I-ITRE SIXIEME. l
temps de scandale et de vertige, où il ne faudrait pas moins blâmer Tentêtement présomptueux des persécutés j que Timplacable intolérance des persécuteurs, si la contrainte, ootftre laquelle se révoltent toujours Famour propre et même la bonne foi , n^était aussi contraire aux maximes de Tévangile , qu'aux conseils de la politique; et si, d'ailleurs, il n était prouvé, par la paix de Clément IX et par la loi du silence , qu'il y avait dé meilleures voies que la violence, pour concilier les droits des deux pouvoirs avec les scrupules vrais ou faux des Jansénistes. St- Albin et ses guides n'étaient pas gens à user modérément de leur avantage. Le Pénitencier et le Théologal furent destitués (20). Les pouvoirs furent ôtés à plusieurs Chanoines; et quelques-uns furent exclus du Chapitre et du chœur. D'autres hostilités étaient près d'éclater contre les ennemis du formulaire, loi'sque la tendresse paternelle transporta St- Albin sur un autre théâtre. Il n'avait pu réussir à se faire recevoir au Parlement comme Duc et Pair, à cause du vice de sa naissance : cet affront lui valut le riche archevêché de Cambrai , avec lequel il conserva les honneurs de la pairie.
On apprit en même. temps la translation 7*?* * de St-Albin et le choix de son successeur : jostpu
i34 histoire; de i^aqn.
^•^ c'était Thomme vénérable qui venait de s'illustrer , pendant la peste de Marseille , par un dévouement héroïque. La joie de cette nomination fut grande , mais dura peu, Le modeste Belsunce ne voulut pas quitter 30 u siège (21)., et La Fare profita de son refus. Etienne-Joseph De La Fare , fils de laimable poète de ce nom. a Intrigant , » actif, bavard , ne doutant jamais de rien , p diflEicile à déconcerter , était une espèce D de petit monstre par sa figure, et plus î) encore par son ame. » Tel est le portrait qu'en fait un écrivain renommé par le double talent d'observer et de peindre ; et quelque chargé qu'il paraisse , il faut avouer qu'il ^'éloigne peu de la ressemblance. On rap-r porte de La Fare que le Cardinal de NoaiUes lui avait refusé les Ordres; et que son père l'avait fait enfermer à S. Lazare, pour avoir vendu un bénéfice simple dont il était pourvu. * Ce dernier trait annonce que la prodigalité fut un des vices de sa jeunesse. Il ne s'en corrigea point dans l'âge mûr. Car quoiqu'il n^ tint pas une maison convenable à sa dignité^ il fut toujours aux expédiens , et mourut insolvable {^2).
contenue ^^^^ '"^ '^^ Jésuitcs nc perdirent rien dç UspçFjë- leur influence; elle se fit sentir, au contrahe.
fwitte ifi pax' des actes plus violets et par des e^tre-»-
IiIVBE SIXIÈME. l35
prises plus hardies. Une chose dont on nelansénii* s^étonne pas assez et dont la cause n'est pas **'' indigne d'examen ^ c'est l'oppresaion des Jansénistes pendant la régence. Comment des Evéques , de l'espèce des St- Albin et des La
Fare^ se passionnaient-ils pour des opinions si étrangères à leurs goûts , et que peut-être ils ne comprenaient pas? Comment un Prince, * aussi irréligieux et aussi doux que le Régent^ souffrit-il qu'on sévit contre des citoyens qui n'étaient accusés que d'erreur en théologie ? Cela pourrait s'expliquer , ce semble, parle génie opposé des deux sectes rivales , et par le caractère non moins dissemblable de leurs partisans.' L'une préchant une morale rigide et ne composant jamais avec les principes , ne reconnoissait dans les matières de foi que Tautorité des états généraux de l'Eglise. L'au« tre pi us indulgente pour les faiblesses humaines et toujours prête à se plier aux circonstances, accordait aux chefs de la religion le droit de décider du dogme. D'un autre côté , les champions de la Bulle^ aussi acti& qu'adroits, trouvaient les moyens de s'insinuer partout; tandis que leurs adversaires ne savaient qu'écrire librement et appeller au futur Concile. Or y le pouvoir étant ombrageux de sa nature, les Molinistes avaient beau jeu pour persuader au gouvernement que l'esprit du Jansénisme
