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etdontrardeur naturelle était encore stimulée par J*aiguilIon du ressentiment. Non moins vindicatif et plus puissant que lui, LaFaré le fit reléguer à cent lieues. Les Laonnois plaignirent le sort de leur concitoyen , mais ne se découragèrent pas. L'Université de Paris se joignit à leurs députés; et le premier Ministre ne pouvant rSÊÊter de front à là force de leurs remontrances , convint que les Jésuites ne pouvaient rester dans la ville contre le vœu des habitans. JVlais comme TEvêque soutenait que Topposition était ^ouvrage d^une cabale, les députés furent congédiés, avec la promesse que Tlntendant irait recueillir les opinions dans une assemblée générale. L'Intendant vint* en effet; mais ce fut pour faire inscrire sur les registres dé FH6tel-de- Ville une lettre de cachet qui pro* rogeait pendant six années la jouissance des jSéuites. Il fit, d'ailleurs, entendre que la Cour ferait repentir de leur opiniâtreté ceux qui rimportuneraient encore de cette affaire. Ainsi se consomma l'introduction violente des Jésuites dans le Collège. Le temps, la prospérité de renseignement , et la sagesse d'un nouvelEvêque, ayant calmé les esprits, le Corps municipal ne s'opposa point à ce que cet état de choses, purement provisoire^ fût prorogé d'une manière indéfinie par une
146 HISTOIRE DE liAON*
dernière lettre de cachet de 1747. Mais le vice originel subsistait toujours. Le Parle* ment de Paris s^en autorisa , pour ordonner, par des Arrêts des 7 Septembre 1761 et 17 Février 1762 , que les Jésuites cesseraient tout enseignement à Laou le 1.®'' Avril 176a, et que le Cot ps des habitans reprendrait la surintendance etlii||Dnvernement du Collège* Ainsi les Jésuites furent chassés de Laon , plus de deux ans avant TEdit de Septembre 1764 9 qui à supprimé leur société dans le royaume.
, '74Î- La Fare mourut en 1741 : un homme nai de pacifique remplaça ce personnage turbulent. Roche- Ce fut Jean -François-Joseph De Rochechouart^ d'une ancienne et illustre famille descendue des Vicomtes de Limoges j et dont tine branche était décorée de la pairie. Son premier soin fut de rétablir le calme dans TEglise de Laon ; et son plus beau titre de gloire est d'y avoir réussi : car il y avait alors un grand mérite à oser mettre une digue aux excès d^un partie que la Cour favorisait. Combien est touchant , après Tapparition successive des deux Evêques les moins évangéhques, l'aspect du Prélat vénérable, dont la sagesse fit luire par anticipation , sur son diocèse , les paisibles jours de la loi du silence ! Ce n'est pas seulement par le désir d'étouffer
lilVllB SIXIÊMJB. 147
les querelles du Jansénisme , que Rocliechouart ressemble à Césaji* D'Estrées, Il eut à la vérité des mœurs plus sévères , moins de grâces dans le langage , un esprit moins orné. Mais on retrouve en lui la même dignité dans les manières , la même élévation dans les sentimens, la même noblesse dans Fusage d'un ample revenu , et surtout une bienfaisance également éclairée , prévoyante, inépuisable. Elle ne se bornait pas à ces libéralités passagères, que les temps de calamité obtiennent toujours avec plus ou moins d'abondance. Elle faisait subsister habituellement une foule' de pauvres du bas peuple.
Se glissant jusques dans le foy^pr du gentilhomme peu aisé, s^insinuant jusques dans la retraite du militaire sans fortune, elle assurait à Tun et à Tautie^ par des pensions exactement payées, une existence décente. D'Estrées avait trouvé l'occasion de signaler sa munificence, en fondant un hôpiliil. Rochechouart , en suppléant par une riche dotation , à Ja modicité des revenus de la maison de retraite , mérita d'en être considéré comme le second fondateur. Ainsi que D'Estrées, il servit TElat dans la carrière des ambassades : si ce ne fut pas avec autant d'éclat^ ce ne fut pas non plus sans prouver qii'il pouvait se tirer avec honneur des positions les plus
148 UISTOIRB DE LAON*
délicates. Il fallait en effet toute sa sagesse^'
pour réussir , comme il le fit , dans la léga^
lion de Rome , tandis qu^on chassait de
France les Jésuites qui jouissaient d'une
grande Ëiveur auprès du Pape régnant (26).
