‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 19 sur 58 · DIT LIVRE CINQUIÈME. 9I · texte numérisé non relu

DIT LIVRE CINQUIÈME. 9I

le journal militaire de Henri IV , avec sa lettre au Duc d'Epernon, écrite après la capitulation. Celle à M. D*Ornano y que nous donnons ici , méritait mieux d*étre f conservée , parce qu'elle contient plus de détails sur les événemeâs du siège. IlÊiut cependant se souvenir que ces sortes de relatbns officielles ne doivent pas être lues sans quelques précautions. Il est sage surtout de les conftonter avec le récit de témdns oculaires , telâ que Sully , Sancy , Davih , etc. Une chose qui a droit de surprendre dans les deux lettres de Henri IV , c*est le âlence qu'elles gardent sur le combat brillant du bois de Cemy : c'est là sans doute la cause du peu de célébrité de ce. £dt d'armes , sur lequel Henri ne jugea pas à propos de fixer l'attention publique , parce qu'il sembkdt tCy avoir guères recueilli que de l'honneur.

û^U dts lettres du Roy sur Vendère deffaîctt et route dt l'armée EspagnoUe venue au secours de la ville de Laon en PicardUf

9» >fonâeur D'Ornano> vous aurez entendu comme I» après avoir esté rechercher l'armée Espagnolle jusques » à La Capelle depuis la perte de ladicte place , pour 9 essayer de les attirer au combat sans qu'ils feissent » jamais semblant de sortir de leurs retranchemens , je » me résolus de venir mettre le siège devant ceste ville » de Laon', comme je feis dès le 25 May , estimant » que le Duc de Mayenne qiû av^t son second fils de- » dans 9 ne le voudroit laisser perdre , et que cela les » pourroit faire résoudre de venir , et en naistre l'occa- » sion . que je desirois de les combattre. J'ay demouré » devant, environ dix jours, Élisant nos approches , » avant qu'ils soyent deslogés dudit lieu de La Capelle; ti ce qu'ils • auroyent retardé quelques jours davantage , 9 poui^ attendre le Duc de Mayenne qui estoit allé à

ga NOTES

n Bruxelles vers FArcIûduc Ernest; dont, dès qu*3 fur M de retour , Us marchèrent , et en trois ou quatre n journées 4 vindrem loger au deçà de La Fère , y ayant 9f passé la rivière d'Oyse : delà s'estant advancé en un n autre logis, un peu plus près de nous, enfin le dintenche 9» douziesme du présent ils se vindrent camper au haut » de la forest sur le pendant et au bas de la montaigne f7 environ une lieùe près de Laon. Je m'estois le jour » devant approché de ce costé avec mon armée sans n lever le siège , ayant laissé les tranchées bien gardées n et fournies , pour me trouver au devant dèscficts enne- » mis et prendre mon logis et champ de bataille , sdoii >» ce que je verrois qu^ feroit ; comme aussitost que » je 'veis son camp assis , j'en feis de mesme , et de si ff près que les coups de .canon donnèrent dansFarmée V Tune de l'autre, et avonsdemouré ainsi cinq jours à nous » escarmoucher, où nous avons tousjours eu radvantagé, 91 sans qu'ils ayent entreprint de passer plus avant contre » Tasseurance que ledict Duc de Mayenne avoit donné » aux assiégez , de me Eure lever le siège ou tqpurir » en la peyne. EHeu voulut que le mesme jour de dimen*- 99 che , mon Cousin le Duc de Longueville , lequd 9» j avois envoyé le jour précédent avec environ trois 99 cent chevaux et deux cent hommes de pied, leur 99 enleva, entre La Fère et Laon , un convoy d'environ 99 six vingt charriots et quarante charrettes chargées de n vivres qu'ils faisoyent venir de Guise et autres lieux ; 99 défaict l'escorte qui les conduisoit , laquelle estoit en- 99 viron de quatre cent chevaux et deux cent hommes de 99 pied, dont il en demeura une parde morte sur la place, 19 et grand non^bre de prisonniers. Cela commença à 99 les incommoder en leur armée , de sorte qu'ils ont 99 esté près de trois jours sans avoir du pain , qui appor- 99 toit un grand murmure et commencement de mutinerie»