136 HISTOIRE DB liAOK;
était républicain , et qu^après s^être essayé sur des poinls de doctrine spéculative, il en viendra^ jusqu'à ébranler les maximes fondamentales de la hiérarchie et de Fordre politique. Ce ne sont là que des conjectures» Voici quelque chose de positif. On sait qu'il avait été arrêté un double mariage , de Louis XV avec l^Infante d'Espagne , et du Prince des Asturies avec la fille du Régent, Il est moins connu que^ pour obtenir le consentement du Roi d'Espagne j il fallut employer le crédit du Jésuite Daubenton, son confesseur. Mais celui-ci mit pour condition à ses bons ofhces, que le Régent, doiii les Jésuites se plaignaient fort, se déclarât leur'protecteur ; et qu'il fit exécuter la constitution. Le Prince crut que ce n'était pas payer trop cher le trône qu'il ambitionnait pour sa fille : il promit et tint parole.
. Si le gouvernement d'un Prince mécréant n'avait point procuré de repos aux anti-constitutionnaires , celui d'un Prélat Mohniste devait leur être encore plus funeste. Aussi La Fare^ qui, sous la régence, n'avait pas plus osé que son prédécesseur, ne garda-t-il aucunes mesures sous le minislère du Cardinal De Fleuri « Il ne se contenta plus de punir de l'interdit et de la suspense le refus d'accepter la fiuile ; il fit prononcer q^^ntre.
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Jes refusans » par son officiai, la perte de leura bénéfices. Arrêlé sur ce point par le Parlement , il s^en vengea sur la personne même des titulaires , et les fit exiler loin du diocèse. L'âge, les infirmités, l'indigence , ne trouvèrent point grâce à ses yeux. Plusieurs de ces infortunés finirent leurs jours hors de leur patrie; et poursuivis jusques dans le tombeau^ ils n'obtinœnt pas même les prières de TEglise, à laquelle leur titre les attachait.
La persécution s'étendit jusques sur les laïcs. Les derniers, momens des moribonds furent troublés par des refus de Sacremens* Un sexe, qui devait être étranger à des disputes inintelligibles jppur lui , ne trouvait point de refuge dans sa vertueuse ignorance. Des coups d'autofité arrachèrent à leurs femmes et à leurs en&ns des pères de £%mille , dont tout ]e crime était d'avoir déploré la violation des lois^ dans la personne de leurs proches et de leurs amis.
Les membres d'une illustre Congrégation »
rivale des Jésuites , ne devaient pas être épargnés ^ dans une guerre déclarée au parti dont on la croyait Tame* On a vu que le Caidiual D'Estpées, qui dans le principe avait confié le Séminaire aux Nicolaïtes, leur avait ensuite substitué les Oratoriens, Veoxrci fuient chassés injurieusement; et le»
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1(9 pm!ii<er f quand Je brait se répandil qirim Mmiffjimk f nmnmé Morlet , renail d^èCre pién â^utm ps^mlyine , par Finteroessiaii da Diêu^if Vnm. Comment révoquer en doule d0 qiwtle p»rt éUit la vérité ^ quand lauleur ck» toute vérité i^expliqaait par un
LITRE SIXIlëlME* 339
,VoiIà ce que disait toat*baut cette espèce de gens que leur simplicité porté à tout croire, et à qui leur obscurité permet de tout dire; et ce n'était pas sans de violentes sorties contre les rigueurs qui se commettaient journellement.