Enfin , Rochechouart honoi^ de la pourpre
romaine^ comme celui avec lequel ii a tant
d autres rapports y a laissé des regrets aussi
vifs et des souvenirs non moins chers dans
un diocèse dont n'avaient pu le détacher les
offres des trois Archevêchés d'Auch , de
Besançon et de Toulouse.
«750. Laon éprouva de son temps un change- Union , de Laon mcut remarquable dans Tordre féodal : des
*^'7'd* ^''^'^^^ patentes de lySi l'unirent à l'apanage d*Oriéans.de la maison d Orléans, qui s'était fait d'abord subroger aux droits du Marquis de Crussol ; et ce fut la première fois que cette ville reconnut un autre Seigneur que le Roi.
Encore ce Seigneur ne Tétait-il qu'imparfaitement , puisque la justice continuait de se rendre au nom du Roi , et qu'il était de la nature des apanages qu'ils continuassent de faire partie du domaine de la couronne* Les Laonnois n'eurent point à se louer de leur nouvelle dépendance ^: l'autorité est.
d'autant plus jalouse, qu'elle est moins éten-^ due. Le Conseil de Tapanagisle , pour mieux faire sentir la sienne, semblait prendre à
lilVRE SIXIEME. 149
tâche d'en aggraver le poids. C'était principalement sur l'administration municipale qu'il la faisait peser. Il alla jusqu'à envahir le droit d'en nommer les membres^ tandis que, partout où l'on ne dépendait que^du Roi , la liberté des élections était respectée (27).
Laon jouissait alors d'une sécui'ilé qu'il *7n-
Promena'
n avait jamais connue dans les siècles pré- des. cédens^lllPl n'avait plus à craindre de voir Jplbieill^sous ses murs^ depuis que les con- <}tiétes et les traités de Louis XIV avaient de beaucoup reculé la frontière; et ses fortifications , devenues inutiles , avaient cessé d'être entretenuefs. Le terrain qu'elles occi*paient fut destiné à un usage qu'on ne peut trop louer. On combla le fossé large et profond qui formait l'enceinte extérieure de la ville : tous le» ouvrages dont il était revêta disparurent ; et à cette triste ceinture succéda une chaîne de plantations qui décrit une circonférence d'une lieue : idée d'autant pliis heureuse , que le citadin, qui descendait rarement du sommet de sa montagne^ lui * dût la facilité d'y jouir du salutaire exercice de la promenade. Par là les dehors de la ville s'enibellirent d'une décoration, dontlesscèn^ riantes ou majestueuses se disputent l'œil enchanté du spectateur. Ce bel ouvrage ^
l5o HISTOIRE DE I.A.ON.
entrepris en 1767 • vient d'être comi autant qu'il peut l'être, par une plant souvent projetée, sur le terrain qui s* depuis l'esplanade jusqu'à la fontain Pont-St-Georges.
'761- C'était le temps où se formaient les so d*a^ricui- d'agficulture, instilutiou qui dût sa nais ^^' au crédit de la doctrine économique, € contribua peut-être plus à faire honorer perfectionner le premier des arts pendant celle de Laon , créée signala son début par un des services le^ importans qu on pût en espérer* Ce fq qui propagea l'usage des terres pyiilc mineuses , vulgairement appellées cei noires f comme d'un moyen propre à ferl un sol compact et froid.