Dît i-tvrê ciNQUièjMB. gS

« laquelle eût passé outre sans Tespérance d'un autre » grand convoy qu'il avojrem de nouveau Ëiît dresser , s» lequel ayant eu advis advant hier qu'ils devoyent &ire SI partir de La Fère , consistant en deux cent quatre- I» >ângt charriots et dix charrettes chargez de vivres , s» poudres et boulets , et qui avoit pour escorte treize » cent hommes de pied , tant Espagnols y que '^^allons

V et Lansquenets , et trois cent chevaux ; aussitost je s» donne charge à mon Cousin le Maréchal de fiiron de j» prendre huict cent Suisses et quelque nombre d'in-

V Êuiterie avec mes chevaux légers , pour empescher n quil ne passast sans les defFaire , s'il se pouvoir. Il » s'est si dignement acquitté de ceste charge et les trouva » Â résolus de se deffendre , que le combat dura une )» heure entière ; leur in&nterie Espagnolle soustint leur « prenùer effort , par lequel ils ne peurent estre rompus, n qui fiit cause que mondict Cousin mit pied à terre 9 comme feirent la noblesse et chevaux légers qu'il avoit » avec lui; et en même temps donna si courageusement^

V comme fdrent aussi lesdicts Suisses qui estoyent conp duicts par le Sieur de Sansy, qu'ils emportèrent tout

V ce qm se trouva dln&nterie prés dudict convoy. Lors » de ceste darge , il n'y avoit que la moitié dudict convoy » et de Tescorte entrée dans la forest qui feurent mnsi 9 chargez. Au inéme temps le Sieur de Givry qm corn- » fiiandoit au reste de la cavalerie et qui estoit en son 9 embuscade chargea celle des ennemis , et ce qui restoit » de leur convoy entier dans la forest , qui fust pareil- » fement defiaict ; s'estant toute leur dicte cavalerie mise 1 1 en fuite , laquelle fiit poursuivie jusques dans les portes > de La Fére , ayant esté la plupart tuez et les autres |« noyez. Cette de&icte a esté si grande qu'il s'est re-

• cognu de sept à huict cent hommes morts : le reste k s*est perdu dans la forest , n'ayant e^té fàict prisonniers

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9 que deux de leurs Capitaines. La perte qulls ont n reçeue tant pour les hommes que pour les munitions: n (dont ils avoyent une extrême nécessité) les a &ict 91 résoudre de quitter leur camp retranché , et s'en sont 19 allez ceste nuict, ayant ccnnmencé de desloger avant- » la nuict. Je suis monté à cheval avec mille hommes de- 99 pied , pour leur aller gagner la teste, ne les pouvant 99 prendre en queue à cause de la forestoiiils marchoyent< 99 Mais d'autant. qu'il m'a Mu faire un grand tour, je 99 n'ay pu faire telle diligence qu'ils n'eussent desjà passé 99 au-delà de La Fère. Seulement le Sieur de Vitry y 99 que j'avois fait advancer avec vingt -cinq ou trente 9» chevaux , en a taiUé en pièces quarante desdicts enne- 99 mis , à la veue et tout près d'un régiment d'Espagnols: 99 qui Ëusoyent la retraite avec lesdicts quarante chevaux « 99 sans qu'ils soyent jamais tournez. Hier matin au pdnt 99 du jour il m'advint un bonheiu- , que cinq cent hom- 99 mes qu'ils avoyent faict couller par la forest pour s'aller* 99 jetter dans Laon , s'effrayèrent au sortir d'icelle , oyant 99 l'allarme que donna une vedette qui se trouva de ce* 99 costé-là , de sorte qu'ils se rompirent d'eux - mesme ,: 99 laissant leurs armes « et se jettant au travers des boys ,- 99 où ils furent sitost smvis , qu'il en fut tué et prins 19 une bonne partie. Ainsi , ceux de Laon se voyant 99 descheux de l'espérance en laquelle l'on lesi^oit mis 99 d'estre délivrez , auront à présent occasion de penser » à leur salut par autre voye , et croy qulls ne tarderont » longuement à s'en laisser entendre. J'ay fàict rendre 99 grâces à Dieu de ses bons succez , comme les reco*- 99 gnoissant de sa maiix , et vous en ay bien voulu 99 advertir pour feire semblable , et rendre tous mes bons 99 serviteurs participans de ceste bonne nouvelle. Je* 9» prie Dieu , Monsieur D'Ornano , vous avoir en sa » saincte garde. Escript au camp dudict Laon , Je