La Fare était loin de s'en alarmer , lui qui dans ce temps-là même osait attaquer le Parlement. Une Lettre pastorale et un Mandement 9 composés sous son nom par les Jésuites y avaient été censurés par l'Avocat général Gilbert. La Fare et ses écrivains ne se tinrent pas pour battus. Il parut bientôt après une ample Instruction pastorale , où les réquisitoires du Magistrat^ quoique revêtus de l'approbation de sa compagnie y furent présentés comme des production s dangereuses qui blessaient à chaque page la doctrine de l'Eglise et les droits de l'Episcopat. Une sem-t blable témérité révolta tous les hommes sages. Le Farlemeat résolut de sévir contre l'écrit incendiaire et contre celui qui l'avait publié ; et y attendu la qualité de La Fare , il con«* voqua les Pairs. Le premier Ministre sentit que^ pour l'intérêt même du coupable , il Ëillait que le gouvernement se chargeât d'en £iire justice. £n conséquence^ deux jours avant celui marqué pour l'assemblée des Chambies, le Conseil privé rendit ui) Arrêt
l\0 HISTOIRE DE liAON.
]» qui supprime J'Inslruction pastorale y p comme contraire au respect dût à Taur D torité du Roi et à la justice, et comme » tendante à émouvoir les esprits et à trou- » bler la tranquillité publique; fait défenses • à TEvêque de Laon de publier de pareils n écrits y sous peine de saisie de son temporel ; » et révoque le privilège à lui accordé pour » l'impression de ses Maudemens.» La leçon était forte , et elle aurait abattu tout autre
que lui. Mais elle ne fit que Tanimer davan-*
tage conli^ les Jansénistes. A la haine qu'il
leur avait jurée ^ se joignit la soif de la
vengeance.
i7^s. Tandis que les opinions Ihéologiques
au sujet troublaient ainsi le repos de la ville , une
^!^!'f difficulté , qui touchait à sa constitution
Mairie. , •*
politique y y échauffait aussi beaucoup les ^ jesprits. On se rappelle que le Prévôt de la cité^ créé par la Philippine de iSSsi, était chef du Corps municipal. C'est pour cela qu'il fut confirmé par une Déclaration du «7 Février 1681, après que l'Ordonnance de i56o eût réuni -toutes les prévôtés aux bailliages. Lorsqu'en 1692 Louis XIV érigea dans les villes les fonctions de Maire en litre d'office , le Prévôt de Laon soutint encore que cette . ville était dans un cas d'exception. Mais il perdit sa cause au Cou*
liIYRE SIXIÈME. 141
seil du Roi; et le tilulaire de la Mairie de Laon fut maintenu. Un Edit de 1717 ayanft ensuite supprimé les offices de Maire, les villes recouvrèrent le droit d'élire leur premier Magistrat; et les Laonnois en usèi^ent, sans opposition de la part du Prévôt. Quand un autre Edit de ij2è eût soumis à la vénalité toutes les charges municipales , ils racheté^ rent celles de leur ville , afin de ne pas perdre leur droit d'élection dont ils étaient fort jaloux. Une possession deplusieursannées semblait Tavoir mis hors de toule atteinte ^ lorsqu'il leur fut contesté pour la place de Maille. Ce différend prit sa source dans h, haine violente que deux hommes avaient conçue Tun contre Tautre. Nicolas-Charles Beauvisage , c[ue la Êiveur du peuple avait porté à la Mairie j ne négligeait aucune occasion de rompre en visièfe à Claude Leclerc , Lieutenant*généraL Leclerc , homme de mérite j mais jeune , impétueux, trop fier aussi y peut-être, d'une dignité dont il était le cinquième titulaire de son nom, supportait impatieniment qu'un homme nouveau osât lili tenir tété ; et il conçut le projet de le dépouiller de sa magistrature. Il fît ^ dans cette vue , acheter l'office de Prévôt par Bonaventure^ son frère ; et , aussitôt après , celui-ci ceveiidiqua la présidence du Corps munici-
142 HISTOIRE DS liAbK*
