Saint-Georges n'existe plus : il a été abattu en îo9o , lors de la construction de la citadelle. Il se composait d'une grande place dite la place Chevresson et de plusieurs rues. On y voyait aussi trois églises. C'est la qu'était encore le jeu de paume.

Le Cloître paraît avoir été établi après les événements dont Laon fut le théâtre en 1112. Les chanoines de la cathédrale craignant le retour de semblables désordres, voulurent sans doute pourvoir à leur sûreté en isolant du reste de la ville le quartier qu'ils habitaient. Ce quartier était , en effet , une espèce de citadelle au milieu de la ville : des portes placées aux deux extrémités de la rue actuelle du Cloître , et au bout des ruelles Rouge et a la Vaute , en interdisaient l'accès au j)ul)lic selon la volonté des chanoines. Jusqu'à la guerre des Anglais , au 14""" siècle, ces portes furent régulièrement fermées tous les soirs ; mais alors , la nécessité de défendre la ville et de faire des rondes et des patrouilles, obligea de les tenir ouvertes. Après la paix de Brétigny , le chapitre voulut de nouveau les faire fermer , mais les bourgeois s'y opposèrent. Le différent fut porté devant le roi, (pii décida que les chanoines pourraient

GÉOLOGli:, GEOGRAPHIE, ETC. 39

faire fermer les portes du Cloître hors des temps de L-uerre , sous la réserve de les ouvrir en cas d'incendie, afin que les habitants y pussent venir chercher de l'eau.

Longtemps, d'ailleurs, les chanoines de la cathédrale eurent seuls le droit d'habiter ce quartier : on se relâcha plus tard de cette rigueur. Au H)""" siècle , on permit d'abord aux hommes non mariés de s'y loger; puis, un demi-siècle après, ce fut le tour des hommes mariés avec leurs femmes et leurs enfants.

Le quartier de la Cité était de toute ancienneté défendu par des murailles avec des tours de distance en distance, et un fossé large et profond qui occupait l'emplacement des promenades actuelles. Comme nous l'avons dit , cette enceinte , avant le 42"'*' siècle, s'arrêtait au Bourg, où un mur construit en travers du plateau isolait la Cité du reste de la montagne.

Le Bourg s'étendait depuis ce mur jusqu'à l'église et l'abbaye de St-Martin. Cette partie de la ville, formée peu à peu et vraisemblablement du 9'"" au 12"'" siècle, fut selon toute apparence encore entourée de murs vers ce temps. Tous les historiens de Laon disent que son enceinte ne fut construite qu'à la lin du 14™e siècle avec les sommes léguées à la ville par Cuillaume d'Iïarcigny. L'erreur est facile à démontrer. Par un acte de 1214, un individu donne à l'abbaye de Saint -Martin une maison sise sur les murs de Saint- Jean; un autre acte de 4289, renferme encore une donation à la même abbaye, d'une maison sise dessus les murs de Saint- Just. Enlin , dans la réparation accordée par le roi au chapitre de Laon , en 1295 , il est dit que trois habitants de la ville prendront, à la porte Saint-Martin , trois figures de cire pour les porter à la cathédrale. Or, la présence d'une porte de ville indique nécessairement l'existence d'une enceinte de murailles. Ces trois pièces, et la remarque que les Anglais, en 4559, ne pénétrèrent point dans cette partie de la ville, suffiraient seules, à la rigueur, pouidémontrer qu'elle était dès-lors entourée de murailles. Mais

nous avons encore une autre pièce qui prouve , ùe ia manière la plus certaine , que ia construction de ces murs est antérieure à la mort de Guillaume d'Harcigny : c'est l'acte de donation, à Saint-Yincent , d'une maison sise dans la me Saint-Martin , et dont les religieux de cette abbaye firent leur maison de refuge. Cet acte est de 1582, par conséquent de îî ans antérieur à la mort d'Harcigny : le donataire Oudard de Grécourt donne à Saint-Vincent sa maison, tenant d'un côté à la rue St-Martin, ■et par derrière aux murs qui font la forteresse de la ville. De tout ceci on doit conclure que le Bourg était entouré de murs dès le commencement du 15'"'' siècle ; nous sommes portés à croire qu'ils avaient été construits à la fin du IS'"" avec les deniers comnnmaux.

