‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 24 sur 58 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Fidèles. Ses pressenlimens ne tardèrent pas à se vérifier. De grands troubles déchirèrent l'Eglise de France; et il ne fallut rien moins que le concours des deux puissances, poui^ tei'miner, en 1668 , une guerre qui devait renaître un jour avec plus de fureur. C^est ce qu'on appella la paix de Clément IX. Elle fut Touvrage de D'Estrées, qui, par ordre du Roi et de Tagrément du Pape , se porta pour médiateur entre le Nonce et les Jansé»

nisles; et qui prouva, dans cette circonstance^* qu'ail n'y avait, ni subtilités que sa science ne pût démêler , ni différends que sa sagesse no pût concilier.

Aussi rien ne lui manquait-il de ce qui procure les grands succès dans les négociations politiques. Chargé des ambassades les plus importantes , il s'y conduisit de manière à remplir toute l'Europe du bruit de sa renommée. Veut-on juger par un seul trait de l'estime qu'il avait inspirée à Louis XIV? Quand Philippe V alla prendre possession du trône d'Espagne ^ le Cardinal D'Estrées eut ordre de l'y suivre, comme un guide donné par l'aïeul à son peiit^fils,- et les Ministres Espagnols le virent ^ sans jalousie , siéger dans le Conseil du jeune Roi. Rome semble avoir été surtout le théâtre de sa gloire. Il y concourut à la nomination de quatre sou-^

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verains Pontifes; et deux fois entré , seul de sa nation , dans le conclave, il vint à bout, malgré les efforts des ennemis de la France, de faire suspendre Télection jusqu'à Tarrivée des Cardinaux Français. Rien de plus conaii que les démêlés de la Cour de Rome, tantôt avec Louis XIV au sujet de la régale^ tantôt avec le Clergé de France sur les quatre articles de l'assemblée de i68â. Il y soutint les droits du Roi et les libertés Gallicanes arec une fermeté qui contint les Papes ; et des débats , qui avaient long-temps affligé TEglise , furent assoupis par sa prudence. Il n'y a pas jusqu'à sa nomination au Cardinalat, qui ne doive être citée , comme un des événemens qui font ressortir l'élévation de son ame , et comme une des victoires qu'il a remportées sur la politique italienne (i4)«

Il mourut en 17 14 à l'âge de quatre-vingtsept ans , honoré des regrets de son Prince , de la vénération de son pays , de l'estime des étrangers. Au zèle de l'Evêque et aux talens de l'homme d'état, il joignait la doctrine, la culture des lettres , la protection des arts. On le citait pour les grâces du langage^ pour la magnificence et pour cette politesse exquise, dont le goût ^ fixé de son temps, est peut-être le titre de supériorité qu'on conteste le moins* aux Français. C'est dans

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le commerce des femmes qu'ail avai|cpuisé ce qu'il eût de plus délicat dans Tesprit et de plus aimable daas les manières. Car nous ne dissimulerons point que les galanteries de ses premières années lui valuâ*ent une place parmi les Saints qua célébras Basai.

Mais quelles erreurs ne pardonnerait - on pas à la jeunesse de celui en qui brillèrent tant de belles qualités? Fik, frère et neveu de Maréchaux de France ^ il dut toute sa gloire à ses propres actions ; et mérita d'être regardé comme l'un des principaux ornemens d'une famille féconde en hommes illustres.

Jean D'Ëstrées , avec une santé moins dé* ^^^7

licate^ eût pu égaler la réputation de son 1694. oncle. Libéral , spirituel et noble dans ses ^*^^"

, . D'Ëstrées.

manières j comme l'étaient tous ceux de son nom, il avait ^ d'ailleurs, assez de caractère j d'instruction et d'éloquence^ pour jouer un rôle distingué dans le monde. Mais ne sa sentant pas la force de servir à -la -fois la religion et le gouvernement , il borna son ambition à faire retrouver en lui les vertus pastorales de son prédécesseur. Il montra ^ dès son débuts que son activité saurait em-« brasser toute l'étendue de ses devoirs. Ce ne fut pas néanmoins sans laisser craindre que cette ferveur ne tint à uu naturel trop ardent

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et ii^Épable de modération. On le vit , en effet, prendre feu sur de prétendues atteintes portées à sa prérogative , au point de se brouiller avec le Chapitre , et de faire exiler deux de«es membres. Le temps , la réflexion et les conseils du Cardinal , calmèrent cette fougue inconsidérée ; et ses belles qualités ne furent plus obscurcies par aucune faiblesse.

Ce fut de son temps que TEdit de Nantes fut révoqué. Il y avait dans le diocèse beau* coup de Calvinistes* 11 fit tous ses efforts pour les ramener au sein de TEglise : mais son zèle fut celui d^un Ministre de paix t il ne voulait éclairer les esprits , qu'en gagnant les cœurs; et il obtint, par cette sage conduite , plus de conversions sincères, que la contrainte n'en produisit de simulées. Que ne pouvons-nous rendre le même témoignage à la magistrature Laonnoise? Il n'est que trop certain qu'elle se signala par d^odieuses persécutions. Le père du fameux Rousset , condamné à être pendu , pour avoir voulu fuir une terre où les consciences n'étaient plus libres; le cadavre de sa mère traîné sur la claie; quelles traces plus évidentes, quelles preuves plus déplorables des calamités religieuses qui affligèrent alors la ville, et dont le principal auteur dût être un homme inflexible, lequel était, à-la-fbis, Subdélégué;

Aiaiie

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Maire et Prévôt ! Mais hâtons-nous de revenir au digne Evêque^ dont la douceur forme un si beau contraste avec tant d'inhumanité.