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i> XVHI. jour de Juin 1594. HENRI, contreùgni

» RevOL. n

(21) Françob (TEspinay, Seigneur de St-Luc^tué au siège d'Anûens en 1597, était un des Officiers généraux les |dus distingués qui servissent sous Henri IV. n avait épousé la sœur de firissac , Gouverneur de P^orîs pour b Ligue ; et il ménagea sa réconciliation avec le Roi. Ce n*est pas sans raison que Gérard en a fàîc une des principales figures de son beau taUeau de L'tmrJt é^Htan IV dans Paris.

(21) n n^y a pas jusqu^à des matières de législation qw n*SDent été traitées pendant le siège , témoin une déclaration concernant les rentes constituées donnée au camp de F Abbaye de S. Vincent, le 8 Juillet 1594, h veille du grand assaut qui fut donné à la ville.

(23) La porte de Créhaut , que remplace aujourdlnn cdle de S. Just, était entre deux tours carrées qui sont sous le jardin de Fanden Couvent de la Congrégation. La rue de la place Mayeur y aboutissait ; et quand on était sorti par là 9 on se trouvait à la tète du Mont de Créhaut , c'est-àrdire , de cette rampe étroite et rapide qui descend à Montreuil. H y a peu de temps qu'on voydt encore & un cavalier construit par les assiégeans , qui peut-être est celui dont il est question dans la lettre de Henri IV iD*Ornano, du 22 Juillet 1594. Il a disparu, lors du imrenement du cimetière.

(24) La tour de Chevresson était à Fextrémité orientale de la ville , où est aujourd'hui le mur du derrière de la citadelle. Il y a dans la citadelle une fosse qui a conservé le nom de Chevresson.

La Moncelle était ime éminetKe située au sommet de

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Fangle que forment l'esplanade et le mont d*03rart. H en reste encore au)ourd'hm des vestiges dans la pente

très-sensible de cet endroit.

( 25 ) n ne faut pas laisser tomber dans l'oubli ces vingt-deux honorables amis de l'autorité légitime. Vend leurs noms. Louis Boullanger, Président dé^èlection ; Henri Muyau , G>nseiller ; Gédéon Mercigny , lieutenant en la prévôté; Etienne Delalain , Avocat ; Jean Regnard , Avocat; Charles Le Carli^r, Avocat; Etienne Monade ; Pierre Maçquelin ; Claude Delacampagne ^ l'aîné; Claude Edard; Hubert Delacampagne ; Poncelet Delacampagne ; Qaude Delacampagne , le jeune ; Abraham Varlet; Laurent Marteau ; Jean Cauche; Gratien De la Mothe ; Jean Bride ; Pierre Trousset ; Loiûs Malherbe ; Claude Delacampagne , fils de Nicolas , et Nicolas Duchesne. Les deux derniers sont ceux à qui leur courage pensa coûter la vie.

( 26 ) Nous donnons ici le texte de la capitidation sur la minute originale signée de Henri IV.

» Ce XXII. « jour de Juillet mil dnq cent quatrew vingt quatorze y Charles Emmanuel , fils du Duc de Il Mayenne , assisté du Sieur Dubourg , Gouverneur de n la ville de Laon,des Mestres-de-camp, Gendlzhommes» sf Capitaines estant en icelle , Offiders et priocipaux 1» Habitans de ladite ville , tant pour eulx que pour lei n Ecclésiastiques , Gentjlzhommes , Capitaines et Soldats » qui sont à présent dans ladicte ville de Laon , Françqys 39 et Estrangers , que pour tous les manans , halxtans )f et réfugiés en icelle , ont promis de remettre ladiae » ville entre les mains de Sa Majesté ou de celui qui lui w plaira , avecq l'arrillerye et munitions de vivres et de n guerre estans en magazins publicqz qui sont en icelle « w dans le deuxiesme jour du moys d'Aoust prochain ,