Le Bourg se terminait, du coté du Cbamp-Saînt-Martin , à l'angle du jardin actuel de l'Hôtel-Dieu, près du puits de l'Ancien-Collège. Vu mur transversal partait de cet angle et allait joindre le renuiart. Ce mur était percé d'une porte défendue par deux tours dont on voit encore les fondations. Au midi, ce ({uartier s'arrêtait au bas de la rue actuelle de l'Ancien-Collège, où un autre mur transversai aussi percé d'une porte le fermait également. L'enceinte de l'abbaye de St-Martin complétait à l'ouest la clôture de la ville. Les babitants de Laon regardaient celte maison comme une forteresse, et les religieux étaient tenus d'en entretenir toujours les murs en bon étal. Aussi, voyonsnous en 1540 le roi ordonner aux moines de Saint -Marlin de fortifier et de créneler les murs et l'église de leur abbaye, afin de pourvoir , de ce côté , à la sûreté de la ville.

En 1150, des particuliers ayant voulu construire des habitations près de l'église Saint-Martin , là où est aujourd'hui une rangée de maisons donnant sur le rempart , les moines de' Saint-Martin s'adressèrent au roi pour les en empêcher : ils obtinrent uno défense d'élever des maisons en ce lieu, pour ne jtas les Ir.iubîor dans leurs exercices à l'église. Plus (ard, néan-

GÈOLOGIi:; GÉOGIîAPHIE, ETC. il

moins, ils consentirent à ces constructions, et la porte de la ville placée au bas de la rue de l'Ancien-CoUège , fut supprimée. C'est sans doute alors que fut construite la porte qui s'élève près de la tour penchée.

Le bourg comprenait encore les Chenizelles, quartier trèsanciennement habité aussi. Les habitations des Chenizelles furent plusieurs fois détruites. D'abord, en loo9, par les Anglais ; il s'y trouvait alors une église qui fut démolie ; ensuite par les ligueurs . en 1593, de crainte qu'elles ne facilitassent une surprise de la part des troupes royalistes. On y voyait à cette époque plusieurs jolies maisons , dont l'une , à cause de l'agrément de sa situation et de la beauté de ses jardins, était appelée Vhermita^e.

Le quartier de la viile de Saint- Vincent , s'étendait depuis l'abbaye de St-Martin jus(ju'à cette place du plateau de Saint- Vincent où est le calvaire. Outre que les écrivains ne sont pas d'accord sur le nom de cette partie de la ville qu'ils nomment tantôt la Ville , tantôt la Villelte de St-Vincenl^ les uns disent encore qu'elle n'était point autrefois entourée de murs, mais seulement défendue par un château-fort dont la vieille porte de St-Martin serait un reste , ce qui permit aux Anglais de la saccager en 1359; les autres, au contraire, prétendent qu'elle était fermée de murailles, qu'une dame de la ville nommée Eve avait fait élever de ses deniers, on ne sait du reste à quelle époque. Les fondations de deux vieilles tours que l'on remarque encore près du calvaire, pourraient appuyer cette dernière opinion, et le nom de dame Eve est resté à la tour penchée, placée près de l'ancienne porte Saint-Martin.

Au 16""-" siècle, ce quartier, réduit de plus de moitié par suite des ravages des Anglais, fut de nouveau fermé de murs. En 1545, on construisit les remparts qui s'étendent de la tour Saint-Remi a la porte Saint-Martin.

Depuis un siècle cl demi, le Chani[)-Saint-MartiM «'tait

fermé de murailles ; elles avaient été construites, avec le legs de Guillaume d'Harcigny , en moins de quatre ans , ainsi que le constate un acte de 1399, par lequel un particulier donne à l'abbaye de Saint-Martin une vigne sise au Champ-St-Martin, près de la porte de sire Soibert, des murs et de la cliaussée.

Le quartier de la Villette de Saint -Vincent s'étendait sur le plateau en avant de l'abbaye de ce nom. Il n'élait guère habité que par les serviteurs et domestiques de cette maison. Il renfermait plusieurs églises qui furent détruites en même temps que ce quartier, en ioo9, par les Anglais.

C'est encore de ce quartier que dépendaient les Creutles {cnjplœ , grottes) , habitations souterraines creusées dans l'épaisseur du banc de roche qui couronne le plateau de la colline de Laon. Ces demeures sont peut-être plus anciennes que le quartier dont elles faisaient partie; cependant il n'en est question pour la première ibis qu'au 44""' siècle.

