T>V LIVRE SIXIEME
qm ne lui rëussit pas davantage. Après six mois de nouvelles chicanes , il fallut enfin admettre le vœu du Roi de Portugal. Ainsi , à la différence des autres Cardinaux qui avaient reçu leurs chapeaux comme une grâce , D'Estrées put regarder le si^en comme une conquête. Il étonna Rome par une autre nouveauté , lorsqu'il fut nommé Protecteur des affaires du Portugal, malgré l'usage de ne donner ce titre qu'à des Cardinaux italiens. Il n'est pas inutile d'indiquer l'origine du grand crédit dont il jouissait à la Cour de Lisbonne. U y avait placé , sur le trône , sa propre nièce à la mode de Bretagne ,* cette belle Marie De Savoye - Nemours , qu'on vit changer d'époux , quand la nation changea 6p Monarque , et se marier à son beau-frère pour qu'il ne inanquât rien à celui - ci de la dépouille du Roi détrôné. C'était D'Estrées, qui avait aussi conclu l'alliance de la sœur ainée de cette Reine , avec Charles-Emmanuel Duc de Savoye.
( 15 ) La disette de 1693 av^t été précédée d'un tremblement de terre qui arriva le 18 Septembre 1692, et dérangea l'ordre des saisons , au point qu'il tomba de la neige dans les derniers jours de Septembre , et que , le a Octobre , la récolte des vignes fut gelée. Cest par cette commotion que la grosse tour de Coucy fut fendue du haut en bas. Elle fut ressentie dans toutes les provinces septentrionales de France , dans les Pays- Bas et dans la Hollande : il parait que sa plus grande vidLence éclata sur les côtes.. La ville de Middelbourg est citée comme ayant le plus souffert. Un effet qu'on remarqua à Laon , et sans doute ailleurs, esc digne d'attention. U sortit des puits une vapeur semblable à de la fumée , qui se répandit dans l'air et y forma un brouillard , dont la durée n'est pas indiquée. Cette par-
ticularité vient à Tappiu de ropînion, suivant laquelle le fameux brouillard de 1783 a eu pour cause le trem- Uement de terre qui désola Messine et la Calabre.
La cherté du blé qiû s*était fait sentir dès 1691 , devint excessive en 1693* Ce fut alors que Jean D'Estrées s'appliqua au "soulagement des pauvres , avec un succès qui lui mérita les éloges du gouvernement. Les Secrétaires d*£tat furent chargés , par Louis XIV , d'écrire , en Février 1693 ^ à tous les Evêques français , une circulaire contenant le récit de ce que faisait celui de Laon. a Sa Majesté , (y est-il dit) a été si satisfaite tf de ce zèle vraiment épiscopal , et a trouvé la conduite M qu'il a tenue en cette occasion $i remplie de charité » et de sagesse , qu'elle m'a ordonné de vous écrire et j> de vous dire que , quoiqu'elle soit persuadée que » vous êtes animé du même esprit pour les pauvres de » votre diocèse , elle ne peut s'empêcher de réveiller )7 votre zèle en cette occasion , afin que vous vous » appliquiez encore plus , s'il est possible , dans ce » temps de disette de. blés » à exciter le Clergé et les » Communautés séculières et régulières , et tous ceux » qui possèdent des biens considérables dans votre dio- )> cèse , à suivre Texemple de ce qui s'est pradqué à s» Laon , etc. n
( 16 ) La Maison de retraite fut établie dans une maison située sur la promenade de la Plaine , par un Mandement de Jean D'Estrées , du 29 Novembre 1687, lequel contient des dispositions très-sages pour la discipline et l'administration de cette Communauté. Les Lettres patentes qui l'ont approuvée , sont du mois d'Avril 1696, L'Evêque De La Fare , sous prétexte que l'air de Laon était trop subtil pour des infirmes et des vieillards , obtint , en Septembre 1727 , d!autres Lettres
patentes