LES PLACES
Par une conséquence naturelle de la disposition de son plateau étroit et allongé , la ville de Laon n'a jamais eu qu'un petit nombre de places , d'ailleurs peu remarquables par leur étendue.
La principale était autrefois la place Chevresson. Elle occupait une partie de l'emplacement où s'élève aujourd'hui la citadelle, dont la construction l'a fait disparaître. C'est sur elle que se tenaient anciennement les marchés, et le centre en était occupé par une vaste halle à plusieurs étages, garnie de boutiques et servant de magasins pour le commerce. Sur le côté nord de cette place s'élevait le beffroi de la ville , espèce
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de large tour carrée surmontée d'une flèche aiguë , et où l'on renfermait les prisonniers.
La place du Parvis servait très-anciennement de marché au poisson. Au 15'' siècle, les chanoines pensèrent à éloigner ce voisinage qui les incommodait. A cet effet , ils entrèrent en arrangement avec l'évêque , et en obtinrent que la vente du poisson se fit dorénavant sur la petite place de St-Remi-Porte : c'est celle que l'on nomme aujourd'hui place du Marché-aux- Herbes. Jusqu'à la révolution, il y eut sur la place du Parvis, et à quelque distance en avant du grand portail de la cathédrale, une rangée de bornes en pierre, reliées par des chaînes. Ces bornes indiquaient de ce côté la limite de la juridiction des chanoines sur les abords de leur église.
La petite place du marché aux herbes actuelle est aussi très-ancienne. Elle servait, connne nous venons de le dire, à la vente du poisson depuis le l'ù^ siècle, lorsque, dans les dernières années du 10% on y transporta encore le marché aux légumes, par suite de la suppression de la place Chevresson où se tenait auparavant ce marché , et qui fut , à cette époque , renfermée dans la citadelle.
A l'entrée de la rue Sérurier se trouvait une petite place carrée que l'on nommait primitivement place du Bloc , et en dernier lieu la Placelle. Elle a été réunie, en 1853, à la place actuelle de l'Hôtel-de-Ville.
Jusque dans ces dernières années, la place du Bourg a été la plus considérable de la ville. Située d'un côté au débouché des rues David et Saint-Jean , qui conduisent aux deux principales portes de Laon; de l'autre à l'entrée de la Cité, dont elle était séparée par la porte Mortée ; mettant enfin en communication les deux grands quartiers de la ville , elle se trouvait naturellement la place la plus fréquentée et la plus vivante , quoiqu'elle fût en réalité moins une place qu'une rue médiocrement longue , mais plus large que les autres.
Malgré cette fréquentation, ou peut-être à cause d'elle, la place du Bourg (1) servit aux exécutions capitales jusqu'au milieu du 18"' siècle. Non seulement il s'y trouvait un gibet toujours dressé, mais on y rouait, on y brûlait même les criminels condamnés au feu, non sans faire courir les plus grands risques au quartier et même à la ville entière. Ainsi, en l7oo, un homme ayant été condamné à être brûlé vif pour avoir empoisonné sa femme, subit son supplice sur la place du Bourg. On eut les plus grandes peines à garantir du feu les maisons voisines, dont les façades étaient en bois pour la plupart , et l'on ne préserva les toits qu'en les couvrant de peaux fraîches sur lesquelles on versait continuellement de l'eau. Le danger que la ville courut dans cette circonstance , obligea de changer le lieu des exécutions; elles se firent dès-lors à la pointe de l'Eperon, au haut de la rampe de Vaux.
Enfin la place Saint-Julien , qui mérite h peine le nom de place, était formée par la réunion des trois rues de St-Martin , Saint-Julien et Saint-Jean. Son nom fut changé, dans la révolution, en celui de place des Sans-Culottes.
LES POUTES.
La Cité était anciennement percée de six portes.
Porte Royer. — Elle est probablement la plus ancienne de la ville ; c'est à elle qu'aboutissaient autrefois le chemin de ileims et celui de Paris, et c'est à cause de ce dernier qu'on lui donnait aussi le nom de porte de M eaux.