pal y comme un ancien attribut dé sa charges La question, disaient lesLecIerc, n'était plus la même que celle décidée au Conseil dd Roi en iBgâ. Alors il y avait un titulaire que le Prince devait faire jouir, puisqu'il Tavail pourvu. MaisL Tacquisilion faite en derniei^ lieu , par le corps des habitans , avait éteint les titres créés par la Loi de 1722 y et par conséquent avait fait revivre le régime créé par la Philippine. Trois siècles plutôt > celte querelle eut ensanglanté la ville. Elle De produisit que des cabales scandaleuses ; des assemblées turbulentes , des recours à toutes les autorités , en iln mot , tout ce dont la discorde peu t faire ressource , sans s'exposeè à Tanimaclprersion d'une police ferme et vigi-^ lante. Le système du Prévôt n'était pas même spécieux. Mais le Maire n'était pas moins haï de l'Evêque que du Lieutenant-général ; et le Conseil d'Etat sacrifia le droit des habitans au crédit du Prélat. Claude Leclerc n'eut pas le temps de jouir de son triomphe : les mou«vemens qu'il s'était donnés avaient allumé son sang , au point , qu'à son retour de Paris , il fut emporté par une maladie inflammatoire. 11 eut pour successeur son frère Bona-* venture; ce qui fit vaquer l'office de Prévôt» Les Officiers du bailliage profitèrent de la circonstance, pour demander que la ;uri-<^
àiction du Prévôt de la cité fût réunie a la leur , comme Tavait été celle du Prévôt forain ; et cette réunion fut prononcée par un Edit de 1730. Alors Toccasion fut belle pour que , 4^ leur coté , les habitans réclamassent le droit d^élire le chef du Corps municipaL Ce droit leur fut re^idu peu après
L'injustice qu'ils avaient essuyée dans leur ^. démêlé avec le dernier Prévôt , fut bientôt ^ wivie d'une autre à laquelle ils furent encore ^^^**^ (dus sensibles. Depuis long-temps les Jésuites convoitaient le Collège; et deux tentatives, qu'ils avaient déjà faites autrefois pour l'obtenir , n'avaient point réussi (^ô). Dès que Fleuri fut en place ^ ils se crurent certains du succès, et mirent sur-le-champ la maîa à l'œuvre» Les chaires étaient alors remplies par des sujets distingués , à la tête desquels était le savant auteur du Spectacle de la Nature. La Fare fit d'abord exiler les plus liabiles, comme suspects de Jansénisme. U essaya ensuite de séduire le Corps municipal^ en promettant de faire rétablir la Mairie et d'indemniser , à ses frais^ le Prévôt. Ses avan* ces n'eurent d'autre effet que de jeter l'alarçie; et des députés furent envoyés en Cour pour y syrveiller ses démarches, La Fare changeant alors de batterie ^ n'oublia rien pour
144 HISTOIRE ^DE LÀON. «
endormir la vigilance des Laonoois» Il déclara au Chapitre qu'il s'était désisté de son projet: il donna, de vive voix et par écrit, la même assurance au Corps municipal; et tandis que, sur la foi de ses protestations , on se livrait à une imprudente sécurité, des ordres du Roi vinrent qui lui conféraient , pour six années, le gouvernement d,u Collège,* avec autorisa* tion expresse d'y faire venir des Jésuites.
Ceux-ci s'étaient flattés , ainsi que leur patron ^ que le temps triompherait de là répugnance des Laonnois ; il ne fit que l'aigrir. Les six années du régime provisoire devaient . expirer à la fin de i ySô. Dès le mois de Juin , tous les Corps avaient pris des délibérations pour réclamer l'ancien état , et avaient député pour porter leur vœu au pied du trône.
Les intrigues de Lçi Fare ne purent , ni prévenir , ni rompre cet accord dé tous les esprits. Il y mettait, cependant, si peu dô scrupule, que leur scandale le fit, dit-on , confiner pendant quelques jours au Séminaire de S. Nicolas. Elles étaient , d'ailleurs, chaudement secondées par un Maire à sa dévotion, qu'il avait fait nommer d'autorité. Mais il
trouva dans le Lieutenant de Maire un'
homme aussi difficile à tromper, qu'à corrompre. C'était ce même Beauvisage , en htfine de qui il avait si' bien seivi le Prévôt,
et