L'honneur de cette découverte appa à Gouge , son premier Secrétaire. Un (c'était en 1768) on vit avec surprise , un champ près de Cessières , s'enflai crelle-mêrae une motte de terre, qi avait été tirée par hasard ; et l'on remi • qU^n feu concentré s'y conservait long-temps, et se faisait sentir à la dis 4p vingt pieds. Gouge possédait un doc rural dans ce village de Cessières, do poêle de la même famille tirait son sur Il fit fouiller le champ ; et à la profoj:
IiIVRB SIXIEME. l5l
de quatre toisçs, il découvrit un banc d'une terre noire et sulfureuse , qui , extraite de la mine , prenait feu par le seul effet du contact de Tair^ Des expériences faites avec soin, sur ce fossile peu rare, mais jusqu'alors inconnu dans le pays,. lui en ayant révélé les propriétés , il les fit connaître au corps dont il dirigeait les travaux : celui-ci les préconisa; et les essais de quelques cultivateurs accrédités confirmèrent son témoignage. Jje nouvel engrais ne tarda pas à prendre faveur : il convenait surtout à la Thiérache; et à peine y fût-il adopté, que son succès passa toutes les espérances. Son emploi doit être regardé comme Torigine , et il est encore une des principales causes de la prospérité, toujours croissante, d'une contrée autrefois incapable de nourrir sa faible population^ et aujourd'hui la plus peuplée du Département de l'Aisne/
Il y avait dans cet événement de quoi faire la réputation d'une compagnie savante. Mais la plume du modeste Secrétaire n'avait pas su le faire valoir ; et l'aiguilloxi de la gloire ne se faisant pas sentir à ses collègues, la première ferveur avait peu duré. La société de Laon était tombée dans une léthargie pro-^ fonde j quand, au bout de vingt années, on la vit se y éveiller toul-à-coup à la .voix d'uà
l5a HISTOIRE DE LAONé
savant qui eu devint Tame (28), et qui lui fit prendre un rang distingué parmi celles qui existaient encore. Elle ouvrit un cours gratuit de botanique , sous la direction d'un de ses membres ; elle tint des séances publi-<* ques; elle y couronna de bons mémoires sur des sujets d'un intérêt reconnu^ tels que le dessèchement des marais et la culture de la vigne. Elle fit naître Témulation et resserra Jes liens de l'estime et de Tamitié entre lés gens de mérite que la ville renfermait alors dans son sein ; et elle n'avait encore rieii perdu de son activité , lorsqu'une loi l'ëvo* lulionuaire détruisit les corps académiques.
'77p» JjQ successeur du Cardinal De Roche*
Louis*
Hector- phouart^, Louis -Hector -Honoré -Maxi me ^laxhLe'^® Sabran, s'acquit des droits à la recon-* De naissance des Laonnois , par la part qu'il "'** eut à trois opérations importantes,
La ville était d^un abord difîicile à cause de l'escarpement des côtes. Par le conseil de cet Evêque, une souscription s'ouvrit pour adoucir la penle des trois plus fiéquentées.
Lui-même contribua d'une forte somme ^ et fit obtenir des secours du Roi.
Le Collège était onéreux à la ville, dont les revenus étaient grevés d'une dette considérable< 11 persuada , sans peine , aux Béné* dictins de la Congrégation de S. Maur f
IjTvre sixième*. i5S
gui avaieol alors pour chef Dom Mousso , né à LaoD, qu'il était de leur honneur de s'en chaiger^ dans un lemps surtout , où des cris contre l'inutilité des Moines s'élevaient de toutes parts. On ne s'effrayait plus du prétendu danger de confier l'enseignement à une corporation : aucun des obstacles, qui avaient fait échouer le même projet en 1646.9 ne se renouvella. Ainsi le Collège fut transféré , de l'aveu de tout le monde, dans l'Abbaye de S. Jean (29).
U y avait toujours, en temps de paix, de la cavalerie en quartier à Laon. On y trouvait cet avantage que l&s productions du P^ysy pour le débit desquelles on manquait de débouchés, se consommaient sur les Ueu^c.