(1) Nous donnons parmi nos vignettes une vue, faite vers 1780, de la place du Bourg , si remarquable par son caractère géne'ral et les monuments féodaux ou religieux qui la décoraient alors : à gauche, la grosse tour de Louisd'Outre-Mcr avec son couronnement détruit en 1793; en dessous, la chapelle de la Trinité ; au centre , la porte Mortée , son beffroi et son horloge que l'o' avait surnommée mal va; à droite, l'église Saint-Michel et son clocher en bois; dans le fond, les tours de la cathédrale , dont trois étaient encore suimontéts de flèches à cite époque.
GÉOLOGIE; GEOGRAPHIE, ETC. id
La plupart des historiens ont dit que les mots de porte Rover étaient une corruption de porte royale, parce qu'anciennement les rois venant de Paris faisaient toujours leur entrée dans la ville de ce côté. Dans les anciennes chartes, on trouve cette porte nommée tantôt porta regaJis , tantôt poria rigata. Mais quand on considère qu'elle est placée auprès des fontaines les plus abondantes de la ville , qui paraissent avoir également donné le nom de la promenade voisine (la Couloir), et que par elle s'écoule de toute antiquité une partie des eaux pluviales de la Cité, on est porté à croire que son nom dérive de l'épithète rigata et non du mot regalis.
Porte Chevvesson. — Cette porte était placée a l'endroit où est aujourd'hui la poterne de la citadelle, au-dessus de la fontaine du pont Saint-Georges. C'était l'une des plus anciennes de la ville : elle formait la communication la plus directe entre la Cité et le faubourg de Vaux. Détruite en 1,j9o, lors de la construction de la citadelle, elle a été remplacée par la poterne actuelle de ce nom.
Porte Germaine. — Elle se nommait anciennement porte VEvêque . h cause de son voisinage du palais épiscopal. Après qu'Adalberon , évêque de Laon , eut livré cette ville à Hugues Capet , à la fin du lO""' siècle , elle prit le nom de Germaine , parce que c'est par elle que furent introduites les troupes de ce prince , la plupart composées de Germains , c'est-a-dire d'Allemands.
Porte Mortée. — C'était également l'une des plus anciennes de la ville ; elle était placée sur le Bourg , près de la grosse tour , dans le mur qui fermait la Cité de ce côté.
Il paraît que son véritable et plus ancien nom était porte Mariée, c'esl-a-dire porte de Mars {porta 3fartis). Une vieille tradition, recueillie par d'anciens écrivains , nous assure qu'elle tirait ce nom du voisinage d'un temple élevé par les premiers Laonnois en l'honneur du dieu Mars (voyez église St-Michel).
Plus lard , les chrétiens auraient remplacé ce nom par celui de porte Mortelle ou Mortée {porta Mortuoriim) , alin d'effacer jusqu'aux souvenirs du paganisme. Après la prise de Laon , en loî)4, par Henri ÎY, ce prince fut représenté à cheval audessus de cette porte, qui était alors surmontée d'un beffroi avec une horloge. Elle fut abattue dans la révolution française.
La porte de Saint-Jean était placée à l'entrée de l'abbaye de ce nom. Elle a pris le nom de porte de la Préfecture , depuis -que les anciens bâtiments de cette abbaye ont été affectés au siège de cette administration.
Par les portes Mahieux et de la Plaine, on descendait de l'esplanade et du rempart Germain sur la promenade de ce nom.
Le Bourg était percé de six portes.
Porte des Chenizelles. — Ce mot a beaucoup exercé les étymologistes. On a prétendu qu'il dérivait de sang luisel, et rappelait un combat qui se serait autrefois livré en ce lieu. Nous pensons qu'il vient tout simplement et qu'il est le diminutit du mot roman chenil ou chenal , synonyme de canal , parce que ce quartier a toujours servi d'écoulement et de conduite aux eaux pluviales d'une grande partie de la Cité , qui vont se perdre dans le gouffre des Chenizelles.
