‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 20 sur 58 · DÎT LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

DÎT LIVRE CINQUIÈME

m siège , seront esgallés sur eulx tous en la forme 9 accoustumée par commission de Sa Majesté, n

7i Sembhblement sera baillé passe-port audict Cliarles » Emmanuel , avecq escorte pour le conduire en toute 9 seureté jusques à Soissons ou à La Fère y à son choix , 9 ensemble ceux du Conseil , Officiers et domestiques ». dudkt Duc de Mayenne qui sont à ladicte ville , sans 9 quaucuns d'eulx , pour quelque suject ou occasion ii que ce soy t , puissent estre retenuz ou empeschez de 7f se rerirer en tel lieu que bon leur semblera , eulx , 9» leurs serviteurs , chevaulx^ armes et bagaiges. >i

» Auront pareille seureté , conduite et escorte , jus-

-» ques à Tung desdicts l'eux , les Gentilzhommes,

3» Mestres-de-camp , Capitaines , Soldats et tous aultres

» gens de guerre , soyent Françoys ou Etrangers , estans.

» en ladicte ville , et sortiront avecq leurs serviteurs ^

» cfaevaulx , armes , équipage et bagaiges , enseignes

V déployées^ tambours battans,mesches allumées, comma

9 aussi tous Habitans qui se-' voudront retirer avec((

3» eubc y ou cy après dans un moys , sans que Ton les

39 puisse arrester^ ny saisir leurs meubles pour quelqueL

jf cause que ce soyt , en voulant sortir de ladicte ville. »

. » £t pour l'exécution de ce que dessus bailleront

39 pour ostages à sadicte Majesté, le Sieur Evesque de.

» Laon , le Mestre-de-camp De Fresne , Bellefons et

9 Lage ; et pour les Habitans Claude Legras et Nicollas,

j» Branche. )>

» Pourra sadiae Majesté envoyer, sy bon lui semble,. 7> deux Capitaines ou aultres pour veoir dans ladicte ville,. 7i s^il ne s'y fera rien contre et au préjudice de ce qui. 3» est promis cy dessus, »

•n Donnera Sa Majesté passe- port et trompette à une 39 ou deux personnes pour aller jusques vers ledict Duc » de Mayenne Tadvertir de la capitulation et retour-

lOO NOTES

» ner à ladîcte vUIe. » Signé HENRI , et plus ba* RuzÉ.

On avait oublié de stipuler la confirmation des anciens privilèges de la ville. Cette omission fut réparée par des Lettres de Décembre 1 597.

Henri IV s'empressa de donner avis partout de la capitulation de Laon. La lettre à D'Omano mérite de trouver place ici , comme contenant quelques détmls qui justifient notre narration.

» A Monsieur D'Ornano , Capitaine de cent hommes )i d'armes de mes ordonnances , mon Lieutenant au n Dauphiné , Commandant pour mon service en mon » pays de Lyonnois. »

j> Monsieur D'Ornano , dépuis que je vous ai écrit 9f du dixième , de l'effort que j'avois fait le jour précéj) dent contre cette ville , sans toutefois y avoir lors voulu » donner l'assaut , pour ne l'avoir trouvé raisonnable , 9f j'ay vivement fait continuer le travail des approches » et mines , et donné ordre à me fortifier encore de 9J plus grand nombre d'armée et munitions pour ne la y} point faillir la seconde fois. Ayant aussi fait dresser •7 un cavalier en un endroit où j'avois délibéré faire la

V plus forte batterie , duquel ils eussent été vus en i> courtine par le dedans , et battus par quelques pièces » que j'y avois fait monter ; de sorte que la défence

V de la bresché leur eût été très-difficile et dangereuse ; ♦> et estant tous ces préparatifs tellement avancés , que m je faisois état de les employer aujourd'hui , avec bonne é9 espérance et toute apparence que les assiégés n'y a> pourroient résister. Aussi n'en ont-ils voulu attendre <!> le coup , ayant dès avant hier recerché et commencé j> d'entrer en quelque parlement , qui a été si avant >> poursuivi , que hier la capitulation fut conclue de me n rendre la place , si dans douze jours , dont celui d'hier