Cependant l'heureux effet du séjour habituel d'un corps militaire était balancé par la charge du logement , qui pesait de tout son poids sur le peuple, à cause du grand nombre de privilégiés. Cet inconvénient avait fait entreprendre, en 1769, la construction d^un corps de casernes dans le faubourg d'Ârdon.
Mais ce plan mal conçu et dont le manque des secours promis par le gouvernement., avait feit abandonner l'exécution à peine commencée, n'avait abouti qu'à obérer la ville.
Le régiment qui s'y trouvait en 1781 avait poor Colojael le Duc de Polignac, dont la
l54 HISTOIRE DE LAOK.
haute faveur est assez connue. L'Evéque qui avait avec lui des liaisons particulières , lui persuada de perpétuer , à Laon » le souvenir de son pouvoir , en contribuant à Térection d'un monument , qui déposerait de sa popularité. Tous les obstacles s'applanirent à la voix de celui dont les Ministres euxmêmes briguaient les bonnes grâces* Il fut ordonné, en 1783 ^ que des casernes seraient construites aux dépens de l'Etat ; qu'elles seraient placées dans Tenceinte de la ville sur le terrain des Retranchemens ; et qu'il y serait employé une somme de sept cent cinquante mille livres. Il semble que le plus ancien nom de la ville doit se rattacher toujours à quelque heureux souvenir. Lorsqu'elle obtenait les avantages que nous venons d'énumérer , le Maire était un Chevalier de Saint Louis qui s'appellait Marquette de Marci.
»79o« Les casernes étaient à peine achevées, cheWieu quand la révolution survint. Sept bailliages duDépar-j^ Vcrmandois se réunirent à Laon. au
tement ^ '
de mois de Mars 1789., pour élire leurs repré- ^^^ sentans. Cette ville reçut alors une preuve flatteuse de la considération dont elle jouissait au dehors. On choisit parmi ses citoyens trois des six députés, qui devaient être pris dans le tiers-état, et Un des suppléans à la dcputation de la noblesse^ lequel devint ^ussi
lilVRB SIXIEME* )5S
député. L'assemblée constituante débuta par diviser la France en Départemens , entreprise la plus hardie peut-être , et la plus adroite dont elle se soit avisée. Parmi les rivalités que fit naître la prétention au chef-lieu , il n'y en eût point de plus vive, que celle qui init aux prises Laon et Soissons. Les deux villes étaient menacées de pertes considéra* bies. La population était à peu près égale de part et d'autre; et si Soissons tirait avantage de sa primauté dans Tordre administratif^ Laon faisait valoir sa prééminence dans Tordre judiciaire. Cependant il s'agissait moins de l'intérêt des deux cités, que de celui de tout le Département ; et il était juste que la balance penchât du côté où se trouverait la convenance des administrés. Sur ce point la fortune se déclara pour Laon , en lui pro* curant la position la plus centrale* Aussi lorsque la première assemblée électorale, qui se tint à Chauny , eût à exprimer son vœu , sur quatre cent cinquante votans, trente-sept seulement opinèrent poi(r Soissons. En conséquence, un Décret du 2 Juin 1790, déclara Laon chef-lieu du Département de l'Aisne, l'un des plus riches et des plus populeux du royaume Jl ne fallait rien moins que ce succès, pour l'aider à supporter le poids des sacrifices qu'il allait subir. Bien tôt après furent décrétée^
î56 HISTOIRE DE liAON".
une nouvelle organisation judiciaire et une constitution civile du Clergé. Alors disparurent tous ces tribunaux et toutes ces corporations ecclésiastiques , dont la ville tirait son principal relief, et les habitans presque toute leur ressource (3o). Rien ne résista dç ce qu'il y avait de plus solide. Rien ne fut épargné de ce qu'il y avait de plus vénérablcI^Evêché lui-même périt dans cette ruine générale des établissemens antiques. Un instant dévora Toeuvredes siècles ; exemple à jamais mémorable de riustabiiité des choses humaines^
Après la chute de la monarchie constitutionnelle y une anarchie sanglante désola surtout les principales villes. Il y eut à Laon un grand nombre d'arrestations, d'émigrations^ de déportations. La plupart d^ fortunes furent détruites ; et quelques individus périrent victimes de l'atrocité des lois portées contre les émigrés. 11 semblerait qu'il ne dût y avoir rien de pire à craindre du plus exécrable des régimes; et ce n'est pourtant là que là moindre partie des maux qu'éprouvèrent la plupart des chefs - lieux. Leurs * annales^ à cette époque , sont fécondes en catastrophes déplorables , en événemens d'une importance à mériter place dans l'histoire.