Le quartier Saint-Georges renfermait plusieurs rues : la rue Pointelle, la rue Perdue et quelques autres dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous. Il reste encore la rue St-Pierreau-Marché et celle de la Plaine , (pii autrefois se nommait rue Saint-Georges ; elle était alors complétée par une seconde rangée de maisons parallèle a celle qui fait aujourd'hui face à la Plaine. Enlin, on y trouvait la ruelle du Séminaire qui a été réunie à cet établissement dans ces dernières années.

Le quartier Sainte-Geneviève se composait de cinq rues et d'autant de ruelles ; les rues étaient celles de Porte-d'Ardon ou de Royer, de Sainte-Geneviève, des Bouchers, des Bourbons et du Bouloy; les ruelles, celles de Sainte - Benoîte , Sainte-Geneviève, des Minimes et deux autres sans nom. La rue et la ruelle Sainte-Geneviève tiraient le leur de l'église de

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ce nom qui s'élevait dans ce quartier. La rue Sainte-Geneviève porta aussi quelque temps, aux 12™* et 15""' siècles, le nom de rue du Temple , parce que les templiers y avaient construit une maison peu après leur introduction en France. La rue du Bouloy prenait son nom d'un jeu de boule qui existait autrefois à son extrémité sur le rempart. La rue des Bouchers se nommait primitivement rue du Tronc; elle changea de nom au 14""* ou au 15™" siècle, parce que, par suite de l'usage où l'on était alors de réunir les professions semblables dans le même quartier, tous les bouchers de la ville y étaient établis.

Le quartier du Cloître ne renfermait qu'une rue et trois ruelles : la rue du Cloître , une ruelle qui communiquait directement de cette rue dans l'intérieur de l'évêché, la ruelle à la Vaute et la ruelle Rouge. Cette dernière parait tirer son nom du meurtre de l'évêque Gaudry, qui y fut assassiné au commencement du 12""^ siècle, comme nous le dirons ailleurs.

Le quartier de la Cité était percé de dix rues et de sept ruelles ; c'étaient : la rue du Bloc à laquelle dans ces derniers temps l'on a donné le nom du maréchal Sérurier qui est né dans l'une des maisons dont elle est formée; la rue Wéchef (Vieux-Chef) qui en est la continuation et dont le nom vient sans doute de ce qu'elle conduisait directement au palais épiscopal autrefois habité par le plus ancien pouvoir, le principal chef rehgieux et féodal de la ville; la rue Châtelaine, qui tire son nom de l'ancien châtelain de Laon , dont l'habitation construite au 15"'" siècle et llanquée de tourelles se voit encore à l'entrée de cette rue; la rue du Soleil-Tobie, aujourd'hui de la Préfecture; la rue des Revendeurs autrefois des Cordeliers, parce que ces religieux y avaient leur maison ; la rue St-Jean-de- Jérusalem , parce que les chevaliers de Malte y possédaient une maison de refuge ; la rue de la Herse dont le nom historique changé dans ces derniers temps, on ne sait trop pourquoi , en celui de rue du Marché, rappelle la position de l'ancien palais royal

qui s'élevait autrefois sur remplacement où lut plus tard construite la maison des cordeliers. Il paraît que cette rue aboutissait a la principale entrée de ce palais, laquelle était défendue, selon la méthode du temps, par une herse en fer; d'où son nom, rue de la Herse; la rue du Parvis parce qu'elle aboutit au parvis de la cathédrale ; enfin la rue du Change. Celle-ci prit ce nom à la lin du 14'"" siècle par suite de l'introduction à Laon d'Italiens que l'on nommait Lombards^ et qui s'établirent dans celte rue pour se livrer aux opérations de la banque ; ce commerce portait alors le nom de change.

Les ruelles étaient : celle de Saint-Michel maintenant supprimée , elle conduisait de la rue Wéclief au rempart ; celle de Chastaie, aujourd'hui ruelle Latille ; celles des Nélliers et des Harengs qui communiquent de la rue Châtelaine à la rue des Revendeurs, le nom de cette dernière vient de ce qu'elle était autrefois habitée par les marchands de poisson ; la ruelle des Cordeliers ainsi nommée de ce qu'elle longeait la maison de ces religieux; la ruelle Pinson, et enfin celle dite les Cinqîiuelles à cause de sa forme en zig-zag.