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j> fait le premier , ik ne sont secourus d'armée qui me » fesse lever le siège ; à quoi j'ai plutôt voulu condes- » cendre , que de hazarder la ville au sac et au pillage , et » autres désordres qui ensuivent es villes prinses par » force , que j'^ toujours désiré éviter mesme à l'endroit yt de mes subjets , lesquels ne peuvent souffrir aucune » ruine qui ne retombe sur moi , comme redonnant à » l'affidblissement de Testât. Je n ai pas grande opinion » qu'il leur puisse venir secours suffisant pour me faire » lever le siège , non plus que l'armée ennemie n'a Eût » semblant despuis sa retraite de retourner à cest effect » » ayant toujours demeuré campée et retranchée en un » village appelle Myraulmont , sur la frontière du costé » de Bapaulme, travaillée de maladies et autres incom* » modités , et avec peu d'apparence jusques icy d'estre » renforcée ; combien qu'ils en ayent toujours faict courir » le bruit. Toutes fois voulant jouer au plus seur » je » remande ma noblesse de Tlsle de France , Beausse » I» Champagne et Brie , à laquelle j'avois donné congé n de s'aller un peu rafraîchir , les pouvant recevoir dans » sept ou huict jours les p}us éloignés , et les autre$ » plustôt y comme je m'assure qu'ils ne fiiudront à cette n occasion non plus qu'ils ont £ûct à toutes les autreii » où je les ai appelles pour le bien de mon service.^ i> Cependant j'ai été fortifié par la venue de mon Cousin » le Duc de Montpensiej: et de l'Admirai de Villars qui 19 arrivèrent hier» de près de mil chevaux et deux mil 39 hommes de pié y qu'ils m'ont amenés de mon pays de n Normandie; et d'autant que je ne doubte que ne soyez » en peine et expectation de l'événement de ce siège ^ n comme sont tous ceux qui ayment le bien de mon if service , je vous ai bien voulu adverdr de Testât ou ^ j'en sui&àprésens : priant Dieu, Monsieur D'Ornano, n vous ^voir en sa saincte garde. Escript au camp de«

yf vant Laon , le vîngt-deuxieme jour de Juillet 1 594. » Signé HENRI, et plus bas Revol.

Cette lettre , puisqu'elle est du lendemain de la capitulation , confirme que les articles en étaient convenus dès le 21. Ce que Henri IV dit de Téchec du 9 n'échappera à personne. D appelle l'attaque de ce jourlà un effort , et nie que ce soit un assaut; en quoi il est démenti par tous les historiens et les mémoires du siège.

(27) Henri s'adressa à la Duchesse de Nemours , pour avoir le passe-port , sans lequel il jugeait que Gabrielle ne devait pas se lusarder. Voici la lettre qu'il lui écrivit de sa ma'm.

19 Ma Tante , j'envoie ce porteur à ma maîtresse , ji pour lui dire comme, la ville de Laon a traité avec moi ; » pour ce que m'aimant , comme elle faîit, elle sera bien 99 aise de savoir que je ne cours plus de danger. Je vous »> prie de lui vouloir faire bailler un passe-port , pour » pouvoir passer sûrement, et me revenir trouver m'ap- 5> porter de ses nouvelles. Je crois qu'elle pourra venir yy en ces quartiers , et cela étant , elle vous pourra voir. ft Assurez-vous cependant que je vous aime , et que si yf j'ai moyen de vous le témoigner , ce sera de la même » volonté que je prie Dieu, etc. Ce ai Juillet. »

Cette date est remarquable en ce qu'elle prouve que la capitulation , quoique signée seulement le 22 , était conclue dès le 21.

Anne d'Esté, Duchesse de Nemours, avait épousé

en premières noces le Duc François dç Guise ; elle

était mère du Duc de Mayenne.

(28) Lettre écrite de la main de H[enri IV au Duc

dç Nevers,

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' » Mon Cousin, incontinent après que vous fûtes parti 79 hier au soir d'avec moi , arnva le Sieur de Biron , qui n me dit avoir tellement pourvu à ce que Ton continuât » le travail pour le regard des tranchées que ma présence » n'y étoit nullement nécessaire; et résolûmes de pardr* fp de bon matin , pour aire un tour à l'entour de la » ville , et reconnoître mieux le lieu où nous ferons j» faire la batterie. Le Sieur de Biron s'y trouvera ; et jf pour ce que je désire infiniment que vous y soyez , 9 je vous prie, mon Cousin, de monter incontinente » cheval , et passer le ruisseau , pour vous rendre au » âubourg où est logé St-Luc , afin que nous avisions » ensemble au lieu plus propre pour faire ladite batterie 3F et à toutes clloses nécessaires. Bon jour , mon Cousin, 3» ce mardi , à quatre heures du matin ^ 28 Juillet, n Signé HENRI.