Les {)auvres eurent en D*Estrées un père toujours attentif à pourvoir à leurs besoins. Sa prévoyance était admirable dans les temps de disette; il ne se reposait alors que sut* lui-même du soin d'assurer la subsistance du peuple; et ses mesures étaient si justes, qu'elles méritèrent d'étrè proposé(^s pour modèle à tous les Archevêques et Ëvêque^ du royaume (li)).

Sa charité ingénieuse sut trouver encore d'^autres moyens de se signaler. On lui doit une institution qui manquait au Clergé de France. Il conçut et réalisa j en 1687 j l'idée d'ouvrir une maison de retraite aux Ecclésiastiques infirmes ; il n'y eut qu'une voix sur Tutilitéd'un tel établissement. Il parut même, & sa louange , plusieurs écrits où on allait jusqu'à le comparer à la magnifique fondation des Invalides. Les Evèques joignirent leurs applaudissemens à ceux du public , et s'empressèrent de marcher sur les traces d'un confrère qui leur donnait dq si bons exemples (16).

Ij'éducation des en fans du peuple fut aussi un des objets de sa sollicitude. Il n'y avait dans la ville aucune école gratuite pour les

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garçons; et celle de la Congrégation ne sufiEtsait pas pour. les filles* Il fit; venir des Frères des écoles chrétiennes ; c^était un institut nouveau , à la fondation duquel Adrien Niel, natif de Laon , avait eu la plus grande part. (17). Il se forma dans le même temps, sous les auspices de ce vertueux Prélat , une asso- .ciation de femmes , avec l'engagement de se, consacrer à Tinstruction des enfans de leur sexe : elles se nommèrent Sœurs Marquette ^ du nom de la [>ersonne généreuse, qui^ non-»

contente 4e leur consacrer tous ses biens ^ voulut aussi partager leurs travaux (18). On voit que si les fondations ont été aussi nombreuses dans le dix^septième siècle quQ dans aucun autre , elles y ont en général un caractère d'utilité qui peut défier la censure de la philosophie la plus mondaine.

Jean D'Ëstrées n'avait que quarante-trois ans , lorsqu'il succomba sous le poids de ses infirmités. Mais son épiscopat , trop court, si l'on en juge par le nombre des années, fut assez long pour sa gloire , si l'on compte les œuvres dont.il Ta rempli. Le nom de D'Ëstrées se recommandera toujours à la reconnaissance des Laonnois , non-seulement par les souvenirs que Toncle et le neveu y ont attachés, mais aussi par ralFeclion que portèrcAt à la ville les quatre Ducs de la même

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maison qui en ont été successivement gou« verneurs.

A Jean D'Estrées succéda Louis Anet de "^94 ClermoDt ^ chez qui la l^ffeité de Tarae ré- i^n. pondait à celle du corps. Cet Evêque , ne .^°"j trouvant rien à créer ^ acheva ou perfectionna Ciermonc les monumens des administrations précédentes. Ce fut lui qui unit à TEvêché TAbbaye de S. Martin ; et comme il en était déjà pourvu, il est évident qu'il ne pût être guidé en cela par d'autres considérations que celles de la dignité de son siège et de Tinlérêt de ses successeurs (19). Son Missel ^ ses Ordonnances synodales, et ses trois Catéchismes , ont subsisté jusqu'à la Suppression du diocèse de I^on. La disette de 1709 ayaift ouvert une noble carrière à sa charité^ il remplit pleinement l'attente d'un peuple , que deé exemples récens autorisaient à exiger beau- «^

coup. Portant un égal respect à la liberté des ^^Jf!

consciences et aux décisions de l'autorité , il entretint un calme profond dans son diocèse^ au milieu des orages qu'une Bulle trop fameuse; excita de son temps. Les hommes vertueux de l'une et de l'autre opinion siégeaient ensemble dans son Conseil , et partageaient les dignités dont il avait la collation. Et lorsqu''au bout de vingt-six années d'un gouvernement dont la sagesse ne se

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démentit jamais , la mort Tenleva à son troupeau, les regrets furent d'autant pifts vifs^ que celui qui lui avait été donné pour coadjuteur, qua|(|l mois auparavant , n'^était pas propre à consoler d'une telle perte.

«7^2 C'était Charles de St-Albin , fils naturel ,723. de Philippe d*Orléans, régent, et d'une fille Charie$ nommée Florence. On a dit de lui que

de Saint* , i i 1 • • r-

Albin, c était un des plus zélés ignorans qui fussent sortis de l'école des Jésuites. 11 suffirait de sa courte apparition à Laon pour justifier ce mot, 11 y vint j muni d'un Mandement de la façon de ses maîtres , lequel enjoignait la signature du formulaire. Les fêtes de sa ré- ^ ception étaieqt à peine finies, qu'il asseuibla le Chapitre, pour mettre cette Ordonnance à exécution. Des coups d'autorité avaient préparé le succès de son entreprise. Le Doyen j le Chantre , le Théologal , le Pénitencier, plusieurs autres Chanoines , dont on redoutait le caractère et les principes p avaient été privés du droit de suffrage, par des lettres de cachet. La plupart de ceux qui partageaient leur opinion, ne parurent point à une assemblée qui n'était pas libre.

Les délibérans, soit conviction , soit faiblesse, souscrivirent à tout ce qu^on exigea d'eux.

De ce jour ont commencé les persécutions qui ont affligé la ville pendant dix-neuf ans ;

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