i> si

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\f ti dans le premier jour dudict tnoys d'Aoust , iceluy » comprins , ilz ne sont secouruz par le Duc de Mayenne h ou auttre avecq une armée qui face lever le siège à sait dite Majesté , ou qu^d mette en ung mesme jour ou ^ nukt dû vingt-quatre heures mil hommes de guerre 1» dans ladicte ville pour le service d'icelle ^ auquel cas eut n dessusdicts promettent qu*ilz ne les assisteront et favo- » riseront leur entrée en quelque sorte que ce soyt, que M de leur ouvrir la porte ou les portes par lesquelles ilz yf devront entrer, et ne les leur ouvriront et ne les rcce- 1» vfont point , s'ilz sont moings de cinq cent à cliacune »» foys ; et s^z y estoyent entrez soubs couleur que 1» ledîct nombre y feust et que toutte foys il n'y feust )» pas , les dessusdicts promettent de les mettre dehors , » et Sa Majesté leur donnera seureté et passe-port pour » retourner d'où ils seront venus, n

J9 £t durant ledict temps né se fera aucun acte d'hos- >> tiiité d'une part et d'autre , n'y aucune poudre dans jf la ^e. n

9 Que tous les Habitans , soyent Ecclésiastiques , » Gentilzhommes , Réfugiez et aultres de quelque lieu , % qualité et condition qu'ils soyent, y pourront demeurer 9 sy bon leur semble , avecq leurs familles , et seront » chaqun d'eulx conservez en leurs charges , honneurs , » dignitez et biens meubles et immeubles , sans que » pour raison des choses passées pour faict de guerre , » aucune poursuite se puisse faire à l'encontre d'eulx , » en feysant par eulx ce que bons sujects doibvent à » leur Roy légitime et naturel , et moyennant ce tous » arrests , saysies et jugemens donnez contre lesdicts » Hatntans ou aucuns d'eulx demeureront nulz. »

» Et sy aucuns d'eulx vouloyent sortir de ladicte » \âlle pour se retirer ailleurs , le pourront faire et » emmener avec eulx leurs biens meubles et ailltrcs

91 commoditez , sans qu*iU pinssent ^tre retenuz , n*y » empeschez de ce Êiire pour quelque cause que ce soy t , » en quelque lieu qu'ilz veuillent aUer ; et pour le n regard de leurs héritages et biens immeubles , n*ea n pourront jouyr , s^ilz ne résident en lieu qui so3rt de n Tobéissance du Roy. st

n Seront tous les Ecclésiastiques de ladicte ville » deschargez des decymes qu^ils doibvent jusques à M cejourd'hui; et pour le regard des debtes créées pour n leur party , elle seront esgallées sur tous les bénéfices » concistoriaux et prieùrez tant de ladiae ville que du » diocèse de Laon, dé leur mesme party seullement , n dont ils bodlleront ung estât pour avoir commission » de Sa Majesté pour lesdicts égallemens. n

n Tous deniers pris et levez extraordinairement ou» » dans les receptes pour estre employées par les Or-^ »> donnances du Duc de Mayenne , ceulx de son Conseil y n Gouverneur et Magistratz de ladicte ville depuis les n présens troubles, et soyt avant ou durant le siège , ff seront allouez , les comptables et ceulx qui les ont 9> receuz deschargez , et les assignations restans à ac* V quitter , payées des deniers qui se trouveront entre n leurs mains, n

n Si quelques maisons ont esté desmolyes pour la n deffence et fortification de la ville , ou deniers et jf danrées prises appartenans' aux serviteurs de Sa n Majesté , les intéressés n*en pourront faire poursuite n à kncontre des Magistratz , ny aultres qui par leur n commandement s'y sont employez et les ont receuz. »

n SU a esté pourveu par le Duc de Mayenne à n quelques offices vacans par mort ou résignation du » mesme party , les pourveuz en jouyront , en prenant t» lettres de Sa Majesté. »

» Les frais £ûcis par les habitans durant le présent

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