Cette lettre prouve que Tactivité et la vigilance du Roi ne se ralentirent pas après la capitulation. On est digne dé vaincre, lorsque , comme César , on croit que rien n'est Eût , pour peu qu'il reste à £dre.

(29) Claude de Lisle , Seigneur de Marivault » Che* valier des ordres, lieutenant-généraljni gouvernement de llsle de France, mourut , en 1 598 , au siège d'Amiens, des suites d'une chute de cbeval qui rouvrit deux aa^*» ciennes blessures. L'une de f!esblessilre8>était celle l{u'il avait reçue à la défaite du grand convoi. .

(30) La porte Royée est appellée dans les Chartes lati« nés, tSLtïtàtRigata, tantôt Rigalis. Le premier de ces noms pouvait lui venir de l'abondance et de la rapidité des eaux qui s*écoulent par -là en temps de pluie. L'autre nom à prévalu dans les derniers temps , et a &it diro Royak. au Heu de Rioytu

:..(. 31 ) Les vivres ne manquèrent point dans la ville pendant Iç siège. Il y resta même assez de blé et dQ vin. pour la subsistance de l'armée victorieuse durant le si|)jour du Roi. Le prix d*un pot ou de près de deux bou« teiUçs du meilleur vin était âxè à huit $ous ; et celui de l^ livre de pain à deux sous. Cette taxe représentait le double <lu <;Qurs actuel. On a évalué à 57,52a écus la. dépense que le siège 9 occasionnée aux habitans , en blé , vin et argent, y compris la contribution exigée par le Roi, Cetfç somme ne paraîtra pas excessive, en comparaison de ce qu'il en coûte aujourd'hui aux pays qiû supportent 1^ fléau de la guerre. On doit en conclure que l'autorité milit^irç maintint , pendant le siège , une police plus exacte qu'on ne pouvait l'espérer , eu égard à ce que Ig garnison était composée en partie de troupes étran^ gères qui sont toujours peu dociles , et à ce qu'aussi,, dans les temps de troublât;, les soldats nationaux ne le spnt guères davantage.

; Quel^es^upft. 4gs {wincipaiix ligueurs avaient abusé de leur crè^j^.,,en se gisant consen^r, au, nom du corps des habitans , des obligations de sommes considérables , pouf- fournitures de blé et de vin. Innocent La Biche, qui était de ce nçmbre , n^osa réclamer le paiement de $a créance^ Mais quelques-uns de ses héritiers avaient? attaqué la ville : ils avaient même obtenu contre elle uiï Arrâ^* Quand ils voulurent en faire usage , le Corps municipal se poufvul ^ qissation ; il se fonda sur ce que , p^r l'article 8 de TEdit rendu pour l'accommodement du Duc de Mayenne , il y avait une décharge générale de toutes recherches pour deniers publics e6 particulières ohUgations', et il observait qu'une semblable demande avait été proscrite par un Arrêt de 1621. On ne voit pas comment se termina cette af&ire qui se traitait çn ;^4{. Le façnm du Corps municipal contient quel-.

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ques particularités qui s'accordent avec le portrait que nous avons fait dlnnocent La Biche. H y est dit qu'il s'était arrogé une grande autorité ; que toutes les assem-* blées se tenaient dans sa maison ; que tandis qu'on levait de fortes contributions sur les autres habitans , il ne s'était fait cottiser qu'à une faible quantité de blé; qu'il avait la clef des magasins ; et qu'il disposait de tout arbi-» trairement. C'est à quoi tend toujours le zèle hypocrite de ceux qu'élève la faveur d'une multitude aveugle. Quelle ville n'a pas eu d'Innocent La Biche i

(32) Les poètes du temps s'empressèrent de chanter la prise de Laon. Le Girdinal Du Perron ût sur ce sujet les deux Strophes suivantes d'une Ode intitulée , Stancat lar la venue du Roi à Paris»