On comptait seize rues et trois ruelles dans le quartier du Bourg. Les rues étaient celles David, du Chat, de Saint-Jean, de Saint-Cyret du Cimetière-Saint-Cyr, du Cloître et du rempart Saint-Jean, de la Fosse-Saint-Julien, de Saint-Julien, de l'Hôpital, de la Congrégation, des Echos, des Frères, de r Ancien-Collège , de Saint-Martin, du Champ-Saint-Martin et de Saint-Etienne. Les ruelles étaient : celle de Dalaye qui conduit au rempart de ce nom, et deux autres qui mènent de la rue des Casernes et de celle de Saint-Martin sur les remparts. Une quatrième ruelle, dite ruelle des Juifs et conduisant aussi au rempart, existait autrefois dans la rue Saint-Julien; elle fut vendue en l(39iaux religieuses de la congrégation, «jui la supprimèrent pour agranslir leur maison.

Les rues Saint-Jean, Saint-Cvr. Saint-Julien et Saint-

Etienne tirent leurs noms de la proximité des anciennes églises placées sous l'invocation de ces saints ; celui de Fosse-Saint- Julien vient du caveau de saint Génébaud qui était placé à son extrémité; dans l'origine on l'appelait rue Tirlouetle. Le nom de rue du Cloitre-Saint-Jean rappelle l'existence du chapitre de Saint-Jean-au-Bourg autrefois placé près de ce lieu; antérieurement on nommait cette rue, me des Pressoirs.

Au siècle dernier, la rue des Casernes actuelle formait deux rues : la rue St-Julien , qui commençait à la place de ce nom et finissait à celle de la Congrégation; plus loin c'était la rue de l'Hôpital. Dans l'origine cette dernière se nommait me des Juifs ^ parce que, à l'exemple des autres villes, les Juifs de Laon étaient relégués dans ce quartier. A la fin du IT™* siècle, lorsque l'hôpital fut construit dans le lieu où il existe encore, on changea cet ancien nom de rué des Juifs en celui de rue de l'Hôpital , lequel fut à son tour remplacé cent ans après {)ar le nom de rue des Casernes.

La rue de l'Ancien -Collège tire son nom de cet établissesement qui y était autrefois fixé. La rue des Frères se nommait originairement me Neuve:, elle prit celui de me des Frères quand ces religieux vinrent s'y établir dans la seconde moitié du 17'"^ siècle. La rue des Échos, qu'on nommait aussi autrefois rue Marion, paraît tirer son nom de ce que ce quartier s'étant couvert très tard d'habitations, la disposition des lieux facilitait la répercussion des sons, et formait des échos, comme il en existe encore un fort beau sur le Champ-Saint-Martin; de là , son nom de rue des Échos. Enfin la rue Saint-Martin se nommait au 15'"^ siècle rue Neuve-Saint-Martin, ou simplement rue Neuve, ce qui indique qu'à cette époque sa construction ne remontait pas bien haut.

Indépendamment de ces rues, le quartier du Bourg en avait encore, aux 112'' et lô" siècles, plusieurs autres aujourd'hui détruites, sans doute par suite de l'établissement des remparts.

M LIVRI'] 1.°'

Elles étaient placées aux environs de St-Jiist, et se nommaient rue des Ecossais , rue Tillonnée et rue du Sac.

La rue des Ecossais [viens Scotorum)^ portait au 11^ siècle le nom de rue des Bretons [viens lirilonum). Ce nom lui venait de ce qu'une troupe de soldats mercenaires, qui formait comme la garnison de la ville de Laon , et que l'on nommait les Bretons, était alors logée en ce quartier. Plus tard, ces soldats ayant été appelés les Ecossais , cette rue changea son premier nom en celui de rue des Ecossais.

Nous ignorons la signification du mot Tillonnée ; mais le nom de la rue du Sac rappelait certainement le souvenir de quelque combat qui se sera livré en ce quartier dans le moyen aire. Cette dernière était située a l'extrémité de celle actuelle de la Fosse-Saint-Julien.

Du temps de la révolution , on changea le nom de toutes les rues qui portaient celui d'un saint : la rue Saint-Jean fut nommée rue de la Fralerniié; la rue Saiul-Martin , rue de la Jiénnion; la rue Saint-JuHen, rue de l'Unité; les rues Saint- Just et Saint-Cyr, rue de la Loi; enfin la rue Saint-Etienne, rue Marat.

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