Cette porte fut vraisemblablement construite à la fin du IS""* siècle.
Porte David. — Elle se voyait au milieu de la rue David actuelle, à la hauteur de la ruelle Dalaye. Elle était flanquée de deux hautes tours, et sa construction remontait vraisemblablement au 12'"' ou au 15'"'' siècle.
Porte Liissaut. — Celle-ci , beaucoup plus moderne que la précédente, paraît avoir été construite a la fin du IG'"^ siècle, lorsque la ville se fut étendue de ce côté , vers l'éperon , où ( xistait antérieurement une espèce de petit fort, que de vieilles chartes appellent le chdtelet. Le nom de cette porte , qu'on écrivait anciennement porte à LupsauU (en latin, porta Lupi-
Saltûs^ porte du Saut-du-Loup) , paraît lui venir de quelqu'évènement où a dû figurer un loup, dont l'espèce était autrefois très-répandue dans nos pays. On trouve , en effet , près de la , une ruelle par laquelle on descend la montagne , et qui se nomme la ruelle aux Loups.
Porte à CréhaïU. — M. Devisme prétend qu'elle était placée sur la promenade Saint-Just , a l'extrémité de la petite rue de la Congrégation. Elle établissait la communication entre la ville et le bourg de La Neuville. Détruite par Henri IV, en 1594 , elle aurait été remplacée par la porte actuelle de Saint-Just. Nous pensons, au contraire, qu'elle occupait la place dô cette dernière porte.
L'ancienne porte du Bourg située à l'entrée du Champ- Saint-Martin, près des Capucins, était flanquée de deux grosses tours dont on voit encore les fondations; elle se nommait porte Neuve-des-Champs . Celle placée au bas de la rue de l'Ancien- Collège, était appelée porte Saint-Martin.
Dans les dernières années du 16™^ siècle , Henri IV ayant fait commencer une citadelle près de l'abbaye de Saint -Martin, l'un des bastions coupait en travers la partie de la rue qui fait face à cette maison. Pour conserver les communications, il fallut ouvrir une nouvelle porte dans ce bastion , ce qui donna lieu de supprimer la porte Saint -Martin dont nous venons de parler.
La porte Saint-Jean actuelle , communiquant du rempart à la promenade de ce nom, n'a été établie que depuis la révolution.
La ville de Saint-Vincent était percée d'une double porte. Celle de dame Eve se voyait à la hauteur de la tour penchée. Elle existait avant 1411, puisque les religieux de Saint- Vincent permirent alors aux habitants d'y mettre une garde. La porte Saint-Martin , placée derrière elle , existe encore. Les deux hautes tours qui flanquent cette dernière sont d'une époque de
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construction certainement antérieure à celie de la tour (l'Eve. On ignore qui les a élevées. Il parait qu'elle portait autrefois le nom déporte d'Herbert, ce qui a fait supposer qu'elle dépendait du château construit par ce comte du Vermandois. Mais il est peu vraisemblable que le château Gaillot se soit étendu jusque la. Cette porte a été interceptée en 1851, lors de la construction de la nouvelle porte de Paris.
Le Champ -Saint -Martin était percé d'une porte flanquée de deux tours que l'on aperçoit encore au-dessus de la fontaine de la Pissotte. Elle portait le nom de sire Soibert , sans doute parce qu'elle avait été construite par le chef d'une riche famille bourgeoise qui habitait Laon vers le milieu du lô'"*" siècle. On ne comprend pas néanmoins comment celte porte pourrait remonter a cette époque , puisque le Champ-Saint-3Iartin ne fut entouré de murs , d'après l'opinion commune , qu'un siècle et demi plus tard.
La porte actuelle du Champ -Saint-Martin ou porte Viiioque fut ouverte en 1701 pour faciliter l'accès de la promenade de la Pissotte , que l'on venait de planter.