Laon , au firont orguellteuz , it loin s'y Yerra peint « Et Ift camp étranger , de rouge deux fois teint , Qui montre en cet effort sa hiblesse hypocrite | Et de tant de combats vainement entrepris »

Te laisse pour toi seul la gloire et !• mérite , Et reaipçrte pour lui la pertci et le mépris»

Laon , le terme fatal de nos guerres civiles , Qui fait ouvrir la porte au reste de tes villes » Et dont toute TEurope observe le succès ; Le dernier tribunal où la France et l'Espagne y Sans réserfe d'appel décident leur procès :

Mais r Espagne le perd , et la France le gagne.

Létoile n'a pas dédaigné de recueillir un quatrain qui eut beaucoup de vogue , quoique ce ne fut qu'ua inéchant calembourg.

Le Roî Numa , par sa piudence« Composa Tan de douze mois* . Mais notre Roi « par sa vaillance »

|[^e réduisit i moins de trpis»

lo6u NOTES

( 33 ) Le8 hôtels de Sissonne et de La Bove , un jeu de paume , les Eglises de S. Georges, S. Etienne, et Notre-Dame-au-Marché , la halle et la place de Chevresson , la plus spacieuse qu'il y eût dans la ^lle , étaient les principaux ornemens du quartier que remplacent aujourd'hui la citadelle et la promenade appellée fort improprement la Plaint, La halle fut ce qu'on regretta le plus : elle passait pour la plus belle qu'il y eût en France. Bâtie à deux étages , elle contenait un vaste loq|l pour la tenue du marché , une salle où les habitans se réunissaient en assemblée générale » et des boutiques occupées par des marchands de toute espèce.

On s'étonne quelquefois de ce que la Cathédrale était comme réléguée à une extrémité de la ville ; c'est qu'on ignore , ou * qu'on oublie que la cité formait toute la ville au temps où la Cathédrale a été construite ; et que derrière la Cathédrale , il y avait une portion considérable de la cité qui n'existe plus ; ensorte que , dans le principe » l'Eglise était au centre de la ville.

Les Laonnois virent long-temps la citadelle d'un mauvais œil. Dans les cahiers dressés pour les Etats généraux de 1614 , on en demanda la démolition » attendu qu'elle était inutile dans une ville qui était elle-même une citadelle , et onéreuse au pays par son entretien. On ajoutait que sa construction était l'effet des importunités du Gouverneur Marivault,

(34) Jean Bodin avait , dès l'âge de vingt-trois ans, débuté avec éclat dans la carrière des lettres. Les talens qu'il déplo3ra à Paris dans la profession d'Avocat , et

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le succès qu'obtint sa Méthode d'étudier l'histoire , le firent connaître avantageusement à la Cour. François » Duc d'Alençon , frère de Henri III et présomptif héritier de la couronne , se l'attacha comme Jurisconsulte et comme Littérateur, sous les deux titres de Maître des requêtes et de Secrétaire. Il possédait alors une charge de Conseiller au présidial de Laon. A la mort du Duc d'Alençon , il renonça aux faveurs des grands; et la charge de Procureur du Roi , dans laquelle il succéda à son beau-frère, bom9 sa modeste ambition, Moréri nous apprend qu'il laissa un fils , nommé Elie : nos mémoires ne parlent que de sa fille. H était né à "Angers, Mais la ville dont il avait fait sa patrie adoptîve, la ville qu'il représenta à la plus brillante époque de sa vie , la ville enfin où il composa sa République, a irck de le compter au nombre de ses 'plus illustres citoyens. Ceux qui désireront plus de détails sur sa vie et ses ouvrages , peuvent consulter la notice que nous avons insérée dans le Ma^in encyclopédique du mois de Frimaire an 10.

(35) H ne restait plus qu'un seul Religieux dans le prieuré de S. Nicolas-Cordelle , lorsque Geoffroi de Billy demanda que la Congrégation du Val-des-£coliers le résignât ; ce qu'il obtint sans peine. Les Minimes y fiirent introduits au mois de Septembre 1710. Ds furent chargés » comme • leurs prédécesseurs , de desservir la Chapelle du Palais de justice, '

Io8 HISTOIRE DE liAON.

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