Telle est au contraire , sous ce point de vue , l'heureuse stérilité de celles de Laon^ qu'elles
lilVRE Si:2(^I£ME« iSy
offrent à peiae deux ou trois faits dignes
d'attention.
La république fut décrétée au milieu d'une '795gueri'e , où de brillans sucbès furent long- masse, temps balancés par de grands revers, Ëa
1793 , une défection inopinée avait dispersé Tarmée qui couvrait la frontière du nord ; et si, dans un premier moment de trouble^ TenneiMpût précipité sa marche^ il eut peutêtre pénétré sans obstacle jusqu'à Paris. Une aussi belle occasion ne se serait pas vainemerxi offerte à la vivacité française. Les Allemands la laissèrent échapper. Pesamment méthodiques y ils perdirent leur temps à faire des sièges ,. quand il fallait frapper un coup« décisif. Cette faute fut le salut du Département de TAisne, qu'il leur aurait fallu d'abord, traverser. Déjà la consternation y était telle, que des Commissaires avaient été dépéchés de Laon pour observer leurs progrès, et donner avis de leur approche. Son territoire ne put. néanmoins échapper entièrement à l'invasion.
Après la prise de Valenciennes , l'ennemi s'avança jusques dans les districts de Vervins et de St-Quentin. Les Administrateurs de Vervins furent obligés de se réfugier à Laon avec leurs archives; et Guise vit long-temps une armée à ses portes.
C'est daus ce temps-là qu'il vint à Laon un
1Ô8 HISTOIRS DB liAOX.
ordre de faire partir sur-le-ch^mp , pour Guise, tous les hommes eu état de porter le»
armes. Cela s^appellait uae levée en masse.
Cette réquisition , qui se fit trois jours après la bataille d'Honscoote, avait pour but de profiter de Talarme que la défaite des Anglais avait dû jeter dans le camp des Autrichiens, et de contraindre ceux-ci à se retirer, par Tapparition subite d'une force dont ils craindraipvrf: d'être accablés. Comme si une multitude rasjsemblée à la hâte en impose jamais à un ennemi qui sait la guerre ! Il était nuit, quand Tordre arriva. Il est plus aisé d'imaginer que de peindre l'agitation qu'il produisit. Avant la fin de la matinée , douze cents Laonnois prenaient la i*oute de Guise; et cette troupe, grossie en chemin d'une foule de paysans , formait , à son arrivée ^ une armée de quinze mille hommes. Mais quelle armée! et que vaines étaient les espérances qu'on fondait sur elle ! Pour Soldats^ des gens dont presqu'aucun n'était capable d'entendre , encore moins d'exéculer le cominandement le plus simple; pour Officiers, des hommes choisis au hasard; pbur armes, peu de fusils, quelques piques ^ et des. instrumens d'agriculture. Un tel rassemblement n'étant bon qu'à affamer le pays, au bout de deux jours on renvoya les gens mariés; au bout d'un mois, ou en fit autant
IiIVRE SIXIEME. iSg
des autres , sans leur avoir montré Tennemî.
Ainsi se termina une ridicule expédition qui ^ail dépeuplé les villes et lés campagnes, lie seul fruit qu'on en recueillit, fut la preuve que les levées tumultuaires ne sont que des folies ruineuses.
Dans le dénombrement des cal^ftnités que J795«
Disette
la révolution rappelle , on n'oubliera point la disette qui affligea la France à plusieurs reprises , et surtout en 1795. Ce. n'était pas seulement le blé, c'étaient toutes les choses nécessaires à la vie, qu'on ne se procurait, qu'avec des difficultés inimaginables Le ciel en courroux avait -il donc alors frappé de stérilité la terre la plus riche des dons de la nature? Non : mais ( ce qui n'est pas moins funeste) elle était inondée d'un déluge* de mauvaises lois ; et les productions du sol et de l'industrie se cachaient , pour se soustraire au papier mbnnaie , aux réquisitions , au maximum. Quelque insupportable que fût cette situation , le peuple se contentait d'en murmurer tout, bas. Tant la terreur subjuguait les esprits , même après la chute des tyrans qui l'avaient proclamée, comme le piincipe du gouvernement révolutionnaire!
Un jour cependant ( c'était peu après le Emeute 9 Thermidor) une sédition éclata sous \es yeux d'un délégué de la Convention, Ce jour-
160 HI^TTOIRB Dis 'LAON. ^
Ikf le blé ne manquait point: il en avait étd lire des greniers publics une quantité suffisante pour approvisionner le marché; et la taxe en était aussi modérée , que le permettaient les circonstances Quelques voix s'élevèrent tout -à- coup, demandant qu'on la diminuât/ Elles partaient d'hommes que la malveillance avait aposlés; et répétées par de nombreux échos, elles devinrent bientôt un cri général. Quand la Municipalité accourut au son du tocsin , ou referma sur elle ^ aussitôt qu^elle fut entrée, les portes de l'Eglise? qui servait alors de halle; et elle se vit à la merci de deux ou trois mille furieux qui faisaient retentir les voûtes de leurs horribles vociférations. Le péril ne l'étonna point.
Comme son zèle pour les intérêts du peuple était reconnu, elle sut s'en prévaloir, pour* s'insinuer dans les esprits; et déjà, dans la vue de gagner du temps, elle aidait persuadé une députation aux autoiités supérieures, quand le Proconsul épouvanté envoya l'ordre de délivrer le grain au prix fixé par les séditieux. Celte faiblesse pouvait avoir des suites dangereuses , si l'on ne se hâtait de faire regagner à l'autorité le terrain qu'elle venait de perdre, La Municipalité y réussit par quelques exemples de sévérité faits avec ménagemeut. Le peuple eut honte de son
écart
lilTRE SIXIEME* l6l
écart passager ^ et il ue cessa plus de se fier sans réserve à la sagesse de ses Magistrats*
Ils avaient surtout besoin de courage avec R^qu'*»les Représentans du peuple. La Convention^ grains sacrifiant tout à sa sûreté , s'embarrassait peu P°^)^ que les provinces mourussent de faim j pourvu que le pain ne manquât point dans le lieu de ses séances ; (^ plusieurs de ses menjbres, répandus dans les Départemens> en extrayaient le blé avec aussi peu de mesure^ que si ils avaient usé du droit de la ' guerre fen pays ennemi. Cependant ceux qui Bravaient point de soldats à leurs ordres^ étaient réduits à employer la ruse ; et ils s'appliquaient surtout à tromper la vigilance des autorités locales. Mais un zèle inquiet tenait en garde la Municipalité de Laon; et les enlèvemens nocturnes, qui se faisaient dans le pays , n'échappèrent pas à ses recherches. Incapable de ti*ahir ses devoirs , quoiqu'il en pût arriver , elle fit éclater ses plaintes. Elle soutint avec chaleur que les productions d'un territoire étaient afïectées d'al)ord à la nourriture de ses habitans ; et tirant avantage de ce qui venait de se passer dans ses^ murs y elle demandait si on voulait légitimer de nouvelles séditions par le désespoir. Sa fermeté lui réussit : un Représentant intimidé abandonna de nuit un poste qui ne
lui paraUiait plus tenable. Ceioi qui vifll après, ne se croyant pas non pins en surelé, disparut dès le lendemain. lie CooseilJdmiîcipal ne bomaîi point là sa sollicitude. Sur ses instances , les habitai» les plus akéi souscrivirent pour des achats de grains. I>s Commissaires paasoururent la Belgique^ en Firmt nirirrr jpnrlîjnrr Hr- D'autres pis Jbeureux tiaitèvait ^ à Rouen , d'une jhhs 'grande quantité de riz , et parvinrent m Fen " hâre sortir^ malgré les troubles qui y régnaient alors* Cette spéculation fut le saint des Laonnois* he menu peuple , après avair dédaigné d abord un aliment dont Jl nWoit point rbabîLude^ se mcmtra moins difficile, quand le blé manqua tout-à-£ût ; et Foi Atteigoit enûa la récolte , sinon sans souffrance 9 du moins sans catasti-ophe.
'^^ La disette cessa, sous le Directoire, avec i$fi. ^ papier monnaie. U n'en fut pas de même Etablit^ ^ Jg tyrannie, qui^moins oppressive d abord, â'réfecturc P^<^ qti^ 1^ uouveaux gou vemaos étaient *^|* moins audacieux, s^appesaotit par la suite^ ^AêfhH, Â mesure que les désastres d'une guerre mal conduite se multiplièrent Déjà les mesures Jes plus violentes annonçaient le retoar du r^me de la terreur , lorsqu'une révolution inopinée délivra la France de ses tyrans inhal^iles^ et reconstitua le pouvoir ,
IilVRE SIXIÈME. l63
^ous des formes qui n'avaient plus de républicain que le nom.
Des rives du Nil accourut un guerrier d'une renommée gigantesque, ViXn de ces hommes envoyés par la Providence, à de longs intervalles j pour changer la face du monde politique. Il parut , et le Directoire disparut ; et sur les ruines de Toligarchie s'éleva le gouvernement d'un seul. La monarchie renaissante ne s'accommodant pas d'une organisation dont tous les élémens étaient démocratiques^ des Préfets et des Juges, nommés par le chef de la nation , ont remplacé' les élus du peuple dans les administrations et les tribunaux, X^e siège de la Préfecture de l'Aisne a été fixé à Laon. Il y a été érigé en même -temps^ pour un arrondissement composé des deux districs de Laoa et de Chauny , un Tribunal de première, instance; et , pour tout le Département, une Cour de justice criminelle. Celle-ci a éprouvé, en dernier lieu, un changement notable dans la composition et les rapports de sa magistrature : elle a pris alors la dénomination do Cour d'Assises.
Le chef du nouveau gouvernement sô persuada qu'il se ferait pardonner son élévation , par une conduite à-]a-fois brillante et modérée. Il se hâta de relever la gloire'
l64 HISTOIRE DB IiAON«
de nos armes , et s'^appliqua à rallier tous les esprits à un intérêt comninn. Son premier choix d'un Maire pour la ville de Laon , dût être considéré comme un gage de la ferme volonté d'éteindre les discordes civiles. Il tomba sur un ancien Chevalier de S. Louis , né gentilhomme , et qui avait subi les rigueurs exercées contre les parens d'émigrés. On doit remarquer aussi deux émigrés parmi les successeurs qu'il lui donna.
Il n'était pas difficile de faire revivre toutes les habitudes pacifiques, dans une cité, où le droit incontestable de différer d'opinion n'a jamais franchi les bornes d'une sage toIérance« La sécurité eut bientôt rapproché ceux • que la terreur avait tenus dans un long isolement ; et les principaux citoyens, de quelque parti qu'ils eussent été, n'ayant aucuns reproches à se faire , les liaisons de société se renouèrent sous les auspices de la confiance et de l'estime. La maison du Préfet y contribua pour beaucoup , comme rendez-vous naturel de ceux qui seraient tentés de se croire étrangers l'un à l'autre. D'autres avantages doivent résulter des relations plus familières qui s'y établissent entre le premier Magistrat et les habitans du chef-lieu. La bienveillance naît de l'habitude et du besoin de se vpir; et le lieu où l^on réside, inspi-